Pourquoi vouliez-vous aborder le sujet de gagner sa vie correctement sur une ferme ?
J’ai eu des questions d’autres paysans sur mes chiffres et sur comment je gagne ma vie avec ce système tout herbe et 10 L/VL/J. Les gens pensent que nos fermes ne sont pas rentables.Je veux montrer à ceux qui se posent la question qu’on peut bien vivre sur une ferme 100 % herbe ou même avec un peu de maïs. Je veux aussi encourager des jeunes à s’installer sur des fermes 100 % herbe ou des paysans qui se questionnent sur leur système à sauter le pas.
Bien vivre sur sa ferme veut dire avoir de la trésorerie, payer ses factures, pouvoir se prélever une rémunération constante chaque mois et avoir du temps pour sa vie privée et familiale. Une fois que j’ai payé mes annuités professionnelles et personnelles, je gagne 2 500 € net par mois.
Certes, j’ai repris la ferme de mes parents, mais au même prix que le premier candidat intéressé. Quand il a décidé de ne finalement pas reprendre, je me suis lancée. La ferme était très simple et sans investissement à prévoir, donc la mise de départ était raisonnable. Mon modèle repose essentiellement sur la maîtrise des charges, avec un coût alimentaire de 44 €/1000 L. La norme du Réseau d’information comptable agricole (RICA) est autour de 198 €/1000 L.
Comment arrivez-vous à avoir si peu de charges ?
Je suis autonome en fourrage et je n’ai que des prairies permanentes (74 ha), pas de coût d’implantation de prairie et aucun concentré. Je délègue peu, ça veut dire des heures passées sur le tracteur, mais qui ne me coûtent pas très cher.
Concernant les frais de vétérinaires, je suis à 24 €/UGB contre 74 € pour les fermes RICA. En frais d’élevage je suis à 98 €/UGB (vétérinaire, IA, parage …). J’ai 2 taureaux qui me permettent d’économiser sur la prestation d’inséminations. Autre exemple, je ne fais pas appel au contrôle laitier et je ne vermifuge aucun animal. Dès 3 semaines de vie, les génisses de renouvellement sont à l’herbe avec les vaches nourrices et font leur immunité seules. Depuis 5 ans, je n’ai jamais eu de frais vétérinaires sur les génisses de 0 à 2 ans.
Pourquoi limitez-vous votre chiffre d’affaires en étant en monotraite ?
Ma stratégie est de rester au régime du micro BA– Chiffre d’affaires limité à 120 000 € par associé. La monotraite est la conséquence directe de ce plafond, mais elle est aussi choisie pour mon bien-être car cela limite mon temps de travail (annualisé 35 h/7 jours). De plus, je limite les investissements : comme mon CA est limité, je n’ai aucun intérêt à amortir ; mon modèle est construit sur de faibles charges, ce que je ne dépense pas va en prélèvements privés.
Quelle est la limite de votre modèle ?
La limite est que 34 % de mes produits proviennent des subventions Pac, mais elle est commune à beaucoup d’éleveurs. Comme je produis peu, la part des aides dans mon chiffre d’affaires est élevée : 34 %.
Vos recommandations ?
Commencer au régime du micro BA dès l’installation – penser le système avec le minimum de charges –, se délester de tout le superflu – une vache a besoin d’herbe pour vivre et faire du lait : c’est un ruminant !
Civam 56 : 07 60 10 55 64
Repères : 111 000 L de lait vendus ; 125000 L de lait produits -15 000 l pour les veaux ; SAU : 74 ha en prairies naturelles ; 45 VL ; 2700 l litres produits par vache ; Surface accessible : 30 ha ; Chargement 0,7 UGB/ha SFP ; Races : croisées : Prim’holstein/Montbéliarde – Prim’holstein/ Jersiaise – Prim’holstein/Bretonne Pie Noir.
Des espèces prairiales plus résistantes à la sécheresse
Certaines fermes utilisent de la luzelle, à semer au printemps ou fin août. C’est l’équivalent pâturable de la luzerne, la tige est plus souple, elle est plus résistante au piétinement et moins météorisante. Chicorée, plantain sont également des plantes à ajouter dans les mélanges prairiaux pour conserver une pousse même lorsque le sol est plus sec. Le dactyle repousse rapidement après une période de sécheresse et reste appétent si on revient le pâturer très régulièrement (tous les 17 jours environ) pour le valoriser toujours jeune.
Zone intermédiaire
Christophe Caro – Plémy (22)
Aujourd’hui, il y a 39 vaches à traire contre 26 il y a un mois et demi. Elles sont en ration hivernale depuis le 10 juillet : 12 kg de maïs, 4 kg d’enrubanné, 5 kg de tourteau de colza aux fraîches vêlées et 2 kg pour les autres. Elles sortent sur un paddock à défaire avec le maïs et l’enrubanné au râtelier, elles ne pâturent pas. Le but est d’éviter d’agresser les prairies en attendant que la pluie revienne. De ce fait, les prairies seront prêtes à redémarrer dès qu’on sera à 50 mm d’eau. La production est de 22-23 L/jour à 43 de TB et 33 de TP. Il y a beaucoup de fraîches vêlées, donc le lait est moins riche mais ça se maintient assez bien.
Cedapa : 02 96 74 75 50
Zone favorable
Kévin Tymen – Plonévez-Porzay (29)
Depuis le 28 juillet, les vaches sont en parcelle parking et sont exclusivement nourries avec des balles d’enrubanné. Ainsi, les prairies sont préservées. Je préfère sacrifier un paddock plutôt que la ferme… ce n’est pas l’idéal, mais on fait comme on peut. L’effet commence à se faire voir, les pâtures reverdissent un peu sous l’effet de la rosée du matin. Je tape dans mes stocks d’enrubannage. Pour économiser ce fourrage, je suis repassé en monotraite : les 85 vaches reçoivent 5 balles par jour, au lieu de 6 en double traite. Du côté de la production laitière, elle s’établit à 10,5 L/VL/j (à 53 de TB pour 37,5 de TP).
Civam 29 : 02 98 81 43 94
Zone intermédiaire
Philippe Aubert – Plesder (35)
Le pâturage s’est arrêté la semaine dernière pour tous les troupeaux car l’herbe est bien grillée. Comme on a pu faire du stock au printemps, on distribue du foin et de l’enrubannage à l’auge pour les vaches laitières et du foin uniquement pour les autres troupeaux (génisses, bœufs). Le maïs est encore au stage laiteux, on pense donc pouvoir faire l’ensilage autour du 10 septembre. Les inséminations pour les vêlages de printemps viennent d’être terminées. Dans l’ensemble, on n’a pas vu d’impact de la chaleur sur le troupeau, ni de signe de FCO, les animaux se portent bien. On continue la monotraite qu’on avait commencée mi-juillet.
Adage : 02 99 77 09 56

