Ils misent sur la vigne, à Plougoumelen

 - Illustration Ils misent sur la vigne, à Plougoumelen
Les projets fleurissent en Bretagne. Ici, une parcelle plantée récemment, à Auray, visible de la 4 voies, à hauteur du pont de Saint-Goustan.
Une dizaine d’hectares. C’est la surface qu’Honorine et Grégoire Besson envisagent de planter, à terme, pour produire des vins rouge et blanc, près du golfe du Morbihan.  

Après dix années d’activité professionnelle dans la vallée du Rhône – elle dans le commerce du vin, lui dans la gestion de vignoble – Honorine et Grégoire Besson ont souhaité s’installer à leur compte. « À 800 000 € l’hectare de vigne plantée, c’était difficile à envisager dans notre région », indique les deux trentenaires. « Les aléas climatiques (gelées, grêle, sécheresses), de plus en plus nombreux, augmentent le risque financier. On ne concevait pas non plus d’irriguer nos vignes ». Les deux œnologues, forts de leurs expériences en Afrique du Sud, en Australie puis dans le Sud de la France, s’imaginent à la tête d’un vignoble, plus au nord. « Nous venions régulièrement en vacances dans le Sud Bretagne. L’idée a fait son chemin… ».

Une terre pauvre et drainante

Les contacts pris avec la Chambre d’agriculture débouchent rapidement sur une proposition concrète : une parcelle d’une dizaine d’hectares à Plougoumelen (56), convoitée pour des projets non agricoles, préemptée par la Safer. « Nous l’avons visitée en avril 2021 ; elle correspondait parfaitement à ce que nous cherchions : une terre pauvre et drainante ». Les analyses de sol, soumises à des spécialistes de la viticulture, confirment les premières impressions, la terre présente des caractéristiques semblables à celles de l’aire du Saint-Joseph, un vin d’appellation d’origine contrôlée du vignoble de la vallée du Rhône septentrionale. « Nous ne pouvions pas tomber beaucoup mieux. Sur ce type de sol, nous savons faire du vin ! ».

Honorine et Grégoire Besson, avec Thierry Gueho, technicien foncier à la Safer (à gauche), sur la parcelle préemptée dans un premier temps, puis acquise par les futurs viticulteurs.

Des plants de haute qualité

Les premières plantations débuteront en février prochain. 15 000 plants de Sauvignon, de Gamay et de Chenin, sur 3 hectares. Un bon début. « Nous misons sur un matériel végétal de haute qualité, trois fois plus cher que des plants standards. C’est le plus gros investissement ». Des plants d’excellence, provenant du Vaucluse, qui devraient s’épanouir pendant huit décennies sur les hauteurs de Plougoumelen. La deuxième étape de plantation est envisagée pour 2025-2026, après la première vendange. « Nous espérons un revenu pour au moins l’un de nous dès 2027 ». En attendant, Grégoire, ingénieur agronome de formation, enseigne au lycée du Gros Chêne à Pontivy. Honorine travaille pour une société spécialisée dans l’exportation de vin.

Plus de 50 000 bouteilles par an, à terme

Le projet prévoit la construction d’un bâtiment et l’embauche d’une main-d’œuvre saisonnière. Les futurs viticulteurs bretons voient grand : « L’objectif est de produire entre 50 000 et 70 000 bouteilles, 30 % de rouge, 70 % de blanc ». À court terme, les 3 premiers hectares plantés devraient leur permettre de vendre 15 000 à 20 000 bouteilles de vin bio. À un prix en rapport avec la qualité. Les nombreux projets viticoles qui émergent dans la région les stimulent. « C’est plus une émulation qu’une concurrence », assurent-ils. Pour preuve, ils viennent d’adhérer à la toute récente association des vignerons bretons.

L’association des vignerons bretons prend de l’ampleur

Ils étaient une dizaine de vignerons lors de la création de l’association en 2021. Ils sont désormais 22 et la trentaine de projets en cours dans la région laisse penser que ce nombre pourrait augmenter significativement dans les prochaines années. L’association veillera à l’image du vin breton en demandant à ses adhérents de respecter une charte de qualité, avec comme point d’orgue, l’interdiction d’utiliser des produits de synthèse dans les vignobles. Pas question de mettre du picrate sous étiquette « Vin de Bretagne ». Elle permettra également de limiter les échecs car l’investissement dans la plantation est élevé (20 000 € en moyenne par hectare), sans revenu pendant trois ans au minimum. Une affaire de professionnels.

Les vignobles fleurissent près du golfe du Morbihan

Pourquoi un tel engouement pour la vigne en Bretagne, notamment dans le Sud du Morbihan ? Depuis le 1er janvier 2016, l’Europe a mis fin aux droits de plantation de la vigne. Des autorisations de plantations peuvent désormais être délivrées à des vignes destinées à la production de vins non couverts par une indication géographique (AOC ou IGP). D’autre part, le réchauffement climatique laisse penser que la région pourrait devenir favorable à la viticulture. Le pourtour du golfe du Morbihan est particulièrement ciblé par les futurs vignerons ; des projets conséquents, d’une petite dizaine d’hectares, débutent à Plougoumelen, Baden, Theix, Sarzeau, Auray ou Arz. D’autres projets couvent à Belle-île et jusqu’au Centre-Bretagne.


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