Fortes pluies : Les céréales doivent patienter

Les grandes quantités d’eau qui se sont abattues sur les parcelles ont inondé certains champs. Impossible dans ce cas de fertiliser les cultures, il faut s’armer de patience, mais l’heure n’est pas encore à l’urgence.

Une parcelle de céréales innondée - Illustration Fortes pluies : Les céréales doivent patienter
Partie hydromorphe d'un champ. | © Paysan Breton – F. Paranthoën

Quand on regarde le cumul de précipitations sur le mois de janvier qui vient de s’écouler, le seuil des 300 mm d’eau par m2 est allègrement franchi dans bon nombre de communes bretonnes. Mais il pleut depuis longtemps pour cet hiver en cours : quand on empile les données d’une ville comme Arzano (56) depuis le 1er décembre 2025, il aura fallu vider les pluviomètres à de nombreuses reprises, car ce sont 551 mm qui sont tombés du ciel et ont arrosé les champs.

Passer la houe quand les champs porteront, un bénéfice réel

Si les pâtures arrivent à absorber ces grandes quantités d’eau, ce n’est pas le cas des parcelles en culture, notamment implantées de céréales. Des croûtes de battance se forment sur ces sols beaucoup plus nus, leur surface éclate quand les grosses gouttes frappent la terre. Souvent, de véritables petits étangs se forment, les vigilances pluies/inondation se multiplient, Quimperlé (29) ou Châteaulin (29) en ont fait les frais. Pour couronner le tout, l’accès à ces champs devient impossible par des structures qui ne portent pas ; les effluents doivent rester dans des fosses qui se remplissent, les big-bags d’engrais patientent à l’abri.

De l’azote lixivié

Le bon sens paysan prime, Arvalis suit cette sagesse. Sur son site de Ploërmel (56), Élodie Quemener, ingénieure régionale, constate que le département a essuyé des précipitations 3 fois supérieures à la normale. « Tant que les sols ne sont pas ressuyés, pas question d’aller dans les champs ».

Les espèces n’ont pas toutes le même comportement vis-à-vis de l’hydromorphie : le triticale résiste le mieux, suivi du blé, puis de l’orge, plus sensible aux excès d’eau. Aussi, pour cette campagne, le pilotage des apports d’azote devra être légèrement modifié. « Il faudra adapter les apports, en laissant le temps aux plantes de repartir ». Ce premier apport ne devra pas excéder 30 unités d’azote, les parcelles à adventices devront d’abord être désherbées. En ce qui concerne l’azote minéralisé dans le sol pendant la partie douce de l’automne, il est à craindre qu’il ait été entraîné par les lames drainantes. Avec cet azote lixivié, « on aura sans doute des reliquats très bas ». Pour autant, « pas d’urgence dans les champs. Les besoins des céréales sont encore faibles », inutile de gaspiller ces précieuses unités de fertilisant.

Passer du jaune au vert

À la Chambre d’agriculture de Morlaix (29), la conseillère Cécile Goupille fait remarquer que les mesures de reliquats en sortie d’hiver sont en cours de prélèvement, ils seront communiqués d’ici à une quinzaine de jours. Si des champs affichaient un stock d’azote important « en octobre, de l’ordre de 200 ou 250 unités, il n’en reste plus que 15 aujourd’hui. Sur le bassin de Morlaix, tous les ans, la lame drainante est suffisante pour lixivier les horizons ». Les reliquats seront donc faibles pour ce début 2026. Aussi, la minéralisation sera différente selon les systèmes de culture : un système qui comprend dans sa rotation « des pâtures, puis du maïs et des céréales minéralisera plus, il bénéficiera également des arrière-effets des apports d’effluents. C’est aussi le cas pour les précédents en légumes qui laissent beaucoup de matière organique ». Dans tous les cas, face à des parcelles qui jaunissent avec des racines dans de l’eau pauvre en oxygène, la conseillère rassure : « Quand l’eau va s’évacuer, les plantes vont reverdir. Une fois les sols à nouveau portants, un passage de houe a un grand intérêt : sur des sols tassés par les fortes pluies, il écroûtera les surfaces, sans être agressif vis-à-vis des céréales ». Enfin, concernant les cultures de colza, Cécile Goupille incite à « mesurer la biomasse en sortie d’hiver. Même si les reliquats d’azote vont être faibles, les plantes sont grosses. En mesurant la biomasse, on gagne économiquement par des apports complémentaires d’azote réduits : on a tendance à surfertiliser les colzas ».

Fanch Paranthoën

Les ancrages sont bons

Benjamin Collin – Ingénieur régional Bretagne chez Arvalis

Globalement, la plupart des semis ont été faits dans de bonnes conditions, il y a une bonne implantation, sans excès d’eau comme en octobre 2023. Il y a un bon ancrage des racines. Le stade tallage est le moins sensible aux excès. Le plus important est désormais que les sols se ressuient rapidement, avant mi-mars à fin mars pour le stade épi 1 cm. Si les sols se ressuient bien courant février et s’il y a eu des pertes de pied, on peut avoir des capacités de compensation assez importantes sur blé. Dans un essai de l’an passé concerné par de l’hydromorphie, nous avons finalement eu une très bonne fertilité d’épi, favorisée par la météo, avec un très bon rayonnement solaire de fin avril à début mai.


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