Cultures

À Angers, 160 abonnés cueillent leurs légumes chez le maraîcher

Si créer une association de cueilleurs pour exploiter une parcelle maraîchère en zone urbaine relevait du pari, on peut dire qu’il est d’ores et déjà gagné pour l’équipe de la Ferme du Clos Frémur. Reportage en terre angevine.

« Voyez, ici, il n’y a pas de porte. Ça repose sur la confiance. Les cueilleurs sont libres de venir quand ils le veulent, du lever au coucher du soleil », confie en souriant Guillaume Avril. Depuis 2017, il est responsable de la parcelle de la Ruelle, au cœur du quartier populaire de la Roseraie à Angers. 12 500 m² de cultures, gérés en auto-cueillette. Guillaume Avril est l’un des trois salariés de la ferme maraîchère du Clos Frémur, située non loin de là, à Saint-Gemmes-sur-Loire. Accroupi, le trentenaire désherbe une bande d’oignons blancs avec l’aide de Denis et Daniel, deux cueilleurs de la parcelle. Nous sommes en effet mardi, jour où les abonnés sont invités à un atelier participatif.
Quelques rangs plus loin, Séverine termine sa récolte hebdomadaire. Travailleuse sociale dans le quartier, elle a découvert ‘‘La cueillette du Clos Frémur’’ grâce à un ami : « Je viens depuis un an. Une fois par semaine, Guillaume nous envoie par mail les quantités disponibles. Là, par exemple, je peux cueillir 80 cassis. Comme on doit emporter nos propres contenants et que j’étais un peu à l’arrache, je les ai mis dans mon étui à lunettes  ».

Cueillette fléchée

Séverine, son sac bien rempli, s’apprête à quitter la parcelle. Guillaume la salue. Déjà quatre ans que le jeune homme a rejoint Sébastien Brazille sur cette exploitation pas comme les autres. Sans doute la première en France à avoir développé le concept de maraîchage associatif, dont il nous détaille le fonctionnement : « Chaque lundi, je fais un tour de la parcelle pour évaluer ce qu’un abonné va pouvoir prendre dans la semaine : combien de courgettes, de salades, de tomates, de carottes… Une cueillette fléchée en quelque sorte. En tout, il y a neuf jardins et trois serres. Chacun porte un nom (Abeille, Bourdon, Coccinelle…) et chaque planche, un numéro. Pour faciliter les choses, je plante un drapeau jaune en bout de planche quand elle est ouverte à la cueillette. Dans le mail, je peux indiquer : jardin Abeille, planche N° 8, un fenouil – ou – un chou-rave. Une alternative qui me permet de gérer les frustrations s’il manque un de ces deux légumes au moment où le cueilleur passe ».
Bref, une organisation rigoureuse et bien rodée. « De plus, en début de saison, poursuit-il, je propose une réunion d’explication aux nouveaux cueilleurs. Mais l’essentiel, ils l’apprennent sur place en échangeant des conseils : comment récolter, comment cuisiner… ça va vite ».

10550.hr
C’est le magasin fermier situé à Saint-Gemmes-sur-Loire qui assure la principale ressource de l’exploitation. Ce qui n’empêche pas certains clients d’être également des adeptes de l’auto-cueillette !

Culture de l’autonomie soigneusement entretenue pour que Guillaume Avril ait le temps de prendre soin des plantations : « La parcelle est travaillée en planches permanentes ce qui nous impose d’enrichir la terre en faisant des couverts végétaux, en apportant du compost de déchets verts, du fumier en granulés. On préférerait du fumier naturel, une discussion est en cours avec un poney club… ».

