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Chou-fleur : Des conditions de récolte difficiles

La récolte de chou-fleur est environ à mi-campagne. Cette moitié de saison se caractérise par des conditions de récolte compliquées liées à la forte pluviométrie. Point positif, le marché porteur, en France et à l’export, a maintenu des prix corrects.

Pour la campagne 2019/2020 du chou-fleur, les emblavements ont diminué au niveau régional avec au total environ 100 millions de têtes, comparé à 106 millions pour la campagne précédente. « Cet été, avec la sécheresse, le taux de récolte a été assez mauvais en Bretagne, mais le prix a bien compensé. L’Europe a aussi subi un été chaud et sec. Cela a créé un gros déficit de production, qui nous a ouvert des marchés ; la Pologne a acheté du chou-fleur breton et c’est assez exceptionnel », commente Jean-Michel Péron, producteur de légumes à Saint-Pol-de-Léon (29) et président de la section régionale chou-fleur du Cérafel.

Deux voire trois tracteurs pour tirer la remorque à choux

L’automne a été très pluvieux en Bretagne et la zone de Saint-Pol-de-Léon n’a pas été épargnée, une pluviométrie cumulée de 600 mm a été enregistrée sur les mois d’octobre, novembre et décembre. « Il faut savoir que, sur notre secteur, la pluviométrie est en moyenne de 900 mm sur l’année. Cela fait 40 ans que je produis du chou-fleur et il faut remonter à l’automne 1994 pour retrouver des conditions de récolte aussi compliquées que cette année », retrace Jean-Michel Péron. Sur presque tous les chantiers de récolte un deuxième voire un troisième tracteur étaient indispensables pour tirer le tracteur et la remorque à choux. Dans certaines parcelles il fallait même l’aide d’un tractopelle pour tirer les deux ou trois tracteurs.

« Ces conditions sont aussi très éprouvantes pour les hommes. Pas simple d’être à couper des choux tous les jours sous la pluie battante. Et je ne parle même pas du vent. C’est aussi très fatigant d’avancer dans les parcelles avec des sols très gras et de la boue qui colle aux bottes », observe le producteur de Saint-Pol-de-Léon. Malgré tout, le feuillage s’est bien tenu et les choux sont de bonne qualité. Mais l’excès d’eau risque d’impacter les choux tardifs, les racines se retrouvant asphyxiées finissent pas pourrir. « Certaines parcelles dont la récolte est prévue pour mars-avril sont déjà en train de virer. Mais c’est encore prématuré pour pouvoir chiffrer les pertes. » Le producteur de légumes fait aussi remarquer que les terrains ont été massacrés et qu’il sera compliqué de planter des pommes de terre ou de la salade après une culture de chou-fleur.

Le plus gros client reste l’Allemagne

La demande en chou-fleur pour le marché français est restée stable tout l’automne grâce aux nombreuses mises en avant des distributeurs. Le flux à l’export a été plus important que les campagnes précédentes. « Au 20 janvier nous étions à 45 millions de têtes de chou-fleur récoltées sur la zone légumière bretonne. 22 millions de têtes sont parties à l’export dont 5 millions pour l’Angleterre. Nous avons expédié trois fois plus de choux vers l’Angleterre que lors d’une année normale. Habituellement, ils passent des contrats avec l’Espagne qui a manqué de marchandise en cette première partie de campagne. Les Anglais ont donc acheté du chou breton au prix du marché au cadran. »

L’Angleterre veut du chou de calibre moyen, les producteurs ont donc récolté de ce calibre ce qui a permis de limiter les forts volumes qui auraient pu arriver en période de fêtes.
Le chou-fleur breton est expédié vers 30 pays. Globalement 60 % de la production part à l’export et 40 % est vendu en France. Le plus gros client reste l’Allemagne qui ne peut produire que de fin mai à fin octobre. Sans annoncer de prix moyen, Jean-Michel Péron estime que le prix payé au producteur est satisfaisant pour cette première moitié de saison. Mais il reste prudent car la concurrence espagnole et italienne où des températures très douces favorisant la pousse du chou peuvent rapidement orienter le marché à la baisse. « Il nous faut un prix moyen de 0,60 €/tête, tous calibres confondus, pour couvrir notre coût de production et payer le personnel. » Avec ce marché porteur, les producteurs n’ont pas encore orienté de production vers la transformation. Ils le feront dès qu’il y aura plus de choux sur le marché afin de dégager des volumes. « Les transformateurs peuvent nous prendre 400 000 têtes par jour. Malgré tout, cela ne nous met pas à l’abri d’une surproduction en deuxième partie de campagne. »

La Bretagne, le réservoir à choux de l’Europe

Les conditions climatiques très pluvieuses en Europe cet automne ont touché tous les pays producteurs de choux-fleurs. Malgré tout, cela a été très favorable à l’image de la Bretagne qui a encore prouvé que, bien qu’affectée par ces conditions, elle reste le réservoir à choux de l’Europe. Dès qu’il y a des problèmes climatiques, les producteurs bretons arrivent à garantir des volumes à l’export. En plantant moins serré, nous donnons plus de chance au chou de faire des racines et du corps. L’excès d’eau a notamment affaibli et décalé la production anglaise qui était insuffisante à Noël, période de forte consommation. En achetant en Bretagne, ils ont dynamisé le marché et fait renchérir les cours. Les Italiens ont aussi acheté significativement en Bretagne pour couvrir leur manque de production et se sont rajoutés à la liste des importateurs habituels de choux-fleurs bretons. Tout cela a eu pour effet de maintenir des cours assez haut. Nous avons eu un début de saison très prometteur, mais l’expérience nous apprend à rester humble et nous savons que, sur ce marché très volatil, les choses peuvent très rapidement s’inverser.Jean-Luc Kelbert, P.-D.G. de la SAS Dauphin négociant et expéditeur de légumes frais

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