Élevage

La chaleur : une préoccupation dans l’air du temps

Des conditions météo exceptionnelles, des saisons plus chaudes poussent à chercher des solutions, plus ou moins simples et onéreuses, pour améliorer les conditions d’élevage. Ces phénomènes ont aussi permis de rappeler des fondamentaux de la conception des bâtiments.

« Une pluviométrie limitée, des épisodes de chaleur exceptionnels, le fait même d’arriver à faire une deuxième récolte d’herbe dès le mois de septembre, ont permis aux éleveurs de constater les effets du réchauffement climatique », observe Julien Hamon, du service bâtiment de la Chambre régionale des Pays de la Loire. « Mais ce qui fait le plus réagir les éleveurs pour trouver des adaptations face à ce problème, c’est lorsqu’ils perdent 2 à 3 kg de lait par jour de traite. »

La période d’élaboration du projet détermine les choix

On pourrait penser que le développement de certaines pratiques apporte en partie des réponses à la gestion des troupeaux en stabulation, l’été. « De plus en plus d’éleveurs laitiers intègrent des cahiers des charges en agriculture biologique ou en lait de pâturage. Mais quand les vaches n’ont plus d’herbe au pré, que des haies sont inefficaces, ou ont disparu, les vaches reviennent naturellement à l’intérieur. La problématique est alors la même que pour un système intensif toujours en bâtiment : aux heures les plus chaudes, les vaches souffrent. »
La problématique est donc la même pour tous. Pas les solutions. « En créant du neuf, on peut choisir l’implantation d’une stabulation, son orientation, sa conception », souligne Julien Hamon. « Il faut cependant se méfier de la faisabilité », alerte-t-il. « Les capacités de terrassement permettent aujourd’hui de décaisser 3 000 m3 sans trop de problèmes. Mais il vaut toujours mieux un bâtiment sur une butte en plein vent, qu’un bâtiment encaissé. » Pour sa part, le conseiller privilégie systématiquement des bâtiments ouverts, ou à pans amovibles, qui plus est avec des troupeaux de plus en plus grands.

« La période durant laquelle l’éleveur élabore son projet détermine beaucoup ses choix. Ainsi, en période estivale, il trouvera plus évident de se projeter dans un bâtiment ouvert. Mais s’il l’imagine en plein mois de décembre, avec un vent d’est, il souhaitera davantage fermer son espace de travail », rapporte, par expérience, Julien Hamon. « Je fais le parallèle avec une maison : il faut aérer tous les jours. »

Brise-vent : solution préconisée

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Des filets brise-vent, l’idéal.

Quatre méthodes s’offrent aux éleveurs : installer des brasseurs d’air, ouvrir totalement avec des filets en guise de façades, isoler le plafond. Et pour ceux qui ne disposent pas des fonds nécessaires pour investir dans des aménagements, « il faut trouver des solutions simples et mettre le prix dans le conseil. »
Personnellement, le conseiller est un adepte des filets brise-vent. « Cela filtre l’air sans l’arrêter. » Des stations météo permettent d’automatiser l’ouverture ou la fermeture de ces rideaux. Julien Hamon met en garde sur le tout automatique : « Je pense que l’éleveur doit pouvoir se mobiliser pour lever ou baisser ses brise-vent. » Il argumente avec deux exemples : « Les filets sont programmés pour se lever à partir de 24 °C, mais il fait 22 °C et lourd… L’air est coupé, ce sera mieux d’ouvrir. » Situation inverse en hiver : « Il fait 3 °C, froid et sec, avec un petit soleil. Cela peut être mieux d’ouvrir, pour ventiler et apporter un air sain. »

« L’enjeu » : l’isolation par le toit
Dans un bâtiment conçu sans bardage, il faut lever la tête. Les panneaux translucides sont à installer avec parcimonie : « Il y a quinze ans, je calculais 15 % de la surface de la couverture, aujourd’hui, je limite 2 %. » Ces panneaux peuvent intensifier la chaleur à certains points où se couchent les vaches. Et si un bâtiment est bien ouvert, la lumière viendra des côtés. Julien Hamon préconise plutôt une isolation des toitures. La température sous des plaques en fibro peut en effet atteindre 70 °C. Cela se fait davantage pour des grands troupeaux, en Italie ou encore en Allemagne. « C’est l’enjeu de demain », estime le conseiller. Deux possibilités : garder les plaques de fibrociment, et coller une sous-couche d’isolant (environ 20 € de plus du m2), ou installer du bac acier inoxydable. « En France, on est encore frileux avec ça, par crainte de la condensation. Mais c’est répandu en Allemagne. Il faut qu’on se fasse notre propre expérience. »

Frédéric Gérard

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