Choisir pour ne pas subir…au moins se poser la question

Mardi 22 septembre, ‘‘Agriculture au Féminin 22’’ propose une journée de réflexion sur l’importance d’envisager les situations difficiles avant qu’elles ne surviennent. Le témoignage d’une éleveuse nous rappelle au passage que sécuriser son parcours permet de mieux surmonter les épreuves que la vie nous réserve.

Une personne de dos avec un manche dans a in et des vaches au cornadis en arrière plan - Illustration Choisir pour ne pas subir…au moins se poser la question
Après l’AVC de Benoît, son compagnon, Fanny a pu compter sur une solidarité paysanne encore bien présente. Mais son histoire montre que ce soutien ne peut suffire à lui seul pour faire face durablement à ce genre d’épreuve.

« Choisir pour ne pas subir : ce sera le thème de notre journée, parce que, croyez-moi, on a autre chose à penser quand les difficultés nous tombent dessus. On ne réagit plus pareil, on est beaucoup plus émotif, et si on veut continuer d’avancer, mieux vaut être le plus serein possible sur sa situation. Aujourd’hui, je peux dire qu’une bonne prévoyance représente un surcoût négligeable comparé au filet de sécurité que cela procure en cas de problème ».

« On ne se pose jamais assez les bonnes questions »

Eh oui, cela n’arrive pas qu’aux autres… On le sait, mais quand effectivement cela nous arrive, on est bien content d’avoir pris le temps d’y penser avant. En témoigne Fanny, éleveuse laitière du Centre-Bretagne, membre du groupe Agriculture au Féminin 22, qui a suggéré à sa présidente la thématique de la journée du mardi 22 septembre à Plérin : « Anticiper pour mieux se protéger »

Mais laissons-la dérouler son histoire, le réel étant bien souvent plus convaincant qu’une suite de bons conseils pour éveiller les consciences et inciter à passer à l’acte.

Pas si simple…

« C’était le vendredi 1er août 2025, j’étais avec les enfants au petit-déjeuner. Benoît préparait la mélangeuse. Soudain, son bras s’est engourdi, il n’arrivait plus à parler. Quand j’ai vu son visage en biais, j’ai compris : ‘‘Tu t’allonges et tu ne bouges plus’’. Je connaissais les symptômes. Ma mère avait déjà fait un AVC. Il a aussitôt été hospitalisé… Benoît pouvait encore écrire, c’était plutôt bon signe. J’ai appelé le Sdaec. Dès le lundi, il y avait quelqu’un dans la cour… ».

« Heureusement, les parents de Benoît sont encore actifs et immédiatement présents. Leur aide, indispensable, permet à la ferme de continuer à tourner ». Oui mais voilà, les choses ne sont pas si simples : l’éleveuse manque d’expérience, elle a rejoint Benoît sur le Gaec depuis moins d’un an, n’est pas issue du monde agricole et doit s’occuper de deux enfants en bas âge : « Je n’ai pas dormi pendant quatre jours ! ». Pourtant elle tient bon : « La ferme c’est du vivant. On n’a pas vraiment le choix. Et puis je venais de m’installer, il n’était pas question pour nous de vendre ! ».

En rembobinant le film, les larmes lui viennent : « Benoît est quelqu’un d’hyper courageux. Il m’a écrit ce texto : occupe-toi des enfants et fais ce que tu peux à la ferme. Moi, je vais me soigner, pas besoin que tu viennes me voir tous les jours… ». Rétrospectivement, Fanny mesure l’importance d’avoir, au moment de son installation, fait le choix de renforcer leur couverture remplacement. Ainsi, la prise en charge du salarié pendant les trois mois d’arrêt de Benoît, puis durant son mi-temps thérapeutique (avant qu’il ne reprenne à plein temps) a été couverte à 100 % : « J’ai envoyé son arrêt et ses documents d’hospitalisation. Les choses se sont rapidement mises en place. Un souci que nous n’avons pas eu à gérer. Il ne faut pas transiger sur l’assurance remplacement, souligne Fanny. Que se serait-il passé si son AVC avait été plus grave ? Ces situations difficiles, mieux vaut y penser avant, prendre conseil chez un notaire pour protéger sa famille et la continuité de l’exploitation. Nous ne souhaitions pas particulièrement témoigner sur un événement aussi douloureux et personnel, mais si notre histoire peut amener des personnes à réfléchir et à mieux se protéger, les uns les autres, alors nous serons heureux de l’avoir partagée ».

Pierre-Yves Jouyaux

Repères : Anticiper pour mieux se protéger : accidents, maladie, invalidité, décès, conflits entre associés ou conjoints : ces situations compliquées et douloureuses impactent l’équilibre professionnel et personnel. Les anticiper en s’informant afin de mieux sécuriser son parcours, tel sera l’enjeu de cette journée de débats et de rencontres organisée par Agriculture au Féminin 22 ; Mardi 22 septembre ; Chambre d’agriculture à Plérin ; Inscription obligatoire avant le 18 septembre : 06 87 60 54 08 ; Pour plus d’informations cliquer ici

Mieux vivre l’imprévu

Edwige Guillon, présidente d’Agriculture au féminin 22, nous explique pourquoi c’est cette thématique qui a été choisie : « À la rentrée 2025, on a intégré de nouvelles agricultrices. Quand Fanny s’est présentée, elle nous a raconté son histoire et là, en parlant avec elle, on a toutes pris conscience qu’on ne se pose jamais assez les bonnes questions… Qu’on soit conjoint collaborateur ou associé, on n’a pas toujours les mêmes droits, ni les mêmes protections… À qui appartiennent les terres, les bâtiments, la maison d’habitation ? Est-ce qu’on est couvert à l’identique, a-t-on souscrit les bons contrats d’assurance avec les bonnes couvertures, que sait-on réellement de sa situation matrimoniale et de ce qu’elle engendre ? ».Au cours de ce rendez-vous du 22 septembre, Edwige Guillon et son équipe, entourées de notaires, de juristes et de fiscalistes proposent à tous ceux qui souhaitent y assister des réponses à ces questions cruciales : « Fanny sera présente et, comme elle, d’autres personnes témoigneront sur ce qu’il leur est arrivé ».


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