Dossier technique

À la pointe de la chasse à la volatilisation

Julien Hindré, éleveur de Plouzané (29) - Au champ comme dans son bâtiment, l’éleveur actionne de nombreux leviers pour éviter de perdre de l’azote. La stratégie est payante, l’effet sur les cultures est visible.

Un homme devant des vaches dans un bâtiment d'élevage - Illustration À la pointe de la chasse à la volatilisation
Julien Hindré est installé 
à Plouzané (29). | © Paysan Breton – F. Paranthoën

Sur son exploitation comprenant 100 vaches laitières pour une centaine d’hectares, Julien Hindré cultive, à peu de chose près et à parts égales, du maïs, de l’orge et de l’herbe. Dès le début du projet Abaa démarré en 2021, qui vise à réduire les émissions d’ammoniac d’origine agricole dans l’air ambiant, il s’est porté volontaire. L’éleveur de Plouzané (29) aussi président de la Cuma locale estime que « sur le territoire, nous sommes assez en avance en ce qui concerne les limitations de pertes à l’épandage par volatilisation, avec du matériel adapté, comprenant des pendillards ou des rampes à patin ». Le choix de ces outils a dans un premier temps été guidé par la volonté de réduire les odeurs, car l’habitat est dense en périphérie des exploitations. Puis, en utilisant ces types de matériel dans sa coopérative, « nous nous sommes rendu compte d’un effet sur les cultures, comme l’arrêt d’utilisation d’engrais starter sur le maïs ou des colzas plus beaux, mais nous n’arrivions pas à le quantifier ».

1 t MS de gagné avec le bon outil d’épandage

En se penchant aussi bien sur l’épandage que sur l’ambiance dans les bâtiments, 21 agriculteurs, majoritairement éleveurs de bovins dans le Pays d’Iroise, ont tout d’abord effectué un diagnostic « avec les outils Cap’2ER pour les vaches ou Geep pour les porcs. Nous avons ainsi pu identifier les leviers les plus pertinents pour réduire les pertes. Ce territoire a été choisi pour son dynamisme : des groupes techniques d’agriculteurs existaient déjà », justifie Léna Oddos, chargée d’étude gestion des sols et fertilisation pour la Chambre d’agriculture.

Une femme
Léna Oddos, chargée d’étude gestion des sols et fertilisation pour la Chambre d’agriculture de Bretagne

La météo joue un rôle crucial

Selon le calcul de la répartition des émissions de l’inventaire annuel d’Air Breizh de 2022, les pertes d’ammoniac sont réparties de la façon suivante : en tête les volatilisations en bâtiment (46 %), puis à l’épandage, avec 45 % des pertes. Le pâturage représente enfin 9 % de cet élément perdu. « Il est forcément plus bas lors du pâturage, car il y a moins d’effluents à gérer. De plus, les urines et les fèces ne se mélangent pas ou peu, il y a donc beaucoup moins d’émissions », fait observer la conseillère.

Concernant la gestion des effluents dans son bâtiment, Julien Hindré a investi dans un aspirateur à lisier de chez Lely en 2021. Ce Discovery Collector « va partout, même dans l’aire d’attente de la salle de traite. Nous avons essayé de mesurer la différence de volatilisation avec ce type d’outil », note l’éleveur. Un essai, conduit sur 2 exploitations, l’une en hiver, l’autre en été, avec des fréquences fortes ou faibles de raclage, n’ont pas permis de sortir des résultats significatifs car les capteurs, peu précis, n’ont pas réussi à mesurer les nuances d’ambiance. « Ce sont les conditions météorologiques qui font la différence. Comme le bâtiment est exposé aux vents, le renouvellement d’air est très important ». Cet aspirateur décharge son contenu dans une pré-fosse, ce lisier est ensuite pompé pour être stocké dans une fosse de plus grande capacité. L’élevage produit chaque année environ 2/3 de lisier pour 1/3 de fumier, les logettes n’étant paillées que l’hiver. Ce fumier est stocké directement au champ.

À chaque tonne son usage

La Cuma Ar Bodou, basée à Plouzané, possède 3 tonnes. « Celle équipée de pendillards est appréciée pour fertiliser les dérobées développées, car le passage de l’outil n’écrase pas la végétation. Ce n’est pas le cas de la rampe à patin, qui est beaucoup plus adaptée quand l’herbe est courte ». De son côté, Léna Oddos a observé 63 chantiers d’épandage utilisant différents outils. Avec la méthode des cadres, c’est-à-dire en se servant d’un carré métallique découpé en plusieurs sections égales, elle a regardé et noté le pourcentage de sol recouvert par du lisier, suivant les outils utilisés. « Plus il y a de surfaces couvertes par le lisier, plus il y a de la volatilisation ».

Ce travail mené sur la pointe de Brest va se poursuivre, « il sera aussi dupliqué sur la région de Rennes, et appliqué à des méthaniseurs : le digestat épandu est plus sensible à la volatilisation, car son pH est plus élevé qu’un lisier ».

Convertir les pertes d’azote en euros

Abaa a entre autres rendu possible l’estimation des pertes d’azote lors des chantiers, grâce à la création de l’application AgrivisioN’air qui, suivant le matériel d’épandage utilisé et la météorologie des jours à venir, estime la perte en euros : en prenant un prix unitaire de l’azote, le montant des pertes théoriques est calculé. D’autres essais aux champs ont également permis de se rendre compte des pertes de rendement quand l’azote se volatilise : en comparant des buses à palettes à des pendillards et à des injecteurs, on se rend compte que ce dernier outil « permet de gagner 1 t de MS supplémentaire sur un colza fourrager par rapport à la buse. Aussi, en comparant cet enfouisseur à une buse à palette, le gain d’azote apporté aux plantes est de 50 kg/ha », conclut la chargée d’études.

Fanch Paranthoën

Repères : Julien Hindré, producteur de lait et président de la Cuma Ar Bodou ; 1 salarié ; 1 apprenti ; 100 vaches laitières ; 100 ha.

Moins de poussières avec la dérouleuse

L’orientation et la proximité de la mer font que le bâtiment abritant les vaches laitières est naturellement bien ventilé. Aussi, Julien Hindré a toujours utilisé « une dérouleuse plutôt qu’une pailleuse. La dérouleuse est attelée au chariot télescopique qui avance en crabe pour pailler les logettes, bras déployé. C’est plus maniable, plus propre avec moins de poussières. Travailler de cette façon évite enfin de rouler sur la paille ». Pour pailler ces logettes, la ferme n’utilise que de la paille d’orge : cette espèce est choisie pour libérer tôt dans la saison les parcelles pour pouvoir y implanter des dérobées.


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