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Construire une stabulation avec du bois local ?

La notion d’utilisation de bois local est intéressante. Mais pour de grands bâtiments, cela ne s’improvise pas. L’idéal semble reposer sur un approvisionnement via une scierie sur un périmètre plus large que l’exploitation agricole elle-même.

À la demande du Conseil régional qui cherchait deux élevages tests souhaitant valoriser du bois local, la Chambre d’agriculture de Bretagne s’était portée candidate. L’expérience a ainsi été menée en 2015 à la ferme expérimentale de Trévarez (29), pour la construction d’un bâtiment permettant de loger les génisses du troupeau mené en agriculture biologique.

160 arbres abattus

L’idée était d’utiliser le bois existant sur l’exploitation pour la structure et le bardage de la stabulation. « J’avais réalisé deux devis avec la réalisation de la charpente et l’assemblage à partir de bois acheté à l’étranger. On arrivait au même coût que lorsque l’on fournissait le bois », relate Sébastien Guiocheau, chargé d’études bâtiments et équipements bovins à la Chambre régionale d’agriculture. Mais ce n’est pas le même travail… Il a dû chiffrer la quantité de bois nécessaire et rechercher les ressources sur le terrain. Ressources en partenaires et en bois ! Il aura fallu pas moins de 160 arbres abattus et 4 chargements de grumiers pour réaliser le bâtiment. Du bois issu de sapin pectiné provenant de divers bosquets qui demandaient de l’entretien à chaque tempête, et d’une haie de red Cedar (Thuya plicata) en bordure de route.

Un accompagnement indispensable

Sans Titre 1« Nous nous sommes fait accompagner avec un bureau d’études du centre de la France pour le suivi du projet, du choix des essences, au classement et à la résistance mécanique de chaque bois. Car on ne peut pas utiliser n’importe quel bois pour n’importe quel support  », rapporte le spécialiste bâtiment. Le sapin pectiné a par exemple une bonne résistance mécanique et peut être utilisé en intérieur un fois traité contre les insectes et champignons (classe 2). Mais, pour réaliser des poteaux, de grosses sections sont nécessaires, elles sont difficiles à trouver en sapin. « Si le chêne est idéal pour cet usage du fait de sa résistance mécanique et sa classe d’exposition, nous n’en possédions pas et nous sommes donc partis sur des poteaux moisés en sapin (bois assemblé). » Un cahier des charges détaillé était donc nécessaire pour définir chaque bois attribué à chaque pièce, ainsi que la validation des systèmes d’assemblage de treillis bois, pour un bâtiment de 16 mètres de portée. « Au regard de la taille du bâtiment, et de l’investissement, l’erreur n’est pas permise. »

Des pertes non négligeables

Écorce, entre-écorce, aubier… « La grande surprise a résidé dans le taux de perte, le bois non valorisable, que nous avons chiffré à 50 %. Un taux important observé à l’abattage (duramen pourrie dans des bois sains visuellement) qui s’est accentué lors du sciage, jusqu’à découvrir des isolateurs de clôtures incrustés dans certains bois… » Mais au final, si ce chantier semble peu reproductible avec un approvisionnement direct sur l’exploitation pour de tels bâtiments, il a néanmoins permis de réaliser 350 m3 de bois plaquette avec les pertes restées au sol, d’assurer l’entretien de bosquets par une régénérescence naturelle et de replanter la haie de thuya avec des essences locales (chênes, hêtres, charmes, noisetiers, cornouiller…), utilisable en bois de chauffage.

Quand la notion de local s’étend au Grand Ouest
Les plans du projet bâtiment étaient déjà bien avancés quand le GIE Élevages de Bretagne a sollicité Steven Vilboux, du Gaec de Bouquidy, à Iffendic (35), d’être ferme support pour un approvisionnement local pour la structure et le bardage bois. « Sur le principe, l’idée nous a séduits, on est les premiers à demander à consommer local… Tout s’est passé entre le GIE, le charpentier et plusieurs scieries. Cela n’engendrait pas de démarche spécifique ni de coût supplémentaire pour nous », précise l’éleveur. Autre atout : le projet de stabulation était classique dans sa conception et les assemblages. Cela a permis de maintenir les habitudes de travail du charpentier. C’est donc ce dernier qui a eu le plus de travail pour les appels d’offres et la négociation pour ce choix régional.

« Manquant de bois d’œuvre en Bretagne, il a fallu se résoudre néanmoins à aller chercher du bois hors région. En tant qu’exploitant, on ne maîtrise pas la partie achat et négociation de bois lors d’un investissement bâtiment. On peut exiger une provenance locale, mais même si on le demande, encore faut-il trouver l’offre pour de telles structures. » Les poteaux du bâtiment ont donc été réalisés en chênes provenant du Grand Ouest, soit 56 poteaux de 3,5 m à 5,45 m. Cela représente 14 m3 de bois mis en œuvre. La structure de type treillis a nécessité la mise en œuvre de 61 m3 d’épicéa de Sitka du Centre Bretagne. Le coût de la charpente, le bardage et les cloisonnements intérieurs ont représenté 20 % du projet, ce dernier se portant sur un coût total de 6 390 €/place.

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