Désagriculturalisation

Le mot est peu élégant et difficilement prononçable. Pourrait-il en être autrement pour un mot qui marque le déclin de l’agriculture comme la désindustrialisation identifie le repli de l’industrie. Le vocable « désagriculturalisation » n’est pas une invention de Paysan Breton : il est cité dans un rapport du Sénat de 2018. Ce mot abscons incarne l’affaiblissement de l’agriculture. Cet affaiblissement qui n’épargne pas la Bretagne et que les élus de la Chambre d’agriculture ont illustré une nouvelle fois la semaine dernière par des chiffres éloquents pour l’année en cours : – 21 000 vaches laitières, –  5,6  % de vaches allaitantes, -2,3 % de charcutiers, etc. L’industrie connaît également très bien cette spirale des moins : -7 points de contribution au PIB national en 20 ans ; moins -30 % d’ouvriers en 30 ans. Mais elle entrevoit aujourd’hui la lueur d’une « réindustrialisation » française. À condition que l’on puisse réimplanter des usines sur le territoire, comme le soulignent de nombreux observateurs. Car, dans un pays fortement tertiarisé, quasi tout projet industriel donne naissance à une association d’opposants. L’agriculture connaît bien cette hostilité. C’est ce que rappelle d’ailleurs la présidente de la FNSEA, Christiane Lambert, au sujet de la concertation sur la loi d’Orientation et d’avenir lancée cette semaine : « La société doit accepter qu’à la campagne il y ait des fermes ». Des fermes… et des paysans ! Et ça, ce n’est pas gagné non plus, surtout en élevage. Puisse surtout la future loi d’Orientation avoir un dessein aussi grand que celle de 1960. Car si la future loi ne répond pas à l’attente des agriculteurs, et surtout des éleveurs en matière de rémunération, la désagriculturalisation se poursuivra. Et s’accélérera même compte tenu de la pyramide des âges….

Cet article est réservé
aux abonnés numériques

Je me connecte

Already a member? Connectez-vous ici

Fermer l'écran superposé de recherche

Rechercher un article