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Chou-fleur : le savoir-faire et la qualité ne paient plus

La saison de chou est de nouveau catastrophique pour les producteurs bretons, qui ne voient pas les prix décoller. La pénurie de main-d’œuvre se fait sentir, sous fond d’inquiétude vis-à-vis des installations.

Pierre-Yves Le Chevert est installé avec sa fille Sophie au sein du Gaec des Pins, à Paimpol (22). Sur son exploitation, produisant du lait et des légumes de plein champ, le chou-fleur occupe 40 ha de la sole totale, protégée des gelées hivernales. Bénéficiant d’un solide savoir-faire, le producteur coupe des choux, le moral en berne. « Je suis né dans un chou », aime t-il expliquer.

Pourtant, si toutes les conditions pédoclimatiques sont réunies, la saison s’annonce une fois de plus catastrophique. « En 35 années de production de choux-fleurs, je n’ai jamais vu ça. Nous sommes payés à 30 centimes la tête depuis la fin septembre. C’est la 3e saison consécutive où les prix ne sont pas là ». Cette année, pas d’avance spectaculaire sur les cultures comme les années précédentes. « Nous sommes dans une parcelle prévue pour le mois de février », explique le Costarmoricain.

Beaucoup ont arrêté

En regardant autour des parcelles de son exploitation, Pierre-Yves Le Chevert remarque un changement dans le paysage proche. « D’autres cultures comme des céréales sont venues remplacer les légumes de plein champ. Les cultures sous abris se sont aussi développées », observe-t-il, sans dénigrer ces productions. « Les serres ont tout à fait leur place. Mais nos responsables ne doivent pas oublier les légumes de plein champ ». Livreur à la station de conditionnement Paimpol Union, Pierre-Yves Le Chevert a vu les surfaces allouées au légume fleur « baisser de 100 ha. Rien que pour cette année, la chute enregistrée est 10 % en surface ».

Le coût de production, estimé à 50 centimes par tête, n’est toujours pas atteint. « L’investissement pour implanter une culture de chou-fleur est de 800 €/ha. Nous devons prochainement commander nos semences pour la prochaine saison. Qu’est-ce qu’on fait ? », se demande-t-il. Ce qui agace le producteur, ce sont ces prix qui ne décollent pas, même si les températures baissent, tout comme les volumes. « En décembre, certains jours, les livraisons s’élevaient à 300 000 têtes seulement, sans avoir d’effet sur le prix », déplore-t-il. Un sentiment de découragement, sur fond d’inquiétudes vis-à-vis des générations futures. « 50 % des choux sont fournis par des producteurs de plus de 50 ans ».

Pertes à l’export, gains sur le marché français

Cette situation est bien connue par le responsable de la section chou-fleur à l’UCPT, Emmanuel Le Dantec. « Les surfaces ont diminué de 5 000 ha en 10 ans au niveau régional, passant de 18 000 à 13 000 ha. 450 ha sont dédiés à la production biologique. La concurrence provient de l’Italie, qui se cale sur des calibres de gros choux semblables aux nôtres, en embauchant de la main-d’œuvre bulgare ou roumaine », explique le producteur. Les espérances peuvent venir du marché français, car « les productions espagnoles ne peuvent pas durer, l’enjeu de l’eau devient trop important. Pour les volumes commercialisés, nous exportons 22 millions de têtes contre 24 l’année dernière. En revanche, le marché français progresse, pour atteindre 28 millions de têtes contre 18 l’année dernière ».

Les modes de consommation changent, les végétaux ont le vent en poupe dans l’assiette des consommateurs, avec des riz ou des semoules de chou-fleur. « Il faut rester soudé entre producteurs », conclut Emmanuel Le Dantec, sous peine de voir « les acheteurs profiter des brebis égarées ». Le cadran reste la référence des cotations européennes, et il reste 40 % des choux bretons à récolter.

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