Découvertes

Moissonner les blés paysans

Chaque année, à la la Ferme du Pont de l’Arche, des récoltes participatives sont organisées. L’occasion pour chacun de redécouvrir la diversité des céréales qui ont été cultivées dans les campagnes par le passé.  

Tous les mois de juillet, à la Ferme du Pont de l’Arche à Bouchemaine (49), deux journées sont consacrées aux blés paysans et autres céréales anciennes. La première est professionnelle à destination des agriculteurs, porteurs de projets agricoles, chercheurs ou boulangers. Chacun vient découvrir comment se comportent une multitude de variétés sur plus de 200 micro-parcelles menées en bio. La seconde, plus grand public, donne l’occasion à une quarantaine de personnes « de déambuler dans les blés  » et de mettre la main à la pâte le jour de la moisson des échantillons. Dans une ambiance bon enfant de chantier collectif, d’une certaine manière, les participants refont des gestes oubliés depuis longtemps.

« Ma rencontre avec des blés »

L’aventure des semences paysannes a débuté ici en 2003, à l’installation de Florent Mercier sur l’élevage familial : « J’ai démarré naturellement suite à ma rencontre avec des blés, des chercheurs, des passionnés, des boulangers… » Dès 2006, l’affaire a pris de l’ampleur avec le travail sur les blés tendres à partir de semences sorties de conservatoires en France et à l’étranger ou provenant d’autres fermes. « Au bout de 5 ans, nous avons commencé à trouver des variétés qui tenaient debout. » Puis peu à peu, une multitude de céréales sont venues peupler le terrain d’expérimentation : blé dur et blé poulard, grand et petit épeautre, amidonnier, engrain, orge, seigle, avoine… 

5805.hr
Il faudra 15 à 20 heures à Florent Mercier (au volant de la moissonneuse) pour récolter la parcelle, en changeant de sac pour chaque échantillon de céréales.

Un travail d’observation de centaines de variétés

Ce dimanche 19 juillet, sous un soleil écrasant, la journée démarre par une petite explication aux abords de la parcelle d’essais. « Nous sommes éleveurs et nous avons besoin de paille. Quand j’ai découvert ces grands blés fournissant une quantité importante de chaume, je me suis dit qu’il fallait aller vers ça », explique Florent Mercier. Pour autant, les choses ne sont pas si simples. Mettre en culture, chaque année, des dizaines et des dizaines de céréales permet peu à peu de faire un tri en les réévaluant dans le contexte propre de la ferme. « Ici, nous avons déjà observé près de 1 000 variétés. Nous gardons en priorité celles qui se comportent le mieux sur nos terres. Nous cherchons à conserver de la diversité tout en ayant des blés qui tiennent debout », résume Florent Mercier. Et d’insister : « Il est important de recultiver cette diversité car c’est un outil pour s’adapter au changement climatique. » Et dans cette abondance végétale, chaque utilisateur final pourra trouver chaussure à son pied. « Certains paysans boulangers qui font des pains de luxe n’ont pas forcément besoin de beaucoup de rendement. D’autres ne peuvent pas se permettre de n’avoir que des blés ‘poétiques’ et ont besoin d’optimiser davantage leur surface. »

Des variétés sont cultivées en pure, d’autres en association. « Cette recherche d’un bon mélange poursuit l’idée de semer une diversité capable de s’adapter aux conditions toujours particulières du milieu, du climat, de l’année… » Devant les participants venus en renfort, Florent Mercier termine en abordant les lois de Mendel, la ségrégation des caractères au cours du croisement de variétés… Passionnant. 

5803.hr
La diversité des épis, en termes de forme ou de couleurs, est incroyable. Avant de partir, chacun est invité à emporter « un grand bouquet de biodiversité » chez lui.

Chasser les intrus

Mais voici venue l’heure de se retrousser les manches. L’hôte et ses trois associés Céline Cribier, Pauline Tétillon et Anthony Adam donnent les consignes. « Ici, sélectionnez de beaux épis sur des tiges pas trop hautes pour créer une population adaptée chez nous. Sinon, en laissant faire la nature, sous forme de population dynamique, les plantes les plus grandes dominent en faisant de l’ombre aux autres, produisent alors plus de grains et au fur et à mesure, le mélange monte, monte… »

D’autres s’occupent du rabattage qui consiste à plier les céréales qui débordent de leur micro-parcelle pour les ramener dans le rang avant le passage de la moissonneuse. « Veillez à ce que les variétés soient bien séparées les unes des autres. » Le travail d’épuration est un autre défi lancé aux moissonneurs du dimanche. « Une mission à mener les yeux grands ouverts : retirez les épis de blé tendre présents parmi les blés poulard. » Au départ, les béotiens n’en mènent pas large. Mais, après quelques minutes, ils finissent par repérer les intrus sans difficulté. Et en cas de doute, il y a toujours un spécialiste à proximité pour conseiller. Dans d’autres échantillons, il faut chasser les avoines ou les orges. Toute au long de cette journée entrecoupée d’un pique-nique à la ferme, la belle équipe prépare le passage de la moissonneuse. Un travail méticuleux et précieux.

Sur la piste de nos ancêtres
« Il y a un savoir-faire à se réapproprier quand on se lance dans les semences paysannes », explique Florent mercier. « On ne sait pas exactement comment faisaient nos ancêtres. Sans doute avaient-ils recours à de la sélection massale… Ils gardaient les épis qui leur plaisaient le plus pour en ressemer les grains. Ou peut-être qu’ils retiraient plutôt les épis de la parcelle qui ne leur plaisaient pas. Peut-être aussi qu’ils introduisaient au fur et à mesure dans leur mélange de la semence issue des épis des voisins qui leur plaisaient. Cela permettait de brasser la diversité. » Pour le passionné, il y a plein de stratégies possibles dans le monde des semences paysannes. « Cela permet aussi de s’amuser en sélectionnant. »

Peut vous intéresser

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page
Fermer