Aussi loin qu’il se souvienne, Jean-Luc Edy a toujours été entouré de Pie Rouge. « Dans le troupeau de mon père, la première, venue des Pays-Bas, est arrivée en 1976, l’année de ma naissance ». Puis, rapidement le cheptel s’est étoffé et les concours d’animaux ont débuté. En 1985, pour la première fois, une représentante « maison » est sélectionnée pour participer au salon international de l’agriculture, à Paris. Le début d’une saga familiale. « Depuis cette époque, entre mon père, mon frère, ma sœur et moi, j’ai l’impression que, tous les ans, nous avons au moins une Pie Rouge présentée au salon ».
Jean-Luc s’est installé en 2009, dans le Kreiz Breizh, après une quinzaine d’années d’expérience à effectuer des remplacements au sein d’élevages laitiers. « Je suis originaire d’Erquy, témoigne le Costarmoricain. Mais il est difficile de se développer sur le littoral. Alors je suis venu à Mellionnec. Mon frère et ma sœur étaient déjà établis à une dizaine de kilomètres de là ».
Située au lieu-dit Kergavy, la ferme laitière qu’il a reprise après un tiers avec le concours financier du Crédit Mutuel de Bretagne, comprenait initialement 80 hectares de terres, 35 vaches laitières Prim’Holstein pour un quota de 250 000 litres de lait. « Très vite, je me suis dit que le troupeau allait rougir… Mais c’était un cheptel cohérent, alors j’ai procédé par petites touches ». Aujourd’hui, l’exploitation compte 140 hectares, 75 vaches laitières, pour un droit à produire de 400 000 litres de lait. « Il reste encore quelques Prim’Holstein dans le troupeau mais les trois quarts des vaches sont des Pie Rouge ».
Des qualités d’adaptation
La conversion de l’exploitation à l’agriculture biologique, réalisée en 2019, n’a pas entamé l’enthousiasme de cet afficionado de la Pie Rouge. « C’est vraiment une vache passe-partout, capable de s’adapter aussi bien à un système conventionnel qu’à un système herbager extensif comme ici. La Pie Rouge a su conserver ses caractéristiques robustes. Tout en étant assez laitière avec de bons taux, elle a de solides aplombs et vieillit bien. Sur mes 75 laitières, j’en ai 22 qui en sont à quatre lactations et plus… Ce sont aussi des vaches dont on arrive à valoriser la viande. Par ailleurs, c’est une race qui a beaucoup travaillé le gène sans cornes. Dans un élevage bio comme le mien, l’écornage peut être contraignant. Or aujourd’hui, 80 % de mes veaux naissent sans cornes. C’est un vrai atout pour le bien-être animal… et aussi pour celui de l’éleveur ! »
« La Pie Rouge est capable de s’adapter à tous les systèmes ! »
Privé de concours général agricole cette année du fait de la situation liée à la dermatose nodulaire contagieuse (DNC), Jean-Luc se félicite de la tenue du prochain National Pie Rouge, qui se déroulera le samedi 28 mars, dans le cadre de la Foire de Rennes. « Je vais présenter plusieurs vaches. Le protocole sanitaire est très carré. Les prises de sang ont été effectuées en début de semaine sur les animaux sélectionnés et ils prendront la route jeudi la semaine prochaine ». Au-delà du concours en lui-même, l’agriculteur a hâte de retrouver l’ambiance qui règne entre éleveurs sur ce genre de manifestation. « Le monde agricole a besoin de ces temps forts. Nous avons, en plus, la chance d’avoir une super équipe en Pie Rouge, nous nous connaissons depuis des années. Et il y a aussi beaucoup de jeunes qui viennent pour clipper ». Signe que la passion se transmet entre générations.
Jean-Yves Nicolas

