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Monogastriques : Bientôt une alimentation 100 % bio

Le passage à une alimentation 100 % bio d’ici 2021 va s’accompagner de changements. Il faudra cultiver plus de soja bio en France ou trouver d’autres cultures riches en protéines. Les filières porc et volaille explorent aussi des pistes tels que les parcours à haute valeur protéique ou encore le pâturage d’un couvert riche en légumineuses par les truies gestantes.

« Au 1er janvier 2021, l’alimentation des monogastriques biologiques devra être 100 % biologique contre 95 % aujourd’hui. Cette décision est reportée à 2025 pour les jeunes animaux : volailles de chair/poulettes de moins de 70 jours et porcs de moins de 35 kg », lance Antoine Roinsard, de l’Itab (Institut technique de l’agriculture biologique) en introduction du colloque de restitution du projet Casdar Secalibio fin juin à Rennes. Ce projet a été lancé pour construire des références et des outils pour aider la production de MPRP (Matières premières riches en protéines) sur le territoire français et optimiser leur utilisation en alimentation animale de monogastriques biologiques, dans l’optique du passage à une alimentation 100 % biologique conformément à la réglementation européenne. Ce nouveau règlement impose aussi 30 % de lien au sol pour les monogastriques. « Les enjeux sont zootechniques, agronomiques, économiques et de filières lorsque l’on aborde le sujet des disponibilités de matières premières. Il va falloir réussir à équilibrer les aliments en limitant le tourteau de soja. Nous devons aussi garantir un niveau élevé d’autonomie en protéines biologiques en France en créant du lien avec les filières grandes cultures », décrit Antoine Roinsard.

Cultiver plus de soja bio

Une solution pour simplifier ce passage à une alimentation 100 % bio pour les monogastriques serait de cultiver plus de soja bio en France. Les surfaces en soja bio (certifiées et en conversion) sont passées d’environ 8 000 ha en 2011 à plus de 25 000 ha en 2017, ce qui fait de la France le leader européen et le 4e mondial de la production de soja bio. Un tiers de cette production est destiné à l’alimentation humaine. « Nous devons conquérir de nouvelles surfaces en soja bio mais il y a des challenges différents à relever en fonction des bassins de production. La production majoritaire se situe dans le sud du pays. La culture y est maîtrisée mais les nouvelles surfaces cultivées se feront en sec donc sans irrigation.

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Deux questions se posent : comment sécuriser la production en sec et quelle est la tolérance variétale au stress hydrique », s’interroge Cécile Le Gall, de terre Inovia. La production est mineure et aléatoire dans le nord de la France. L’itinéraire technique est à stabiliser et fiabiliser avec l’enjeu fort de maîtriser la gestion des adventices. « L’association du soja avec des plantes compagnes comme la cameline ou le sarrasin est à l’essai pour limiter le salissement des parcelles. Nous devons encore affiner les densités et développer des techniques de semis viables en utilisant le matériel existant chez les agriculteurs. » D’autres cultures de protéagineux à récolter en grain peuvent aussi être développées telles que le lupin, la féverole, les pois protéagineux ou encore les pois fourragers pour une utilisation en alimentation monogastriques bio.

Faire pâturer les truies

Le dispositif visant à faire pâturer les truies gestantes est aussi étudié. « Elles ont une capacité à valoriser un couvert riche en légumineuses permettant d’économiser des protéines dans l’aliment concentré. Il faut un parcours riche en légumineuses, mettre en place un pâturage tournant en paddocks et distribuer un aliment concentré moins riche en protéines », explique Florence Maupertuis, de la Chambre d’agriculture des Pays de la Loire. Pour l’essai, le couvert précoce est composé de ray-grass hybride, trèfle blanc et trèfle violet. Le couvert tardif est implanté avec du ray-grass anglais, trèfle blanc, trèfle hybride et luzerne. Les limites du dispositif sont la forte compétition alimentaire à l’auge au moment des repas et la moindre motivation à pâturer en fin de gestation. « Nous préconisons une alimentation individuelle au moment des repas et un retour à une ration complète sur les 3 dernières semaines de gestation. La distribution d’enrubannage hors période de pâturage est aussi testée », ajoute Florence Maupertuis.

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Des parcours à haute valeur protéique

En volaille de chair, des essais ont été menés sur les parcours à haute valeur protéique. Le but étant d’utiliser le parcours comme une ressource alimentaire en y implantant un couvert végétal riche en protéines composé de luzerne et chicorée par exemple. « Le parcours peut fournir jusqu’à 10 % de la matière sèche ingérée par un poulet. Les essais ont mis en évidence une baisse des indices de consommation de 0,4 point en finition », fait remarquer Mathilde Brachet, de l’Inra. Ce passage à une alimentation 100 % bio va inévitablement s’accompagner d’une hausse du coût de l’aliment. En pondeuses cette hausse est estimée à 6,4 %.

Développer la production avec du lien au sol

La filière monogastrique se développe très vite, l’exemple de la pondeuse bio est flagrant, entre 2017 et 2018 la hausse des effectifs a été de + 31 %. La France totalise plus de 6,6 millions de pondeuses biologiques en production soit 13,3 % du cheptel du pays. Aujourd’hui ça coince car la production va plus vite que le marché. Une production qui se développe trop souvent sans lien au sol alors que les besoins en matières premières bio pour la fabrication des aliments augmentent parallèlement à la production. Le passage à une alimentation 100 % bio et un passage de 20 % à 30 % d’approvisionnement de matières premières d’origine France va accentuer la demande. Tout cela va faire grimper le prix des aliments. Il faudra que l’on puisse répercuter cette hausse sur le prix de nos productions agricoles biologiques. Denis Paturel Président d’Initiative Bio Bretagne

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