Découvertes

Les clochettes sonnent le printemps

Le 1er mai est fêté depuis la nuit des temps, car il est le symbole d’une nature qui reverdit. Le muguet de mai est une des plantes emblématiques de ces traditions.

S’il fallait citer une fleur délicate synonyme du printemps et des jours plus doux et lumineux, le muguet viendrait facilement à l’esprit. Du haut de ses petites clochettes blanches, la belle porte-bonheur s’offre traditionnellement en ce jour de 1er mai, et ce depuis longtemps.

Il faut remonter à la dynastie des Capétiens et au règne de Charles IX pour remarquer les premières traditions d’offrande de brins de muguet. « Charles IX aurait reçu une brassée de muguet en cadeau et décida d’en distribuer aux dames de la cour à chaque printemps suivant », raconte Hervé Guirriec, auteur de nombreux ouvrages sur les plantes et ancien professeur d’histoire au lycée agricole du Nivot (29). Si cette tradition s’est quelque peu effilochée par la suite, la renaissance du muguet en guise de cadeau du 1er mai se retrouve à la Belle Époque « grâce aux grands couturiers parisiens. Plus tard, le gouvernement de Pétain remplace l’églantine par du muguet pour la fête du travail », décrit Hervé Guirriec.

Porte bonheur, le muguet plaît par sa fragilité et son odeur marquée.

La belle cache bien son jeu

85 % de la production française de muguet est cultivée dans le bassin nantais. La région de Martillac (33) fait pousser le reste des brins vendus en France chaque année. Si le 1er mai 2020 risque de faire défaut à la tradition de vente dès le petit matin, Hervé Guirriec rappelle que des conditions particulières sont accordées (hors période de confinement) aux vendeurs du jour. « Lors de la cueillette, les particuliers peuvent prélever 10 à 15 brins, ce qui paraît être la limite du raisonnable. La vente doit se réaliser sans tréteaux ni tables ». Alors que la vente sur la voie publique est interdite le reste de l’année sans autorisation préalable, le muguet fait office d’exception à cette règle, uniquement à la date du 1er mai.

La plante porte-bonheur se retrouve à l’état sauvage en région Bretagne. Très rare en Finistère et seulement observée sur la commune de Plomelin, elle est plus répandue en Morbihan et Côtes d’Armor, pour être encore plus commune en Ille-et-Vilaine, à Liffré ou en forêt de Paimpont. « Le muguet se plaît dans les sous-bois et les milieux ombragés, mais il cache bien son jeu : il est toxique pour l’homme. En revanche, les oiseaux mangent ses baies vertes qui virent au rouge et qui disparaissent à l’automne ».

Le pauvre a aussi droit à son muguet

Beaucoup plus commun que son cousin ‘clocheté’, le sceau-de-Salomon se retrouve « dans les fossés humides ou à la lisière des bois. Très discret, il ne laisse entrevoir que son feuillage. Ses clochettes ressemblent à celles du muguet », commente HervéGuirriec. Aussi nommé « Lili-naer » en breton, ou lys du serpent, le sceau-de-Salomon est appelé muguet du pauvre, afin que chacun puisse trouver de quoi orner sa boutonnière d’un brin de fleur sans débourser d’argent… De plus, ce faux muguet « a des propriétés cosmétiques. Il servait à mettre en valeur les peaux des belles du temps jadis. Il était aussi utilisé en cataplasme pour soigner les blessures ».

Le pauvre a aussi droit à son « muguet », grâce au sceau-de-Salomon. Crédit photo: Kristian Peters CC BY-SA 3.0

Une tradition datant de la nuit des temps

Si l’apparition des brins de muguet distribués est relativement récente à l’échelle de l’histoire de l’Homme, cette tradition d’offrande de fleur s’inscrit dans la continuité des différentes fêtes dédiées au printemps ou au début de la saison claire chez les Celtes : au 1er mai, Beltaine marquait l’entrée dans cette nouvelle saison plus clémente. Les druides allumaient de grands feux et prononçaient des incantations magiques. Le bétail circulait entre ces feux pour se prémunir des épidémies tout au long de l’année.
Depuis et dans le Morbihan, notamment en Pays Pourlet, le muguet a laissé sa place à de fraîches branches de hêtre laissées devant les maisons dans la nuit du 30 avril au 1er mai, en guise de porte-bonheur.

La poésie du muguet
Le poète belge Maurice Carême a su dans son œuvre rendre hommage aux fleurs clochette. Les écoliers de France peuvent ainsi apprendre durant leur scolarité : « Cloches naïves du muguet, Carillonnez ! Car voici mai ! Sous une averse de lumière, Les arbres chantent au verger, Et les graines du potager Sortent en riant de la terre. Cloches naïves du muguet, Carillonnez ! Car voici mai ! Les yeux brillants, l’âme légère, Les fillettes s’en vont au bois Rejoindre les fées qui, déjà, Dansent en rond sur la bruyère. Cloches naïves du muguet, Carillonnez ! Car voici mai ! »

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