L’utilisation d’un matériel antidérive est l’une des deux conditions qui s’imposent pour réduire les ZNT en bordure des cours d’eau avec son pulvérisateur. Elle est même obligatoire pour l’application de certains produits phytos comme le prosulfocarbe et la pendiméthaline. Dans la liste des matériels homologués pour limiter la dérive figurent en grande majorité des buses à injection d’air. Celles-ci ont ainsi été largement adoptées par les agriculteurs. Pour bien les choisir, il convient toutefois de connaître leur capacité à réduire la dérive en fonction de la pression d’utilisation.
Deux familles de buses à injection d’air
On distingue deux familles principales de buses à injection d’air : les classiques et les basse pression. Les premières s’utilisent entre 3 et 6 bars alors que les secondes fonctionnent entre 1,5 et 5 bars. Moins longs, les modèles basse pression sont compatibles avec des écrous standards, quand les classiques au corps plus allongé nécessitent des écrous spécifiques. « Les buses basse pression sont aussi recommandées pour les pulvérisateurs qui ont du mal à fonctionner à pression élevée, comme certains équipés d’une pompe centrifuge », indique Benjamin Perriot, ingénieur technique de pulvérisation chez Arvalis. En contrepartie, elles génèrent des gouttelettes un peu plus petites (500 μm contre 600 μm).


Vérifier l’homologation antidérive
Avant tout achat, vérifier l’homologation des buses. Pour cela, se référer à la liste régulièrement mise à jour par la DGAL. Celle-ci indique pour chaque modèle et calibre, sa capacité à réduire la dérive selon la pression d’utilisation. On retrouve ainsi quatre niveaux de réduction : 66 %, 75 %, 90 % et 95 %. Figure également la hauteur de traitement à respecter pour obtenir la réduction de dérive tout en respectant le triple recouvrement. La majorité des buses homologuées atteignent 66 et/ou 75 % de réduction de dérive. Elles sont en revanche encore peu nombreuses à garantir 90 % et encore moins 95 %.
Rappelons que ces buses limitent la dérive en générant des gouttelettes plus grosses que celles des buses à fentes classiques. Attention à ne pas sacrifier la couverture au profit de la dérive.
Pas de contraintes pour les produits racinaires
Arvalis a conduit des essais pour évaluer l’effet du choix des buses anti-dérive et du volume de bouillie sur l’efficacité du traitement. Pour les produits racinaires comme un désherbage d’automne sur blé tendre, toutes les buses antidérive montrent une efficacité équivalente aux buses à fente classique quel que soit le volume hectare choisi. « Les produits racinaires sont en effet davantage sensibles à l’humidité du sol qu’au type de buse et au volume de bouillie, justifie le spécialiste. Privilégier les buses garantissant 90 % de réduction est recommandé. D’ailleurs, depuis l’an dernier, ce niveau de limitation de la dérive est obligatoire pour réduire la ZNT du prosulfocarbe à 10 mètres. »
Attention à ne pas sacrifier la couverture au profit de la dérive
Les buses antidérive donnent également de bons résultats avec les produits systémiques en respectant toutefois quelques restrictions. « Les premiers essais sur herbicides systémiques ont montré que les buses à 66 % et 75 % sont utilisables jusqu’à 50 L/ha pour des cibles relativement développées et 80 L/ha pour des petites cibles. En revanche, un essai plus récent sur anti-dicotylédones sur orge de printemps a démontré que les buses à 90 % ne donnent pas des résultats satisfaisants, même à volume supérieur de l’ordre de 150 L/ha. Des données qui restent à consolider avec d’autres molécules ».
Produits de contact : priorité à la couverture
Avec les produits de contact, la marge de manœuvre se réduit. « Nous avons observé lors d’un essai de désherbage de betterave que les buses antidérive à 66 et 75 % n’offrent pas une couverture suffisante pour des volumes de 50 et 80 L/ha. Il est nécessaire de l’augmenter à 150 L/ha pour obtenir des performances équivalentes aux buses à fente classique », illustre Benjamin Perriot. Quant aux buses à 90 %, elles sont à proscrire avec les produits de contact. « Il serait toutefois intéressant de réaliser des essais avec des volume/ha plus élevés pour le confirmer définitivement. »
Au regard de ces différents tests, le spécialiste estime qu’il est possible de réaliser la plupart des traitements à l’aide de deux jeux de buses à injection d’air homologuées à 66 ou 75 % : une buse pour appliquer à 100 L/ha la majorité des traitements et une autre permettant d’aller à 150 L/ha pour des produits de contact sur petites cibles. « Un troisième jeu de buses homologuées à 90 % est à conseiller pour appliquer les produits racinaires. »

PWM : attention à la compatibilité des buses
Dernier point de vigilance, les buses à injection d’air demandent un délai supplémentaire pour monter en charge. « Cela ne perturbe pas les appareils équipés de porte-buses à sélection automatique. En revanche, il faut être vigilant avec les porte-buses à pulsation (PWM). Certains modèles de buses à injection d’air ne sont pas compatibles avec cette technologie à cause d’un risque de gouttage. Les fabricants de buses commencent à développer des gammes spécialement adaptées au PWM. »
Michel Portier
Liste des matériels homologués permettant de limiter la dérive : Cliquez ici
En chiffres : 4 niveaux de réduction de dérive homologués : 66 % • 75 % • 90 % • 95 %; 500 à 600 μm Taille typique des gouttelettes générées par les buses à injection d’air; 80 L/ha Volume minimal observé pour maintenir l’efficacité avec des buses 66-75 % en produits systémiques; 150 L/ha Volume minimal observé pour maintenir l’efficacité des buses 66-75 % en produits de contact sur petites cibles
Contrôler et entretenir les buses
Le bon fonctionnement des buses repose sur un entretien soigné du pulvérisateur, à commencer par un rinçage rigoureux. L’utilisation de filtres adaptés au calibre des buses, associée à un nettoyage régulier, est indispensable pour prévenir l’usure prématurée et les bouchages.Il est recommandé d’inspecter régulièrement l’état des buses, de contrôler visuellement la qualité du jet pour repérer toute déformation ou irrégularité de pulvérisation.Disposer d’un stock de buses de rechange facilite un remplacement rapide, notamment au champ. Lorsque le défaut n’est pas immédiatement visible, la buse suspecte peut être démontée, nettoyée puis testée par une mesure de débit à l’aide d’un gobelet gradué. Cette vérification permet de détecter une usure progressive ou un débit non conforme.Il est préférable de ne pas attendre que plusieurs buses présentent des signes de faiblesse.Un renouvellement complet, selon les intervalles préconisés et le type de produits utilisés, garantit une application homogène et une dose régulière sur toute la largeur de rampe.
S’aider avec des applications
L’outil en ligne « choix des buses et réglage du pulvérisateur » (https://choixdesbuses.arvalis.fr) développée par Arvalis aide à réduire les risques de dérive en vérifiant que les réglages de l’appareil correspondent à la plage optimale d’utilisation des buses, selon le volume de bouillie, la vitesse d’avancement et le débit à la buse. L’outil intègre également la liste des buses homologuées antidérive. Une fonctionnalité spécifique est dédiée à lapulvérisation localisée, afin d’affiner les réglages et d’appliquer la dose adaptée sur le rang. Autre ressource utile : l’outil Distance Riverains, qui recense les ZNT riverains à respecter pour un large éventail de produits phytosanitaires. Enfin, de nombreux constructeurs de pulvérisateurs proposent leurs propres applications numériques, conçues pour simplifier les réglages et optimiser la qualité de pulvérisation.

