Transformation et consommation des produits laitiers : Que devient le lait français ?

Tout le lait produit en France est transformé sur le territoire. Mais quatre litres sur dix sont ensuite exportés. 

Un camion-citerne entre dans la cour d'une ferme où on aperçoit des niches à veau pour collecter la production.  - Illustration Transformation et consommation des produits laitiers : Que devient le lait français ?
Le lait collecté en France 
est transformé sur place. | © Paysan Breton - T. Dagorn

« Non pas en valeur, mais bien en volume, la France exporte 40 % de son lait. Mais les 60 % qui restent sur le territoire ne suffisent pas à répondre à la demande nationale, ainsi nous importons un tiers du lait que nous consommons », résumait Jean-Marc Chaumet, directeur Économie au Cniel, pour dresser le tableau de l’univers laitier hexagonal aux Assises du lait de la FNPL à Saint-Malo (35).

99,6 % du lait transformé est d’origine France

L’essentiel de la collecte française, soit 98 % de la production, est transformé en France, poursuivait Baptiste Buczinski, de l’Institut de l’Élevage « En termes de lait vrac, le pays exporte seulement 2 % de sa collecte et, en contrepartie, les importations sont négligeables, de l’ordre de 79 000 t par an », précisait-il.

54,3 % du lait consommé via le panier des ménages

Ainsi, en 2023, 99,6 % des 23 milliards de litres de lait transformés en France étaient issus des élevages du territoire national. Pour autant, l’agroéconomiste note un « recul de 4,5 % de la ressource laitière transformée en France entre 2019 et 2023 » à relier, entre autres, à la dynamique de décapitalisation. La matière solide utile (ou MSU) de cette ressource laitière disponible en France est principalement utilisée pour fabriquer des fromages (36 %), des produits liquides et frais (26 %), du beurre (19 %) et des ingrédients secs type poudres (19 %).

L’export, 2e destination du lait français

Ce lait transformé en France est destiné (en équivalent lait) pour 43,9 % aux circuits de détail, soit vers « le panier des ménages ». 9,1 % filent vers le « food service », c’est-à-dire la restauration hors foyer (ou hors domicile) « par exemple sous la forme du fromage glissé dans le sandwich ». Les industries agroalimentaires (IAA) n’absorbent que 5,8 % du lait transformé en France : « Ce secteur utilise assez peu l’origine France dans ses préparations type glaces, chocolats… ».

Enfin, 41,2 % du lait français sont commercialisés hors de nos frontières en produits laitiers. « Entre 2019 et 2023, ces exportations demeurent relativement stables, autour de 750 000 t de MSU par an. Par contre, on exporte moins d’ingrédients secs, mais davantage de beurre, de crème et de fromages. »

De plus en plus de beurre et fromages importés

Si, en somme, tout le lait français est transformé en France (pour être consommé sur place ou exporté), cela n’empêche pas la tendance haussière des importations laitières (+ 6 % entre 2019 et 2023). Ainsi 500 000 t de matière solide utile (MSU) entraient dans l’Hexagone en 2015, contre près de 600 000 t en 2023. La tendance est particulièrement vraie en fromages et en beurre, respectivement 128 000 t et 168 000 t importées en 2015, contre 195 000 t et 214 000 t en 2023. Des flux venant répondre à la demande des Français. En 2023, la consommation nationale de produits laitiers – en équivalent lait – est estimée à 21,15 milliards de litres : 13,7 milliards (65 %) collectés et transformés en France pour 7,4 milliards importés. « Si les créneaux des laits conditionnés et des yaourts et desserts sont très peu pénétrés par l’origine étrangère, 47 % du beurre, 30 % des laits en poudre, 28 % des fromages et 27 % de la crème que nous mangeons sont importés. »

L’industrie absorbe surtout du lait étranger

Comment les Français consomment-ils les produits laitiers aujourd’hui ? Baptiste Buczinski détaille : « 54,3 % en circuits de détail, 32,6 % via les produits de l’industrie agroalimentaire et 13,1 % en food service. »

Or le taux de pénétration du lait étranger varie selon les débouchés. Seuls 11 % des produits laitiers (ramenés en équivalent lait) consommés par les ménages sont importés. « C’est 23 % dans le food service (RHD). Alors que le secteur des industries agroalimentaires notamment en seconde transformation intègre 80 % de produits laitiers importés », rapportait l’observateur en s’appuyant sur des travaux réalisés par Geb-Idele.

Toma Dagorn

Demande dynamique

Jean-Marc Chaumet – Directeur Économie au Cniel

La demande mondiale en produits laitiers s’avère très dynamique dans un commerce mondial pourtant atone. Concernant l’évolution de la consommation mondiale entre 2025 et 2034, les estimations parlent d’une croissance de +21 % en produits laitiers frais (lait liquide, yaourts), +18 % en beurre, +10 % en fromage… Alors que la hausse attendue de la production laitière planétaire n’est que de 1,6 % par an sur 2024-2033 pour un développement du commerce mondial annuel limité à seulement 0,4 % d’ici 2030. Les prévisions pointent notamment un recul sensible en volume de la Nouvelle-Zélande et de l’Europe de l’Ouest dans les échanges internationaux.


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