C’est l’été. Le moment de se poser, mais aussi de s’arrêter sur ces mots qui reviennent en boucle parce qu’ils viennent à manquer. Et, par les temps qui courent, c’est bien la pluie qui occupe nos pensées. Cet hiver, elle n’en finissait plus de tomber. Cet été, elle tarde à s’imposer. Il y a quelques mois encore, certains assuraient que les sols gorgés d’eau nous mettraient à l’abri de la sécheresse. La nature a le chic pour déjouer nos certitudes.
Dans beaucoup de langues, le mot pluie est bref. Une seule syllabe en français, comme glaw en breton ou rain en anglais. Comme si cette nécessité absolue n’avait besoin ni de parure ni de périphrase. L’eau, c’est la vie ; son absence, la menace. Soixante jours sans pluie suffisent à transformer nos campagnes, à faire chuter les rendements et à entamer les stocks fourragers.
L’eau, c’est la vie ; son absence, la menace
Faudra-t-il voir revenir les Rogations, ces processions chrétiennes qui parcouraient les champs pour demander un temps favorable aux récoltes ? Ou emprunter à d’autres cultures leurs danses de la pluie ? La préoccupation ne date pas d’hier. Face aux aléas climatiques, les peuples pasteurs du Néolithique disposaient d’un atout : leurs troupeaux formaient une réserve vivante et mobile, là où une récolte grillée ne laissait guère de recours. Cette faculté d’adaptation a compté dans leur expansion à travers l’Europe. Nous en sommes, en partie, les héritiers.
L’histoire invite à relativiser l’année 2026, sans la minimiser. En 1540, l’Europe a connu onze mois d’une sécheresse hors norme (lire dernière page). À côté, 2026 paraît presque dérisoire. Presque. Car, pour celui qui regarde jaunir ses prairies ou dépérir ses cultures, la sécheresse n’est jamais une statistique. Elle se vit ici et maintenant, les yeux tournés vers le ciel. Le progrès nous a appris à prévoir la pluie. Pas à la faire tomber.
