Dossier technique

Des leviers concrets de maîtrise des odeurs

Couverture des fosses, organisation des vidanges, innovations techniques, aménagement paysager… Des pratiques permettent de réduire significativement les nuisances, tout en améliorant l’acceptabilité des élevages auprès du voisinage.

Vue extérieur d'un bâtiment d'élevage porcin avec des silos sur le côté - Illustration Des leviers concrets de maîtrise des odeurs
Deux tiers des odeurs sont issues des bâtiments porcins. | © Paysan Breton

« Les odeurs en élevage de porcs sont surtout liées aux animaux et aux effluents, mais aussi dans une moindre mesure, à l’alimentation. Pour les odeurs liées aux fosses extérieures de stockage des déjections et à l’épandage, il est plus facile d’agir », précise Nadine Guingand, spécialiste qualité de l’air à l’Ifip.

Couverture des fosses

« Les fosses à lisier peuvent être couvertes. Avec la nouvelle version de l’IED (directive européenne relative aux émissions industrielles), cela va devenir obligatoire pour un plus grand nombre d’élevages. » Un mât central et une bâche tendue représentent une solution plus simple et moins onéreuse qu’une couverture qui capte le biogaz (Nénufar), « sachant que le lisier de porc n’est pas très méthanogène. »

L’évacuation fréquente du lisier limite les odeurs

Concernant les épandages, un enfouissement immédiat est très efficace. « Si les parcelles à épandre sont proches de logements, mieux vaut éviter d’intervenir le samedi (c’est interdit le dimanche) et prévenir les habitants. Cela leur montre qu’ils se sentent compris. »

Vidanger les préfosses plutôt la nuit

Toutefois, 2/3 des émissions d’odeurs proviennent des bâtiments porcins. « Elles sont permanentes car il y a des animaux et du lisier toute l’année. Sachant que c’est au moment du transfert des déjections que les émanations sont les plus importantes, je préconise plutôt aux éleveurs de faire les vidanges des préfosses tard dans la soirée voire la nuit quand les tiers sont rentrés chez eux. »

Par ailleurs, une évacuation fréquente du lisier des préfosses permet de limiter les odeurs. « Une vidange tous les 15 jours permet leur réduction de 20 à 30 %. Si la fosse est couverte, l’investissement supplémentaire dans le stockage du lisier est limité, la hauteur de garde étant réduite pour les fosses couvertes. »

Dans les bâtiments déjà en place, les robots aspirateurs de lisier, pouvant passer dans les préfosses d’une hauteur minimale de 80 cm, sont une bonne solution (réduction de moitié des odeurs). « Cela demande un petit aménagement pour que le robot puisse passer entre les salles. »

Les haies, filtration naturelle

Autre solution, les haies procurent une filtration naturelle, captant les particules vectrices d’odeurs. Une implantation permettant d’avoir divers étages de végétation, et le choix d’espèces locales au feuillage persistant est important. Les haies contribuent aussi à une image positive de l’élevage. « Mais plusieurs bémols existent : l’implantation et l’entretien demandent du temps et le risque au niveau biosécurité est accru car la haie abrite de nombreux animaux (oiseaux et rongeurs). »

Les racleurs, plutôt en V qu’à plat pour favoriser une séparation rapide entre liquide et solide et ainsi générer moins d’odeurs et de libération d’ammoniac, peuvent être une solution mais uniquement s’ils sont prévus dès la construction du bâtiment. « Pour les nouvelles implantations de site de production, il faudra prendre en compte les vents dominants, la position des tiers et également les projets d’urbanisation à venir (nouveaux lotissements…). »

Comment sont évaluées les odeurs ?

« Il est très difficile d’analyser les odeurs dans un élevage car le nombre de composés chimiques intervenant est très important et leur concentration est souvent très faible », indique Nadine Guingand. « Couramment, les gens intervenant dans les élevages parlent d’une odeur d’ammoniac mais en fait il n’y a pas de lien entre sa concentration et son pouvoir odorant. Le p-crésol est par exemple un composé au pouvoir 1 000 fois plus odorant que l’ammoniac. »

L’approche chimique pour l’évaluation des odeurs n’a donc jamais été adoptée. « Nous utilisons l’olfactométrie dynamique, une méthode normalisée pour évaluer les odeurs émises par les bâtiments d’élevage, les stations d’épuration, les usines ou les sites industriels… Plutôt que de se baser sur des mesures chimiques isolées, elle prend en compte la perception humaine, qui est le facteur-clé pour juger de la gêne olfactive. »

Au niveau des bâtiments, la mesure des odeurs se fait via le prélèvement de poches d’air qui sont envoyées dans un laboratoire habilité et soumise à un jury de personnes formées. Cela permet de quantifier le niveau de concentration en odeurs, en déterminant le seuil de perception et le seuil d’identification des odeurs.

« Mais ces méthodes demeurent onéreuses. Dans le cadre de conflits de voisinage, nous opérons différemment en faisant venir sur le site un jury de population incluant des gens ayant des positions différentes, dont les plaignants, l’éleveur et ses salariés, des gens de la mairie… ». Les personnes ont un questionnaire à remplir dans lequel ils notent ce qu’ils sentent, l’intensité des odeurs perçues, ils les caractérisent… « Ensuite, nous discutons, identifions la source des odeurs et proposons des solutions. »

Agnès Cussonneau

Les poussières véhiculent les odeurs

Les poussières en élevage de porcs sont des particules organiques issues de l’alimentation pour la plupart : ces particules sont des éponges à composés dont ceux générant des odeurs. « Pour les quantifier, on peut utiliser des compteurs optiques. Une alimentation liquide (soupe) générera moins de particules organiques. La brumisation qui fait gonfler et tomber les particules fines est une autre solution mais n’est applicable qu’une partie de l’année du fait du taux d’hygrométrie de l’air en automne et en hiver dans notre région », précise Nadine Guingand.


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