Élevage

Comment nourrir les mâles entiers ?

Une alimentation à volonté, avec des aliments plus concentrés en acides aminés, doit être privilégiée pour les mâles entiers. Chicorée et tanins permettent de réduire les risques d’odeurs.

L’élevage de mâles entiers rebat quelques cartes de l’alimentation. L’enjeu est de limiter le risque d’odeurs, de préserver la qualité des viandes tout en confortant les bonnes performances zootechniques (GMQ, IC). Les nutritionnistes proposent des plans d’alimentation adaptés et des ingrédients susceptibles de limiter la concentration d’hormones responsables d’odeurs à la cuisson (scatol, androsténone, indole). Les mâles entiers ont un appétit limité, dû à leur activité, qui nécessite d’augmenter la concentration en énergie de l’aliment. « La formulation peut être réalisée avec une certaine flexibilité entre 9,5 et 10,0 MJ EN/kg. Au-dessus de 10,0 MJ EN/kg, il est plus difficile d’incorporer suffisamment de fibres solubles ou fermentescibles, qui limitent la production de scatol (odeurs) dans le gros intestin », indique Giuseppe Bee, chercheur suisse, intervenant aux Journées de la recherche porcine. « La teneur en acides aminés doit être adaptée en fonction de l’objectif recherché : une forte concentration favorise la prise de muscle et les performances, une faible concentration favorise le dépôt de lipides ».

Chicorée, lupin doux…

L’incorporation de certains ingrédients alimentaires est susceptible de réduire les teneurs en hormones indésirables. « La racine de chicorée, intégrée à l’aliment, oriente la composition du microbiote intestinal. Elle réduit notamment la teneur en scatol grâce à l’inuline, une fibre fermentescible, également présente en grandes quantités dans le topinambour ». La pulpe de betterave sucrière a le même effet de baisse du taux de scatol, dans le tissu adipeux. L’amidon, contenu dans la fécule de pomme de terre, modifie la composition du microbiote, augmente la production d’acides gras à chaîne courte et améliore l’intégrité de la muqueuse intestinale, avec, pour conséquence, une baisse de la concentration de cette hormone.

Tanins tolérés

Contrairement à d’autres animaux, les porcs tolèrent les tannins. Incorporés dans l’aliment, ils permettent d’abaisser la teneur en androsténone, autre hormone sexuelle responsable des odeurs dans la viande. Une étude récente a démontré que l’alimentation avec des graines de lupin bleu doux modifiait l’activité microbienne dans le gros intestin, avec une baisse du taux d’indole dans le côlon. On le voit, de nombreux ingrédients permettent de limiter le risque d’odeurs. Les conséquences économiques de leur incorporation aux aliments restent à mesurer. Un moyen, plus simple, de réduire le scatol consiste à nourrir les animaux uniquement avec des céréales pendant les 3 à 4 jours qui précèdent l’abattage. Ces techniques compléteront sans doute l’ajeunement, réalisé au moins 6 heures avant l’abattage, qui reste la pratique la plus courante pour obtenir des résultats probants.

Ne pas rationner les immuno-castrés
Entre l’entrée en engraissement et la 2e vaccination, la physiologie des mâles entiers et des porcs immuno-castrés est similaire. « Sur cette période, les recommandations nutritionnelles émises pour valoriser le potentiel de croissance et de dépôt protéique des mâles entiers s’appliquent aussi aux mâles immuno-castrés », indique Giuseppe Bee. Par la suite, le métabolisme des porcs immuno-castrés se rapproche progressivement de celui des porcs castrés chirurgicalement, « on observe une réduction de la croissance et une moins bonne valorisation des aliments. Le dépôt de lipides augmente. Cela conduit à une décroissance progressive des besoins en lysine ». L’utilisation d’un aliment de fin de finition, moins riche en acides aminés que celui distribué aux mâles entiers mais plus riche que celui distribué aux mâles castrés, permettrait d’éviter le gaspillage de nutriments et d’améliorer d’autant l’efficience des porcs immuno-castrés. Lorsqu’il n’est pas possible de passer à un régime de finition différent après la seconde vaccination, le rationnement est parfois envisagé (réduction du gaspillage), « mais cela peut conduire à un comportement plus agressif entre porcs qui ne plaide pas pour son application », conclut le chercheur.
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