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Un plan pour réduire la dépendance au soja

Mieux vaut tard que jamais. Le gouvernement a présenté son Plan protéines, doté d’importants moyens financiers. Graines et fourrages sont concernés.

La sole consacrée à la culture de protéines couvre 1 million d’hectares (hors prairies), soit 4 % de la SAU française. Dans dix ans, elle sera au minimum du double, si l’on en croit Julien Denormandie, ministre de l’Agriculture, qui présentait son plan protéines, mardi 1er décembre. Le Gouvernement s’est fixé un premier objectif dans trois ans. La sole devra avoir augmenté de 40 %, soit 400 000 hectares supplémentaires qui doivent rapidement limiter la dépendance française au soja brésilien. Le pas est conséquent, et pourtant la multiplication par deux de la surface dans dix ans n’augmentera la souveraineté du pays en protéines que de dix points. Elle est actuellement de 50 % (75 % en tenant compte des prairies). « Le plan ne fera pas tout mais il doit enclencher une dynamique. Nos objectifs seront peut-être dépassés », espère le ministre. 100 millions d’euros, au total, y seront consacrés, piochés dans le Plan de relance gouvernemental. Les deux familles de protéines sont concernées : les légumineuses pour l’alimentation humaine et animale (lentilles, pois chiches, soja, féverole, luzerne…) et les oléagineux (colza, tournesol, lin…).

Créer des filières

La moitié du budget sera consacrée à la structuration des filières. Un point essentiel pour Jean-René Menier, agriculteur à Mauron (56) et membre du bureau de la Fop (oléagineux-protéagineux) qui redoutait une simple rallonge financière sur des aides couplées, trop faibles et peu motivantes pour les agriculteurs. L’exemple des légumineuses à destination humaine est, selon lui, évocateur : « Une forte communication est faite depuis quelques années pour développer leur consommation. Résultat, les importations de lentilles, de pois chiche ou de quinoa, du Canada, d’Inde ou d’Amérique latine, ont explosé. Nous pouvons les produire en France, elles sont porteuses de valeur ; pour cela, nous devons créer des filières performantes ». En renforçant simultanément tous les maillons : production, stockage, transformation, commercialisation.

Plus d’autonomie en élevages

L’augmentation de l’autonomie des élevages est l’un des volets importants de ce plan. 20 millions d’euros y seront consacrés. Les prairies, qui fournissent la protéine la moins chère et la plus abondante en Bretagne, ne sont pas oubliées. « Des aides à l’achat d’outils de récolte de l’herbe sont prévues. Les semences de légumineuses seront subventionnées à 40 %, pour augmenter le potentiel des prairies », indique le ministre. 30 % d’aides à l’achat de divers matériels : effaroucheurs, trieurs et toasters à la ferme, séchoirs (foins), faneuses de luzerne, sont envisagés. Pois, féverole, lupins pourraient retrouver une place dans les assolements. De son côté, l’Union européenne a accepté le couplage des aides pour les oléagineux, pourvoyeurs de tourteaux, dans la prochaine réforme de la Pac, car dépendantes des cours mondiaux.

Création variétale

30 millions d’euros seront consacrés à la recherche et au développement, notamment de nouvelles variétés. « Ce financement permettra d’accélérer les travaux existants », assure Jean-René Menier. « De nouvelles variétés de colza arrivent, avec des taux de protéines élevés et des tourteaux aussi riches que ceux de soja. Ils ont des rendements équivalents aux anciennes variétés (en huiles) et une bonne digestibilité. Ceci n’est possible que grâce aux moyens accordés à la recherche variétale ». Une cellule dédiée à la production d’insectes sera mise sur pied. L’objectif est d’alimenter les poissons, voire les volailles, du moins à des stades physiologiques précis. Les associations de consommateurs et les organisations environnementales saluent globalement les efforts consentis. Certaines auraient souhaité un accompagnement financier à la diminution du cheptel pour assurer la durabilité du système agricole. Pour la Confédération paysanne, il n’y aura « pas d’autonomie sans désindustrialisation des pratiques d’élevage. L’autonomie alimentaire ne se gagne pas par un renforcement des équipements mais par un changement des pratiques ». Julien De Normandie a promis une ouverture des guichets dès janvier 2021. Les agriculteurs attendent le montant détaillé des aides.

Des points de vigilance subsistent

Ce plan est la concrétisation d’un travail de fond. Ce n’est pas le premier plan protéines mais celui-ci est financé. Pour les agriculteurs, il s’agit d’une opportunité de créer de la valeur, de développer des filières, d’accorder plus d’importance à l’agronomie en allongeant les rotations et en limitant les intrants. Il répond à la demande sociétale de développement de la traçabilité des produits (sans OGM). Nous sommes prêts à relever le défi d’augmenter la sole de 40 % en trois ans. Il y a quand même quelques points de vigilance : il ne faudra pas opposer les protéines destinées à l’alimentation humaine à celles destinées aux animaux. L’ambition française devra être relayée au niveau des pays de l’Union européenne.Arnaud Rousseau, président de la Fop (oléagineux et protéagineux)

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Un commentaire

  1. Pour que le plan réussisse, il faut que la Bretagne fasse aussi attention à l’agronomie et en particulier à l’acidité des sols : les protéagineux comme les oléagineux ainsi des sols à pH neutre à légèrement basiques pour exprimer leur potentialité et leur qualité nutritionnelle : Or 60 à 70% des sols sont acides (plus ou moins) et cela nécessite un chaulage régulier (tous les deux ans avec 1500kg de dolomies).
    Richard DAMBRINE
    Ingénieur Agronome Consultant
    Spécialiste de la nutrition et de la santé des plantes.

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