Découvertes

Le bidet breton

Si le cheval était omniprésent dans les fermes jusque dans les années 50, il est des régions comme à Corlay (22) où son élevage a persisté même après l’arrivée de la mécanisation agricole.

Au Centre-Bretagne, zone dénommée La Montagne avec une production fourragère limitée, point de cheval de trait dans les fermes. C’est le bœuf qui assurait les travaux des champs. Par contre, pour le transport des marchandises dans les chemins peu carrossables, on utilise un petit cheval, rustique et endurant, le bidet breton. Celui-ci avait bénéficié de sang arabe depuis la période des croisades, en côtoyant les chevaux des seigneurs locaux, en liberté dans les forêts. C’est lui qui va être à la base du cheval de Corlay.

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Obstacles sur le parcours de l’hippodrome de Corlay. (Photo Pierrick Ménard)

Apprécié par l’armée

Les Haras royaux, créés par Colbert en 1665 pour équiper l’armée de meilleurs chevaux, n’avaient pas investi le Centre-Bretagne, Napoléon 1er s’en est approché en créant dès 1807 le Haras de Langonnet (56). Il met à la disposition des éleveurs des étalons principalement pur-sang anglais et arabes avec l’objectif d’augmenter le gabarit du bidet breton. Pour des raisons mal connues, c’est à Corlay que les éleveurs adhèrent le mieux à cette politique, encouragé par les achats de l’armée. Le cheval de Corlay gagne en notoriété alliant la vitesse et la taille du pur-sang à la rusticité et l’endurance du bidet breton. Plus tard, vers 1850, l’utilisation de la chaux de Cartravers, extraite sur la commune voisine de La Harmoye, va améliorer la race en faisant progresser les cultures fourragères et en apportant du calcium pour renforcer l’ossature des chevaux.

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Vue générale de l’hippodrome. (Photo Pierrick Ménard)

Les courses de chevaux créées en Bretagne par Napoléon Ier

Parallèlement, les courses de chevaux destinées à l’aristocratie se sont démocratisées sous Napoléon Ier. « Ce dernier a décrété qu’il y aurait 10 courses de chevaux par an dont une en Bretagne. La première a eu lieu en 1807 sur la grève de Saint-Brieuc, animation qui perdure encore de nos jours sur l’hippodrome de la Baie… », rapporte Daniel Leboucher, ancien vétérinaire local devenu président de la Société des courses, auteur d’un livre « La passion du cheval en pays de Corlay », à l’issue de recherches dans les archives départementales et régionales et celles de la Société des courses de Corlay. Ces courses ont été remportées par les chevaux de pays, elles ont gagné en notoriété et en dotations. Peu à peu sont apparus les pur-sang, qui n’ont plus quitté les podiums. Il a alors été décrété l’organisation de courses préparatoires locales pour ces chevaux de pays. Comme en 1828, à Plestin-les-Grèves. Ou en 1833, à Corlay, près du carrefour dénommé ‘Le Petit-Paris’, à proximité d’une chapelle dédiée à Sainte Geneviève, patronne des Parisiens… Au début du XXe siècle, l’hippodrome a été déplacé de l’autre côté de la nationale où il se situe aujourd’hui.

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Cheval de Corlay.

Un hippodrome pittoresque

Dès 1830, l’élevage de chevaux, pour les courses, est en développement. Une station de Haras est créée à Corlay dans cette période, activité qui va perdurer jusqu’en 2012. Depuis, l’association des éleveurs a pris le relais des Haras en y présentant des étalons, elle a arrêté l’étalonnage cette année. « L’hippodrome a été créé car on y élevait des chevaux. C’est une activité de la vie locale ancrée dans le patrimoine corlaisien. » Et si partout ailleurs, l’hippodrome respectait l’ovale parfait, celui de Corlay a conservé la topographie du terrain, ce qui lui confère un côté « atypique » dans un écrin de verdure, où les chevaux serpentent entre les champs cultivés, comme il y a 200 ans. Dans un décor naturel façonné par les agriculteurs riverains, variant du vert tendre du foin fraîchement coupé au blé jaune d’or à l’approche des moissons. Il est devenu le temple des courses d’obstacles et il accueille une étape du Trophée national du Cross. Le journal Jour de galop a classé ce site en 2020 dans les 3 hippodromes mondiaux les plus pittoresques.

« La passion du cheval en pays de Corlay »
Dans son livre « La passion du cheval en pays de Morlaix », Daniel Leboucher – ancien vétérinaire et grand passionné de courses et d’attelage – fait revivre la relation entre les Corlaisiens et le cheval de 1825 à nos jours, à travers de nombreuses anecdotes, de témoignages, de portraits et d’une recherche approfondie dans les archives régionales, qu’il rend accessible au grand public. Éditions des Montagnes noires, Coût : 27 €.

Cross et courses d’obstacle
Les 10 et 14 juillet seront organisées des courses de galop avec plat et obstacles. Début des activités à 14 h, courses toutes les ½ heures. Animations pour enfants. Accès à 6 € pour les plus de 18 ans. Restauration rapide sur place. Restaurant panoramique sur réservation. Informations : www.equi-deiz.fr, 06 81 33 67 82.

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