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Plus de lait, moins de revenu

Au cours des quinze dernières années, l’augmentation des volumes de lait par unité de main-d’œuvre a permis de maintenir les revenus des éleveurs laitiers. À un niveau bas, avec beaucoup de fluctuations d’une année sur l’autre et plus de travail.

De sa création en 1962 aux années 90, la Pac a cherché à faire correspondre l’offre de produits agricoles avec la demande en régulant les marchés agricoles. Le virage de la dérégulation a été pris dans les années 90. Pour la filière laitière, les choses se sont concrétisées à partir de 2004 (baisse des prix d’intervention, fin des aides à l’exportation…) et conclues en 2015 avec la suppression des quotas. Le versement des aides directes (DPU, DPB, aide verte…) à partir de 2003 avait pour objectif de sécuriser le revenu des éleveurs face aux inévitables fluctuations de prix d’un marché dérégulé.

Les montagnes russes

Alors que se discute la prochaine réforme, il est intéressant d’observer comment les choses se sont traduites pour les laitiers bretons.
Entre 2000 et 2018, les revenus par exploitant(1), corrigés de l’inflation, ont crû de 15 %. Ce chiffre pourrait paraître sinon satisfaisant, au moins aller dans le bon sens. Sauf qu’il cache deux réalités. La première est que sur la même période, les volumes par unité de main-d’œuvre ont augmenté de 80 %. Alors qu’un UTH produisait 156 000 litres de lait en 2000, il a produit 282 000 litres en 2018. L’autre réalité cachée est l’extrême fluctuation des revenus. À partir de l’année 2008, la courbe joue les montagnes russes. 2008 fut la meilleure année, 2016 fut la pire.

Le revenu aux 1 000 litres de lait traduit l’ensemble de ces constats. Alors qu’il atteignait 117 €/1 000 L en 2000, il ne se situe plus qu’à 76 € en 2018. Entre les deux, il a beaucoup varié d’une année sur l’autre, descendant jusqu’à 47 € en 2016. Ramené à l’UTH, il est permis de dire que seul le revenu de l’année 2008 a atteint un niveau relativement satisfaisant au regard de la charge mentale et physique du métier et du niveau des capitaux investis. Car c’est l’autre observation de la période : le capital par entreprise a été multiplié par 1,8, celui par exploitant par 1,7. La charge de travail a elle aussi indéniablement augmenté.

La filière à un tournant

Un grand nombre d’éleveurs vont partir en retraite dans les années qui viennent. Or plusieurs éléments rendent les transmissions difficiles : l’augmentation des besoins en capitaux, le niveau de technicité nécessaire pour gérer de gros outils, le déphasage avec la société en termes de temps de travail et de rémunération. Une réflexion collective s’impose pour offrir aux jeunes générations des perspectives plus attrayantes.

Anne Bras / Cerfrance Finistère

(1) Résultat courant par UTH exploitant

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