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Sang neuf et révolution verte

Gaec de la Métairie Neuve, Plélan-le-Grand (35). Rapidement après avoir rejoint leur père sur l’élevage familial, Yohann et Benjamin Pégeault ont profondément modifié l’approche fourragère.

Auparavant associé à son frère, Yannick Pégeault a été rejoint par ses fils sur l’élevage. Benjamin s’est installé en septembre 2015 en reprenant une ferme voisine et en rapportant du droit à produire. Yohann a débarqué comme salarié en octobre 2016 avant de s’associer en avril 2018. Schéma classique des dernières années, l’arrivée de sang neuf s’est accompagnée d’une phase intense de développement. En quatre ans, le quota historique de 400 000 L (2014) a triplé. En 2016, un bâtiment pour 140 laitières avec bloc traite et silos est sorti de terre de l’autre côté de la route qui coupe l’exploitation en deux ; permettant d’accéder, aux portes de la stabulation, à un îlot de 50 ha auparavant réservés aux cultures.

L’herbe occupe aujourd’hui 50 % de la SAU

Si les deux frères estiment ne « pas avoir appris grand-chose sur l’herbe » à l’école, le BTS Acse leur a donné les clés de lecture des chiffres. « À l’installation, nous faisions le même constat : beaucoup d’argent entrait et sortait de l’exploitation. Ce modèle nous interpellait. Rapidement, nous avons eu envie d’être plus autonomes », expliquent-ils. Conscients de partir d’une situation financière tendue au sortir d’une restructuration -agrandissement chiffrant autour du million d’euros investi, ils étaient pourtant prêts à prendre le risque « d’avancer vite vers un système herbager » et en conséquence livrer moins de lait.

Dès 2015, ils ont commencé à se former auprès de l’Adage et de PâtureSens, cabinet spécialisé en pâturage. A l’époque, la SAU de 100 ha comptait 25 ha en herbe. Aujourd’hui, sur les 140 ha exploités par le Gaec, 70 sont en prairie. « Nous avons clôturé 30 ha de la plateforme herbagère autour de l’étable. High tensile sur les extérieurs, fil nylon à l’intérieur et piquets fibre sur les lignes droites… Bien conseillés sur un matériel que nous n’aurions pas choisi naturellement. »

Le rendement du pâturage tournant dynamique

Finies les parcelles de 5 ha données en pâture aux vaches pour trois jours de suite. Place au pâturage tournant dynamique. L’accessible a été divisé en paddocks d’un hectare proposés en deux fois pour 24 heures. « Cette approche a porté ses fruits dès la première année. Nous avons valorisé autour de 10 t MS par hectare, contre 5 ou 6 t auparavant quand les vaches sortaient le ventre plein de ration à l’auge. »

Cette nouvelle découpe du parcellaire a aussi joué sur l’état des prairies. « En créant des entrées et des sorties pour chaque paddock et en déplaçant les points d’eau, les accès s’abîment beaucoup moins. Grâce à cela, on gagne 15 jours de pâturage sur l’année en début et en fin de saison. » Au total, comptez un investissement de 15 000 € pour créer 300 m de chemins et 5 000 € pour équiper les 30 ha de clôtures. Objectif ? Pâturer 10 mois par an. « Pour l’instant, la fin d’automne demeure plus compliquée. La première année, nous avons rentré les vaches début octobre. On revenait alors tous les 30 jours sur les paddocks, il y avait encore de l’herbe, mais elles n’y touchaient pas car il y avait beaucoup de bouses. Comme les 50 ha autour de l’étable vont être entièrement dédiés au troupeau, il ne reviendra à terme que tous les 50 jours. Et avec moins de tours, moins de bouses, la consommation devrait être meilleure. »

Faire vieillir les prairies

Pour les associés, « se former est un investissement indispensable ». Ils ont ainsi appris à réaliser un suivi régulier de la pousse à l’herbomètre ou grâce à des pesées. « Dès le début, nous avons cherché à mettre les vaches sur une herbe pas trop avancée pour faire du lait. » Grâce à cette nouvelle conduite, Yannick Pégeault note que l’herbe reste verte plus longtemps dans cette zone aux sols peu profonds. « Passer l’été à l’herbe devrait être aussi plus simple en augmentant de 30 à 50 ha l’accessible des vaches. »

