Vent mauvais sur la Bretagne

Elle était annoncée et redoutée… Ciaran, la tempête automnale qui a balayé la Bretagne en milieu de semaine dernière, a occasionné de nombreux dégâts chez les exploitants agricoles. Témoignage de François L’Haridon, agriculteur du Centre- Finistère.

17975 hr - Illustration Vent mauvais sur la Bretagne
« L’entretien du générateur a un coût mais, grâce à lui, nous avons pu assurer la traite du troupeau, le chauffage dans les bâtiments de l’élevage porcin, l’alimentation des animaux… », souligne François L’Haridon.

Dans le ciel de traîne, un rayon de soleil se fraie un passage à travers les nuages. Même si elle s’illumine entre deux averses, la campagne finistérienne a vraiment triste mine. Partout, les stigmates de la tempête Ciaran sont apparents. Toitures malmenées, arbres déracinés, poteaux téléphoniques jetés à terre témoignent de la violence du phénomène qui a traversé la Bretagne la semaine passée, dans la nuit de mercredi à jeudi.

Associé avec Ronan et Sophie Jézéquel au sein du Gaec de Quillévennec Huella, dans le Centre-Finistère, François L’Haridon est sur le pont depuis quatre jours. « Sophie vient juste d’achever ce lundi la déclaration en ligne des sinistres auprès de notre compagnie d’assurances. Le temps de tout recenser et de prendre des photos illustrant les dégâts ». Sur cette exploitation lait-porc (90 vaches laitières, 250 truies naisseur-engraisseur), le montant des dommages occasionnés est estimé à plusieurs dizaines de milliers d’euros. Et ce, malgré toutes les précautions prises en amont.

« Il n’y avait rien à traîner. Tout était rangé dans les hangars. Le mercredi, nous avons fait le tour de l’ensemble des bâtiments afin de nous assurer que toutes les portes étaient bien fermées, sécurisées. Et les cuves de carburant de notre générateur étaient pleines ». Resté dormir sur le site pour pouvoir intervenir au plus vite, l’agriculteur découvre dès l’aube l’étendue des dégâts après une nuit dantesque. Sur un bâtiment, le bardage du pignon a été entièrement arraché. Sur un autre, c’est une partie de la toiture qui a disparu. En s’approchant de la fosse à lisier, un « flap-flap » de mauvais augure se fait entendre… Installée trois ans auparavant, la bâche de couverture a été réduite en charpie et les morceaux restants flottent au vent. « Nous sommes situés sur le point culminant de la commune, constate François. Le vent a soufflé ici à pleine puissance ». Sur la ligne d’horizon, dans l’ouest, se dessine le sommet du Menez Hom où les rafales ont flirté cette nuit-là avec les 200 km/h. 

Solidarité paysanne

« Vers 9 heures, les salariés sont arrivés à pied sur l’exploitation, la route départementale était encombrée par les arbres déracinés, les branches arrachées… L’un de nos gars est parti aider à la dégager avec le télescopique et une tronçonneuse ». Une solidarité paysanne que le Finistérien tient à souligner. Un peu partout à travers la Bretagne, on a ainsi vu les agriculteurs apporter leur concours pour rétablir la circulation sur les routes de campagne. 

Au Gaec, l’une des priorités au lendemain de la tempête a consisté à prévenir tout sur-accident. « Pas question de monter sur les toits, mais on a, par exemple, installé des poteaux et un grillage pour sécuriser les abords de la fosse à lisier ». Une fosse de 1300 m3 qui, en temps normal, permet de tenir jusqu’au 15 février. « Mais là avec la pluie qui tombe directement à l’intérieur, il va falloir trouver une solution ! » 

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Bâche de protection de la fosse à lisier réduite en lambeaux, bardage arraché, toiture éventrée… Au lendemain de la tempête, il a fallu recenser tous les dégâts pour effectuer les déclarations de sinistres.

Coupée durant la nuit de tempête, l’alimentation en électricité n’a été rétablie sur l’exploitation que lundi en fin de journée. Pas de quoi inquiéter pour autant le quinquagénaire. « Nous avons une autonomie d’une dizaine de jours avec le groupe électrogène. Au sein du Gaec, nous avons toujours considéré la sécurisation de l’outil de production comme primordiale. L’entretien du générateur a un coût mais, grâce à lui, nous avons pu assurer la traite du troupeau, le chauffage dans les bâtiments de l’élevage porcin, l’alimentation des animaux… » 

Pour ce qui est de la réparation des bâtiments, l’éleveur craint que le monde agricole soit confronté à des « difficultés d’approvisionnement en certains matériaux. Et la question de la disponibilité des intervenants va également se poser ». Celui qui est aussi président de la section finistérienne de la Caisse de Bretagne de Crédit Mutuel Agricole n’oublie pas ses collègues serristes durement frappés par la tempête et espère que les mesures – catastrophe naturelle, calamité agricole… – évoquées par le chef de l’Etat lors de son récent déplacement à la pointe bretonne interviendront dans les meilleurs délais.

Après plusieurs jours consacrés à parer au plus pressé, la fatigue se fait désormais plus présente et François L’Haridon reconnaît accuser le coup. « Mais c’est aussi dans ces moments-là que travailler en Gaec prend tout son sens. Quand l’un des associés a un peu moins d’énergie, les autres sont là pour le rebooster ! » Histoire de rebondir, d’aller de l’avant comme l’agriculture  bretonne, qui a traversé bien des tempêtes, a toujours su le faire. Et parce qu’après la pluie vient le beau temps !

Jean-Yves Nicolas

Interview express…

En tant que partenaire financier du monde agricole, quelles actions envisagez-vous suite à cette tempête ?
Nous sommes encore dans la phase d’inventaire en lien avec nos chargés de clientèle sur le terrain mais il est clair qu’un grand nombre d’exploitations bretonnes ont été touchées, en particulier dans le Finistère et les Côtes-d’Armor. Concrètement, nous allons étudier avec la plus grande attention la situation de tous nos sociétaires qui ont été fragilisés par les conséquences de cette tempête. Et je pense en particulier aux jeunes installés ainsi qu’à ceux qui ont récemment investi dans leur outil de travail. Nous avons l’expérience de ces situations de crise. Nous disposons de toute une panoplie d’outils bancaires pour permettre à chacun de passer ce cap difficile. Et nos dispositifs internes de solidarité pourront également, dans certaines situations, être mis à contribution.

Le réseau du CMB a lui-même été touché…
Oui, comme beaucoup de bâtiments et d’habitations à travers la Bretagne… Mais à ce jour, seules quatre de nos Caisses locales sur les 212 que compte notre réseau n’ont pas encore rouvert pour des questions d’alimentation électrique. En revanche, partout la continuité de service a été assurée. Même lorsque nous avons dû recourir au télétravail ou à des locaux de repli, nos conseillers sont restés joignables via leurs coordonnées mails et téléphoniques habituelles. En tant que banque territoriale, nous mettons un point d’honneur à être aux côtés des Bretons en cette période délicate.
Philippe Rouxel, directeur général du Crédit Mutuel de Bretagne

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