Élevage

Caudectomie : Couper court aux morsures

Si la caudophagie est plus présente en post-sevrage qu’en engraissement, elle ne se règle pas seulement avec un enrichissement du milieu.

« Il n’y a pas de solutions techniques toutes faites à proposer aux éleveurs de porcs sur caillebottis pour arrêter la caudectomie », prévient d’emblée Yannick Ramonet, de l’équipe Porc de la Chambre d’agriculture.
Les phénomènes de caudophagies sont multifactoriels. Elle peut résulter de « mélange de cochons, de manque d’enrichissement du milieu, ou de volets sanitaires », rappelle le spécialiste. Il ajoute que le fait d’arrêter de couper les queues des porcelets « demandera forcément beaucoup plus de surveillance aux éleveurs, qui devront passer plusieurs fois par jour pour détecter les caudophagies. C’est un surcoût compliqué à évaluer ». Des signes avant-coureurs peuvent toutefois être observés, comme une augmentation de l’activité générale des animaux ou une position basse de la queue avant le déclenchement d’épisodes de morsures.

Vigilance en post-sevrage

La caudophagie passe souvent inaperçue en post-sevrage (PS), les éleveurs remarquent plutôt des plaies liées à des morsures en engraissement. « Or la problématique de garder des queues longues est à travailler en PS. Ce n’est pas la peine d’enrichir en engraissement si on n’est pas attentif en amont en PS », note le technicien. Sur un essai mené à la station de Guernevez (29), 81 % des porcs à la queue non coupée ne présentaient aucune lésion en fin d’engraissement. En revanche, seulement 12 % ont gardé une queue intacte sur toute la période de l’élevage. Si les morsures se sont produites en post-sevrage, « les plaies ont guéri par la suite ». Les notes attribuées sur l’état de la queue (0 pour une absence de marques visibles, 1 pour la présence de quelques griffures, 2 pour une queue rouge, 3 pour des plaies importantes) ne présagent en rien de ce qui s’est passé avant la phase d’engraissement, « les queues ont pu être notées 0 ou 1 alors qu’elles ont subi quelques morsures ». La mesure de longueur des queues démontre une caudophagie, une queue non attaquée en fin d’engraissement mesure en moyenne 29,7 cm. « Peu de publications existent sur ces longueurs, alors que c’est un indicateur très factuel ». L’équipe a donc travaillé sur des courbes de croissance allométriques, qui démontrent un lien entre la longueur des queues et le poids total de l’animal. Ainsi, une longueur de queue en dessous de la courbe peut mettre en exergue des cas de caudophagie suivant le poids des porcs.

Enregistrer les cas

Avant de répondre à certaines attentes sociétales qui penchent vers l’arrêt de la coupe des queues, Yannick Ramonet rappelle « qu’il faut déjà répondre à la réglementation. Dans la plupart des élevages, la caudectomie est pratiquée en routine. Il est important d’enregistrer les cas de caudophagie pour montrer pourquoi les queues sont coupées ».
Concernant le comportement des porcs face à un enrichissement du milieu, Yannick Ramonet a observé « une modification de ce comportement. Les animaux vont dessus à condition qu’il soit bien réfléchi. En post-sevrage, les cordelettes sont attractives, comme les objets organiques. Les chaînes ne suffisent plus  ». Cet enrichissement ne suffit pas pour stopper les morsures, « des animaux qui ont faim ou soif seront plus nerveux », conclut-il.

De bons résultats sur litières
Sur un récent essai mené à la station porcine de Crécom (22), 500 cochons élevés sur litière de paille accumulée à tous les stades de croissance ont présenté un faible taux de caudophagie. « Mais l’enrichissement (par la litière de paille) n’explique pas à lui seul l’absence de caudophagie : ces porcs ont eu une surface doublée par animal, nous avons évité les mélanges et les hiérarchies. L’enjeu est maintenant de réitérer l’essai sur caillebottis ».
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