Généralement, les prairies étaient semées en RGA-trèfle blanc. Sur les conseils du nutritionniste, « pour diversifier le type de protéines », des surfaces viennent d’être réimplantées en RGH-trèfle violet ainsi qu’en prairies multi-espèces. Benjamin et Yohann veulent faire vieillir davantage les parcelles. « Sur 50 ha d’herbe pour les productrices, si on retourne tous les 5 ans, elles ne profitent en fait que de 40 ha. Sans compter le temps à passer pour retirer et remettre les clôtures, le travail et les coûts d’implantation… » Resteront-elles productives au fil des ans ? « Nous espérons que les espèces qui perdurent en prairie naturelle sont les mieux adaptées au milieu et les plus résistantes aux coups de chaleur. Si le rendement théorique baisse, la richesse nutritionnelle pourrait compenser. » Même si le papa, lui, rappelle l’importance du précédent prairie dans des rotations plus courtes.

Charges opérationnelles en baisse

La proportion d’herbe dans les stocks conservés augmente également à vue d’œil. « L’hiver dernier, la part de maïs ensilage à l’auge était encore supérieure à celle de l’herbe. Ce qui signifie du soja pour équilibrer. Le but est d’inverser la tendance en visant deux tiers des stocks en herbe, un tiers en maïs. » Mais au bilan, l’évolution est déjà perceptible. Si la production a baissé de 10 500 à moins de 8 000 kg de lait par vache et par an, « suite de la signature d’un contrat de Maec système, la consommation annuelle de concentrés est passée de 2 t par vache certaines années à 800 kg ». Sur les deux précédentes campagnes comptables (clôtures fin mars 2018 et 2019), une baisse du coût alimentaire de plus de 35 € a été constatée, diminuant autour de 100 € / 1 000 L. La révolution est en marche.

L’enrubannage pour conserver le décalage de pousse du déprimage
« Comme notre idée est de ne jamais louper l’herbe qui va être notre fourrage principal, nous avons acheté une faucheuse pour toujours intervenir au moment opportun. Avec l’augmentation de la surface récoltée, l’investissement s’avérait moins cher que de continuer en Cuma », rapportent les associés. Sur les prairies de fauche, plusieurs coupes d’ensilage sont réalisées. Sur les paddocks débrayés, l’enrubannage est privilégié. « En ensilage, on a souvent tendance à repousser pour avoir un bon volume à ramasser sur 8 ou 10 ha, au détriment de la valeur nutritionnelle. Autre problème, en fauchant les parcelles en même temps, les pousses ne sont plus décalées pour pouvoir pâturer au bon stade. Sur de petites surfaces, l’enrubannage permet de maintenir les écarts de pousse créés au déprimage. Sans oublier le coût de construction d’un gros silo au départ. » Enfin, l’enrubannage est aussi pratique à l’usage : « C’est embêtant d’ouvrir un silo parce qu’il te manque juste un peu d’herbe dehors. »

Débat d’idées et pari sur l’avenir

« Notre père est d’une génération qui aime le lait par vache », sourient Yohann et Benjamin Pégeault. Sans hésitation, Yannick confirme : « Pour un même temps de préparation, je préfère traire des mamelles bien remplies… » Mais si les débats ont été nourris, il a su écouter ses fils. « Changer de système m’a perturbé. Je n’étais pas forcément prêt. Historiquement, nous étions en conduite intensive… Mais avec les années, on apprend à s’asseoir sur son orgueil et à relativiser », confie-t-il avec beaucoup d’honnêteté. Personnellement, la signature d’une Maec – avec désherbage mécanique et baisse des IFT – l’a mis sur les rails pour aborder cette transition profonde.

Malgré le poids des emprunts, il a fait confiance à ses fils pour mettre en place le système qu’ils désirent pour l’avenir. « Nous n’avons jamais réussi à produire nos 1,2 million de litres  de lait. Et le volume n’est plus la priorité », assument les jeunes hommes. Autonomie, vache au pâturage, bien-être animal… Face à l’évolution de la demande sociétale, ils veulent « être en avance » sur les normes à venir « pour ne pas subir ». D’ailleurs, l’équipe poursuit sa route et vient d’engager ce 5 mai une conversion à l’agriculture bio.

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