Les travaux menés dans le cadre du projet Alonge (Vers une meilleure longévité des vaches laitières), piloté par l’Institut de l’élevage, ont montré l’intérêt économique de faire vieillir les vaches. « Même dans le contexte économique de 2025, alors que le prix du lait était en hausse mais également les charges, amortir le coût d’élevage de la génisse demeurait un levier d’efficacité », ont souligné les responsables du projet lors du séminaire de clôture en mars à Paris.
Des écarts importants de longévité entre élevages
« Nous avons développé €fficow un outil qui permet d’identifier les animaux plus ou moins efficients à l’intérieur de leur troupeau en combinant différents facteurs : les produits d’un côté et les charges de l’autre, comprenant les coûts d’élevage des génisses, les coûts des lactations et les charges de structure », explique Vincent Lefer, d’Éliance.
Dans le cadre du projet Alonge, cet outil a été utilisé pour définir combien de lactations sont nécessaires avant qu’une vache soit rentable. L’étude a porté sur un échantillon de 291 exploitations et 9 703 animaux, sur 14 départements français, avec une diversité de races et de systèmes. Dans un premier temps, elle a montré que dans les 3 races principales (Holstein, Normande et Montbéliarde), les animaux sortent globalement sur les lactations 1, 2 et 3. Et 45 % des animaux sortent sur les 2 premières lactations.
21 % des premières lactations remboursent leur coût délevage
Par ailleurs, le bilan €fficow augmente au cours de la carrière. Il est négatif, en moyenne autour de – 1 000 €, en 1re lactation, atteint l’équilibre en 2e lactation, et il augmente ensuite. Mais des différences existent entre les individus. « 21 % des premières lactations affichent quand même un bilan positif, c’est-à-dire qu’ils ont remboursé leur coût d’élevage (le coût de la main-d’œuvre n’a pas été intégré dans l’analyse). En 2e lactation, le pourcentage passe à 47 % et en 3e lactation, à 69 %. À partir de la 5e lactation, le gain semble plus faible. »
Les causes de réforme ont également été analysées. Pour les 1re et 2e lactation, elles sont liées à la reproduction et au manque de production. À partir de la lactation 3, apparaissent des stratégies d’éleveurs telles que l’âge ou la génétique.
L’enjeu de l’âge au vêlage
Sur un focus réalisé sur l’élevage de plaine (Holstein, avec maïs, en conventionnel), il a été chiffré que 31 % du bilan €fficow est lié à la durée de vie de l’animal et 18 % à l’âge au 1er vêlage. Plus précisément, « pour un vêlage à 24 mois, il faut attendre les 2,8 ans de l’animal pour atteindre le seuil de rentabilité. Si ce critère passe à 28 mois, ce sera 3,7 ans. On décale d’un an à chaque fois qu’on ajoute 4 mois d’élevage de la génisse. »
Davantage de longévité en systèmes moins intensifs
Une autre analyse a porté sur l’échelle de l’élevage, prenant en compte la durée de lactation cumulée (DLC) des animaux présents et sortis, sur des fermes du réseau Inosys (aux résultats supérieurs à la moyenne). « Globalement, des troupeaux à la DLC plus importante présentent des systèmes avec un peu moins de production/VL mais surtout moins de chargement (1,57 UGB/ha pour le 1/3 supérieur en DLC contre 1,84 pour le 1/3 inférieur) et moins de concentrés (188 g/L contre 241) », commente Franck Lavedrine, de l’Idele. « Une efficacité économique accompagne les longévités élevées. La marge brute/1 000 L est plus élevée, à 353 €/1 000 L contre 330. » Malgré les écarts de productivité, le lait par jour de vie, critère très synthétique, demeure aussi supérieur.
Dans le sens inverse, en regardant le 1/3 supérieur des élevages en prix de revient, ils affichent un coût de production mieux maîtrisé (via une meilleure gestion des fourrages, une part plus importante de pâturage) mais aussi des DLC plus longues « qui participent à la cohérence. » Par ailleurs, « on ne note pas d’antagonisme entre la production/VL et la longévité. »
Agnès Cussonneau

