Les pulvérisateurs automoteurs passent à la cabine avancée

Portés par la reprise des ventes d’automoteurs, les pulvérisateurs à cabine avancée gagnent du terrain et redessinent l’offre des constructeurs. Du compact au très haut de gamme, cette architecture s’impose comme la nouvelle référence.

Un pulvérisateur automoteur avec une rampe dans un champ - Illustration Les pulvérisateurs automoteurs passent à la cabine avancée
L’association d’un châssis bien équilibré et suspendu avec une rampe stabilisée par les capteurs autorise des vitesses de travail élevées. | © Stefan Longin - John Deere

Après un passage à vide en 2021 et 2022, le marché des automoteurs de pulvérisation a retrouvé des couleurs pour atteindre 430 immatriculations en 2024. Cette reprise profite principalement aux appareils à cabine avancée (front cab). La dynamique des marques Amazone, Fendt et Horsch, positionnées sur ce segment, en est une illustration.

430 immatriculations de pulvérisateurs automoteurs en 2024

Cette tendance est scrutée de près par les constructeurs jusqu’ici attachés à l’architecture à cabine centrale. La riposte s’organise, à commencer par John Deere. Après avoir commercialisé les modèles compacts 332M et 340M, dérivés de la gamme italienne Mazzotti dont il est propriétaire, l’Américain renouvelle son offre en remplaçant les 4140i et 4150i par les nouveaux 540R et 550R. Sa gamme d’automoteurs se compose désormais exclusivement de quatre modèles à cabine avancée.

Des gammes en pleine recomposition

Au sein du groupe Exel, cette architecture était jusqu’à présent réservée à la marque élististe Agrifac, qui vient d’ailleurs de renouveler entièrement sa gamme. Elle s’étend désormais à Préciculture avec le Spectre B, commercialisé par Berthoud. Cet automoteur de 5 200 litres se distingue par une cabine originale montée sur glissière. Le groupe français renforce également son positionnement avec Hardi et Evrard, dont les nouveaux automoteurs front cab Arex et Vega sont proposés en 5 000 et 6 000 litres.

Dernier arrivant sur le segment des automoteurs, le constructeur breton Arland a lui aussi opté pour une cabine avancée. Issu d’un partenariat avec l’Italien Grim, le modèle compact GR est proposé en 3 500 et 4 000 litres. À ce jour, seul Kuhn n’a pas encore cédé à la tendance du front cab.

Un poste de conduite confortable

L’attrait pour cette nouvelle génération d’automoteurs repose sur plusieurs arguments. Le premier concerne la position frontale du poste de conduite, qui autorise l’implantation d’une cabine spacieuse, gage d’accessibilité, confort et de visibilité. Le conducteur est également mieux isolé des nuisances sonores du moteur, notamment lorsque celui-ci est positionné à l’arrière de la cuve.

Même si l’ensemble des automoteurs est aujourd’hui équipé de systèmes de filtration de catégorie 4, l’éloignement de la cabine par rapport à la rampe limite encore davantage l’exposition aux aérosols. Cette configuration nécessite toutefois un temps d’adaptation pour les utilisateurs habitués aux cabines plus reculées ou les adeptes de la rampe avant.

La position de conduite, située en amont des roues à la manière d’un autobus, peut se révéler déroutante lors des premières prises en main, notamment au moment des reprises de lignes, où l’appréhension du passage des roues demande un peu d’habitude. En revanche, malgré l’éloignement de la cabine, les surfaces vitrées offrent une bonne visibilité de trois-quarts arrière sur la rampe, qui est toutefois conditionnée par la forme et la hauteur de la cuve.

Bien équilibrés et bien suspendus

Autre point fort de ces machines : leur architecture favorise une répartition équilibrée des masses entre les deux essieux. La cuve, implantée au centre du châssis, n’altère pas l’équilibre de l’ensemble quel que soit son niveau de remplissage. Reste le moteur, positionné à l’avant ou à l’arrière de la cuve selon les choix constructeurs.

La plupart des automoteurs à cabine avancée bénéficient par ailleurs de systèmes de suspension sophistiqués, améliorant le confort et la stabilité à vitesse élevée. Certains modèles proposent même une correction automatique de l’assiette en dévers. Agrifac a bâti sa réputation sur son châssis Stabilo Plus, qui repose sur un système de balancier entre les roues avant et arrière, chacune étant suspendue par un boudin pneumatique. Amazone adopte un principe comparable sur le Pantera 4504, mais avec une suspension hydropneumatique, tandis que le Pantera 7004 reçoit une suspension à roues indépendantes comme Horsch et Fendt qui se différencient par des roues montées sur parallélogramme. John Deere reprend, sur sa série 500R, le dispositif à boudin pneumatique sur chaque support de roue (hydropneumatique sur le 300M). Chez Hardi et Evrard, les Arex et Vega utilisent eux aussi des poumons pneumatiques à chaque roue. Seuls les modèles Spectre B d’Exel et GR d’Arland font exception, en conservant des suspensions d’essieux à boudins pneumatiques associés à des amortisseurs hydrauliques.

L’architecture des châssis s’accompagne généralement de réglages hydrauliques de la voie, voire de la hauteur sous châssis. Plusieurs constructeurs proposent des versions spécifiques pour voies larges, au-delà de 3 mètres, et pour des dégagements importants pouvant atteindre 2 mètres. Afin de limiter la compaction des sols par ces engins dont le poids à vide oscille entre 10 et 15 tonnes, certains acceptent des pneumatiques de très grand diamètre, jusqu’à 2,20 voire 2,30 mètres.

Des performances qui ont un coût

Cette excellence technologique a toutefois un coût. Si les modèles compacts affichent des prix d’entrée autour de 250 000 euros, les appareils de gros gabarit bien équipés dépassent aisément les 400 000 euros. En Bretagne, les premiers peuvent être rentabilisés sur des surfaces de l’ordre de 400 hectares, avec une part de cultures spécialisées. Ils trouvent aussi leur place dans les Cuma. Les modèles les plus imposants nécessitent des volumes d’activité compatibles surtout avec les ETA, voire certaines grandes Cuma. Ces tarifs élevés s’expliquent en partie par un niveau d’équipement très complet : pompes de forte capacité, vannes motorisées, circulation continue, etc. En option, ces automoteurs accèdent également à des technologies avancées telles que la sélection automatique des buses, les buses à pulsation PWM ou encore la pulvérisation ultralocalisée.

Michel Portier

En chiffre : 3 200 à 4 000 litres de capacité pour les modèles compacts – 5 000 à 8 000 litres pour les gros appareils – 175 à 405 chevaux de puissance moteur – Jusqu’à 5 mètres pour la rampe la plus large – De 250 000 euros pour un modèle compact sans option à plus 400 000 euros pour un engin de 5 000 L bien équipé

De bonnes aptitudes routières

En Bretagne, les automoteurs à cabine avancée sont majoritairement utilisés par les ETA. Les nombreux trajets routiers mettent en évidence leurs bonnes aptitudes routières, grâce notamment à leurs suspensions évoluées. Outre le confort, celles-ci participent à la sécurité en stabilisant l’appareil dans les virages. Les modèles proposant une garde au sol réglable offrent une hauteur de cabine plus basse qui, couplée à la visibilité panoramique, améliore la vision sur la route. La plupart des appareils sont homologués pour une vitesse de 40 ou 50 km/h. Attention toutefois, certains modèles hors gabarit (largeur supérieure à 2,55 m) sont limités à 25 km/h.


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