Ferme à parts

L’équilibre économique du système en cueillette libre repose sur le prix demandé à chacun des 160 abonnés : « La part est proposée à 210 € pour une cueillette qui s’étale sur 9 mois, d’avril à janvier. Cela représente environ 6,50 € de légumes par semaine, sachant qu’ils sont tarifés entre -40 et -50 % du prix demandé à notre magasin fermier de Saint-Gemmes où Sébastien vend sa production ». Une remise tarifaire importante s’expliquant par l’économie de main-d’œuvre : « Je n’ai pas à récolter les légumes, ni à les laver, les conditionner, les transporter… De plus, ce prix est calculé sur la base d’une mauvaise année… Avec de bonnes conditions météo, on peut faire des paniers de 8 € – 8,50 € (valeur 16 € au magasin) ».
Suffisant pour expliquer le succès de l’initiative… Cela dit, tarifs avantageux mis ‘‘à part’’, on se doute que les cueilleurs viennent chercher autre chose à la Ruelle : que ce soit des liens privilégiés avec les agriculteurs (permettant de mesurer la valeur de leur travail) ou le sentiment de partager une expérience collective. Les abonnés ont pris habitude de se retrouver dans un coin de la parcelle appelé le Triangle. Son aménagement, soutenu financièrement par la ville d’Angers, regorge de projets qui traduisent bien la dimension sociale de ce potager en auto-cueillette : cabane, terrasse en bois, barbecue, pergolas, mare aux grenouilles, rampe d’accès pour les personnes à mobilité réduite… Ici règne un véritable état d’esprit que Sébastien Brazille résume à sa façon en une simple phrase : « Chaque année, l’association est la première à nous soutenir sur l’augmentation du prix de la part ».

Pierre-Yves Jouyaux

la cueillette du clos fremur 3
Séverine travaille dans le quartier de la Roseraie. Abonnée depuis un an, elle achève sa récolte du jour et vient de prélever les 80 cassis autorisés cette semaine là.
Auto-cueillette intégrée et complémentaire
C’est en 2015 que Sébastien s’installe à Saint-Gemmes-sur-Loire : « Au départ, le projet consistait à faire du maraîchage et de la vente en circuit court avec production de semences et de plants. Mon parcellaire étant très éclaté, j’ai misé sur les terres de la Roseraie pour développer la vente directe ». Entre-temps, il découvre le concept d’auto-cueillette dans les Flandres belges.  Sébastien Brazille se laisse séduire : « Vendre ses légumes à l’avance et sans intermédiaire, c’est pouvoir se recentrer sur son métier de producteur. Cela dit, pour que cela fonctionne, mieux vaut être proche d’une ville et de familles qui n’ont pas de  jardin ». Il décide d’exposer son projet dans un bar du quartier. Les habitants répondent présents. Sébastien Brazille pose alors ses conditions : « D’accord pour tenter l’expérience si une association se crée ! ». La ‘‘Cueillette du clos du Frémur’’ est sur les rails.Très vite, il recrute un, puis deux autres salariés. Chacun d’eux se spécialise : responsable pépinière, semences, légumes pour le magasin fermier… Mais la parcelle en auto-cueillette peine à trouver la bonne formule : « Au début, on a un peu travaillé pour la gloire, reconnaît-il, le tarif de la part était largement sous-évalué ». Voilà pourquoi en cinq ans, il passe de 90 € à 210 €. Réaction des cueilleurs ? Non seulement, ils acceptent ces augmentations, mais ils s’y retrouvent. En premier lieu, avec l’aide d’étudiants, il affine ses prix de revient. De quoi argumenter ses demandes auprès du bureau de l’association. Parallèlement, son équipe maraîchère gagne en compétences et en productivité : « On a progressivement augmenté la surface cultivée sur la parcelle, accéléré les rotations, développé les cultures sous serres ». Et les paniers prennent du volume ! Ainsi, grâce à une faible mécanisation et une bonne mutualisation (matériels, comptabilité, logistique…) sur l’ensemble de la ferme, la parcelle de la Ruelle est devenue rentable. Elle est désormais parfaitement complémentaire des autres ateliers et représente le tiers du chiffre d’affaires global.

En savoir plus : La ferme du Clos Frémur,  Saint-Gemmes-sur-Loire (49)
Contact : contact@leclosfremur.fr
Association : « La cueillette du clos Frémur »
Contact : contact@lacueilletteduclosfremur.fr

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