Dossier technique

Faire entendre les agriculteurs

Pascal Prido, maire du Foeil (22) - Aux Municipales, l’éleveur laitier se présente pour un 3mandat de maire. Il est convaincu que le monde agricole doit être présent en politique, à commencer par les conseils municipaux.

Un homme devant une mairie présentant les drapeaux de la France et de l'Europe.  - Illustration Faire entendre les agriculteurs
Pascal Prido devant la mairie du Foeil (22). | © Paysan Breton - T. Dagorn

Pascal Prido est entré en politique comme élu municipal au Foeil (22) dès 1995. « Notre commune était extrêmement endettée suite à de très gros investissements. Nous avions monté une liste d’opposition pour reprendre les choses en main. Il nous aura fallu dix ans pour assainir les comptes. » Le producteur de lait installé en Gaec envisage ainsi la gestion d’une commune comme celle d’une exploitation : « Il faut faire avec ses moyens et non avec ses envies, ne pas dépenser plus qu’on ne gagne… » Du bon sens paysan.

Gérer du personnel

Déjà élu conseiller municipal depuis 19 ans, Pascal Prido est devenu maire en 2014. « Les communes sont l’élément de stabilité de notre République », insiste-t-il. Pour lui, les agriculteurs doivent être présents dans les conseils municipaux : « Pour expliquer ce que l’on fait, rétablir certaines vérités, faire entendre notre voix et exprimer nos besoins. Car, aujourd’hui, ceux qui parlent le plus d’agriculture sont souvent des gens qui n’ont jamais mis les pieds dans les fermes de leurs voisins. » Il considère que s’engager donne l’occasion de rappeler que le monde agricole existe : « Nous ne représentons plus que 3 % de la population mais occupons les trois quarts du territoire… Ne laissons pas les autres décider pour nous. »

La commune, élément de stabilité de la République

À 20 km de Saint-Brieuc, Le Foeil s’étend sur 2 054 ha et compte 1 450 habitants, 15 fermes pour 33 chefs d’exploitation et deux entreprises importantes, le fabricant d’aliment ARC et le couvoir Hubard. Être maire d’une petite commune réclame polyvalence et disponibilité. Un arbre sur une route, un bovin en divagation, un agent absent à la garderie… Il faut être prêt. « Cela occupe 40 % d’un 35 heures hebdomadaires. » La grande différence avec le métier d’agriculteur est la dimension de gestion du personnel. « Au total, j’ai la responsabilité de 14 agents municipaux répartis entre les services. C’est toujours passionnant, mais parfois compliqué. »

Tôt le matin sur l’élevage

En 2020, réélu aux Municipales, Pascal Prido est devenu dans la foulée vice-président à l’Agriculture et la Transition alimentaire de Saint-Brieuc Armor Agglomération (voir encadré), puis conseiller départemental en 2021. « Mes trois mandats réclament près de 50 heures par semaine », estime l’agriculteur qui tient à rester confronté à la « vraie vie » dans son activité première. « Je me lève très tôt pour mettre tous les matins les pieds dans mes bottes et les bottes dans la bouse… Si je dois passer trois jours sans être à l’élevage, cela me manque. »

Toma Dagorn

Vers un désert d’agriculteurs ?

Urbaine, littorale et rurale à la fois, Saint-Brieuc Armor Agglomération rassemble 32 communes. « Cet échelon concerne aussi le secteur agricole. C’est là que se gèrent par exemple les politiques de bassin versant ou l’animation de la restauration scolaire », rappelle Pascal Prido. « Si la com’ com’ n’a pas vocation à agir directement sur le renouvellement des générations, elle est engagée sur l’aménagement du territoire. Mon travail est d’y faire prendre conscience qu’on ne se dirige peut-être pas vers un désert d’agriculture, mais vers un désert d’agriculteurs. »


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