Élevage

Le sanglier n’est plus vraiment un sanglier

S’il a l’aspect de son ancêtre sauvage, le sanglier actuel est bien plus prolifique ; sa viande est moins forte. Ses gènes dévoilent une hybridation avec le porc domestique.

Le tableau de chasse en France est éloquent. 50 000 sangliers étaient prélevés en 1979 hors parcs et enclos ; 756 149 étaient abattus en 2018. La population est en forte augmentation en Europe. L’homme y est pour beaucoup. Il pratique l’agrainage et a, souvent volontairement, croisé l’animal avec son cousin domestique. Celui-ci possède une paire de chromosomes de plus que son ancêtre ; 38 contre 36 pour le sanglier. Les animaux sauvages qui possèdent 37 ou 38 chromosomes sont donc issus d’hybridation. « Ils représentent 28 % environ de la population (étude réalisée sur 5 000 individus en 10 ans). Mais rien ne dit que ceux qui n’en possèdent que 36 ne le sont pas également », indique Nicolas Mary, chercheur à l’Inrae. Cette analyse chromosomique a été relayée par l’analyse génomique, plus fine. « Il y a, en fait, des traces de croisement ancien dans 48 % des sangliers sauvages et 4 % sont des hybrides récents ».

Prolificité

L’augmentation de la population sauvage est, en partie, liée à l’augmentation de la prolificité. « Le sanglier d’autrefois élevait 3 à 5 marcassins par portée ; celui d’aujourd’hui 7 à 8. La femelle peut désormais faire plus d’une portée par an, sans que l’on sache si c’est dû à l’hybridation ou au changement climatique (hivers plus doux). Elle est également plus précoce sexuellement ». Quoi qu’il en soit, la question de savoir si le sanglier existe toujours en tant qu’espèce pure se pose. « En Ardèche, par exemple, il n’existe plus de sangliers non croisés dans la population sauvage ». Plus prolifiques, les hybrides s’imposeront logiquement partout. La déprise agricole leur fournit un couvert végétal pour se cacher et les monocultures de maïs lui apportent une nourriture énergétique avant l’hiver.

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