Dinard, mémoire d’une villégiature

Des premières villas anglaises aux majestueuses demeures Belle Époque, Dinard raconte un siècle de rêve et d’architecture. Aujourd’hui, la ville protège jalousement ce patrimoine unique, reflet d’un art de vivre entre terre bretonne et élégance britannique.

Une grande demeure typique de la ville de Dinard - Illustration Dinard, mémoire d’une villégiature
La villa des Roches Brunes | © Paysan Breton

Dinard (35)

Au milieu du XIXe siècle, Dinard n’est encore qu’un modeste hameau de pêcheurs, rattaché à la commune voisine de Saint-Énogat. Mais, sous le Second Empire, les colonies anglaises commencent à découvrir ce quartier. En 1836, les premiers Britanniques s’y installent, séduits par le panorama et la douceur du climat.

En 1836, les premiers Anglais s’y installent

En 1852, la famille anglaise Faber, venue rendre visite à leur consul, tombe sous le charme du lieu. William Faber fait alors construire les premières villas sur la pointe du Moulinet, qu’il revend ensuite à ses amis britanniques habitués à séjourner à Dinan ou à Avranches. À sa mort en 1854, sa femme Lyona prend le relais et se lance dans une véritable promotion immobilière, marquant ainsi le début de la villégiature dinardaise. Dans la foulée, l’aristocratie parisienne suit le mouvement, et de nombreux français fortunés enchaînent les constructions. Parallèlement, la mode des bains de mer – vantés pour leurs vertus thérapeutiques – attire un public toujours plus nombreux. En 1858, le premier établissement de bains ouvre sur la plage de l’Écluse, tandis que la même année, un bateau à vapeur relie Dinard à Saint-Malo en seulement quinze minutes.

Une mer paisible et bleu avec en arrière plan une ville sur la côte
Vue sur la pointe de la Malouine depuis la pointe du Moulinet.

407 villas Belle Époque

Entre 1870 et 1914, plus de 400 villas voient le jour. Certaines dominent fièrement les pointes de la Malouine et du Moulinet, de part et d’autre de la grande plage de l’Écluse ; d’autres se dissimulent derrière les pins de la Vicomté.

Les architectes rivalisent alors d’audace et l’éclectisme est à son apogée. Chaque construction est le fruit d’un savant mélange de style : néo-gothique, art nouveau, anglo-normand… En 1865, Lyona Faber fait par exemple construire la villa Bric-à-Brac, qui doit très certainement son nom à son architecture tarabiscotée.

En flânant dans Dinard, on peut découvrir des bow-windows, des vérandas, des terrasses crénelées, des surélévations, des tourelles ou des jardins à l’anglaise. Les matériaux utilisés sont également variés : granit local, bois sculpté, enduits colorés, céramiques et ferronneries. Chaque demeure devient une signature, et de cette diversité naît le style dinardais, alliance unique d’influences anglaises et françaises.

Les Roches-Brunes

Posée sur la pointe de la Malouine, la villa Les Roches-Brunes date de la fin du XIXeᵉ siècle. Construite entre 1893 et 1896 pour Émile Poussineau, célèbre couturier parisien, elle accueille aujourd’hui des expositions et demeure l’un des emblèmes de la ville. C’est la seule construction de style néo-Louis XIII de Dinard. Ce style est notamment reconnaissable grâce à ses encadrements de baies, ses lucarnes à frontons triangulaires ou encore à la tour d’escalier couverte d’un grand toit en pavillon.

Ses murs d’enceinte rappellent quant à eux les systèmes défensifs de Vauban, et sont le symbole de la richesse de l’aristocratie de l’époque qui venait en villégiature sur la pointe de la Malouine.

D’après les plans de l’architecte briochin Alexandre Angier, cette villa balnéaire est une transposition exacte des hôtels particuliers urbains. On y trouve par exemple de nombreuses pièces réservées au personnel, des salles de réception ainsi que des espaces destinés aux hommes tels que le fumoir ou la salle de billard.

Préserver le patrimoine

Aujourd’hui, les villas de Dinard constituent un véritable livre d’histoire à ciel ouvert. Témoins privilégiés de la naissance du tourisme balnéaire en France, elles rappellent une époque où l’art de vivre se mêlait à l’élégance architecturale. Consciente de cette richesse, la commune a très tôt engagé une politique active de protection de son patrimoine. Dès les années 1980, plusieurs demeures ont été inscrites ou classées au titre des Monuments historiques. En 2003, la commune a également été labellisée Ville d’art et d’histoire, qui reconnaît les villes qui s’engagent activement dans la connaissance, la conservation, la médiation et la valorisation de leur patrimoine. En 2023, Dinard a mis à jour son site patrimonial remarquable, qui encadre les travaux visibles depuis l’espace public.

Une grande demeure qui évoque un château anglais
La villa La Garde, construite en 1897, évoque un château anglais.

Au fil des années, certaines demeures ont simplement changé de propriétaires, d’autres, à l’instar de La Garde sur la pointe du Moulinet, ont été divisées en plusieurs appartements en copropriété. La villa Bric-à-Brac a, quant à elle, accueilli un aquarium entre 1935 et 1992, ainsi que le musée de la Mer entre 1935 et 2008. Aujourd’hui, la villa abrite un somptueux hôtel cinq étoiles et un restaurant gastronomique : l’hôtel Castelbrac.

Ainsi, Dinard perpétue l’esprit raffiné et cosmopolite qui a façonné son identité : une ville élégante, tournée vers la mer, où le passé et le présent dialoguent au fil des façades.

Alexis Jamet

Les bains à la lame

Le bain à la lame est une pratique thérapeutique qui consiste à se plonger subitement et brièvement dans l’eau de mer afin de bénéficier des effets stimulants. Cette méthode, apparue au début du XIXe siècle, était particulièrement recommandée pour ses vertus tonifiantes, notamment pour les jeunes filles anémiées ou apathiques. Les femmes étaient souvent amenées dans l’eau par des charrettes tirées par des chevaux, puis descendues par des escaliers, soutenues par des « guides-jurés ». Ces guides plongeaient les baigneuses à plusieurs reprises, afin de régénérer l’organisme par une suffocation provoquée par l’immersion dans l’eau fraîche. Cette pratique, initialement médicale, était strictement encadrée.


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