Ploudiry (29)
Le calvaire, situé dans son écrin de verdure et voisin depuis des siècles de la petite chapelle Saint-Antoine, jouit pour l’instant d’un repos qui risque d’être perturbé dans les prochains jours. Les choses ne vont pas en rester là, et pour cause : le 7 septembre, l’ambiance va être à la fête, pour le pardon dédié ici à Saint-Antoine.
Après la traditionnelle fête religieuse, place à une activité plus profane et peu banale, avec la vente aux enchères de cochonaille, à savoir andouilles et morceaux de lard. Il y a quelque temps, ce sont « les familles voisines de la chapelle qui apportaient leur viande. Aujourd’hui, nous passons par un traiteur », explique Fernand Morizur, de l’association Les Amis de Saint-Antoine.

Si l’origine de la marchandise a changé, ce n’est pas le cas pour la suite des opérations. Le crieur va prendre place sur le calvaire devant un parterre d’acheteurs, les prix vont grimper au fur et à mesure. Et les montants peuvent atteindre des sommets. « Il peut y avoir une certaine compétition entre acheteurs. L’andouille peut se vendre 70 ou 80 €, le bout de lard 40 à 60 € ». Bien entendu, les clients font en même temps par cet achat une offrande à l’association, cet argent servant ensuite à l’entretien de la chapelle construite au XVIe siècle. Elle fut bâtie par la famille Kerlozrec, et dépendait du manoir de Penn ar Fers. En 1652, la famille Mol de Kerjean, héritière des Kerlozrec, fait installer 3 retables polychromes et introduit le culte de Saint-Antoine de Padoue. Au fil du temps, le lieu est tantôt théâtre de festivités religieuses, tantôt laissé à l’abandon, conduisant à l’écroulement de la face sud du transept, dont il est fait mention dans des documents datant du XIXe siècle.
On ne peut pas laisser tomber un tel patrimoine
Au siècle dernier, des travaux sont entrepris pour redonner son charme à la chapelle, les lambris de la voûte et les vitraux retrouvent l’éclat de leur jeunesse ; puis un drainage et une consolidation des fondations viennent assurer la pérennité de l’ensemble. Le pavage de schiste, chatouillé par les racines d’un arbre trop proche, fut reconstitué par des bénévoles dans les années 80. Enfin, Valentin Scarlatescu, artiste peintre, s’est vu chargé de redonner son ciel étoilé à la voûte, en 1996. Les Amis de Saint Antoine et l’association Mein ha Diri sont pour beaucoup dans la sauvegarde de ce patrimoine, grâce à l’entretien qu’ils apportent et aux travaux réalisés.

Guérir les plaies
Mais revenons à nos moutons, ou plutôt à nos cochons. L’histoire retiendra l’orientation quelque peu agricole de cet édifice religieux, qui servit « il y a une cinquantaine d’années à stocker des pommes de terre », relate Jean-Jacques Piton, ancien maire de la commune et membre actif de l’association. Il faut dire que l’endroit frais et à l’ombre est propice à ce genre de service. On retrouve aussi dans une enquête de l’évêché, et selon le curé Abjean en 1892, la présence de pèlerins « de Plougastel. On s’y rend pour demander la guérison de certaines plaies et prier le saint patron de préserver la classe des animaux qu’on appelle des porcs », relate un manuscrit. Lors du pardon, la fontaine en contrebas tient la faveur des paysans. Son eau guérit de l’ergotisme et soigne les cochons affectés d’érysipèle (rouget).
Pour la fête profane et ses ventes aux enchères, tous les ans sur le calvaire hormis en 1983 où de fortes pluies ont contraint à s’abriter dans la chapelle, les crieurs se sont succédé. Citons dans ce rôle Louis Léon, Joseph Péron ou encore le bretonnant Olivier Vaillant en 1947. Pour Albert Guyader, le métier de crieur a duré 39 ans. Désormais, c’est sous la voix de Guillaume Maubian que les ventes se font. « Nous le nommons maître de cérémonie ; il crie avec verve et humour », souligne Fernand Morizur.
À une époque où tout va très vite, il est important de prendre le temps d’apprécier son quotidien, ses traditions. Qu’est ce qui motive aujourd’hui ces bénévoles à entretenir cette fête et ce lieu ? « On ne peut pas laisser tomber un tel patrimoine », justifie Jean-Jacques Piton. « Mes parents se sont connus ici, au pardon », enchérit Fernand Morizur. « Il faut continuer : c’est un moment de convivialité, de fraternité », conclut-il.
Fanch Paranthoën
Les farceurs font les andouilles
Parmi les nombreuses anecdotes qui ont pu donner encore un peu plus de vie à ce vieux pardon, citons celle de petits farceurs qui, cette année-là, avaient surpris « les gens de Kerléo qui s’étaient offert une belle grosse andouille. Longuement cuite, elle fut mise sur la table avec les pommes de terre ». Mais quand les occupants de la salle voulurent couper ce mets, ils se rendirent compte qu’il contenait des troncs de choux, savamment cachés dans un boyau de cochon…
Le programme de cette année : Pour cette édition 2025, il ne faudra pas tarder à se présenter au lieu-dit Saint-Antoine, à Ploudiry, le dimanche 7 septembre. À 10 h 30 : messe suivie de la procession des enseignes, croix et bannières. À 11 h 30 : vente de cochonaille : 20 andouilles de 800 grammes, 12 andouilles de 600 grammes et 16 morceaux de lard sont prévus. À 15 h : concert de Clarisse Lavanant, entrée au chapeau.
