Edito

Le paysan

Il ne sera plus là pour glorifier les paysans en tricotant les mots. Le philosophe Michel Serres, lui-même fils de paysans, était très attaché à ses racines rurales. Il mettait du baume au cœur des agriculteurs quand il racontait l’étymologie du mot paysan. « Un mot dérivé du mot latin pagus » – le pieu que l’on plante pour délimiter son territoire – qui a également donné le mot païen, « c’est-à-dire la religion fondamentale de celui qui a un rapport direct avec la terre ». Il rappelait que l’on a surtout oublié « le rapport extraordinairement profond qu’il y a entre paysage, paysan, païen… et paix ». Avant de désigner la paix, le mot « pax » a d’abord eu le sens de « fixer une convention entre deux parties belligérantes ». C’est aussi de pax que nous est venu le verbe payer, c’est-à-dire « ramener la paix, apaiser des adversaires en versant une compensation financière ».

Quand la FAO invite « à renforcer la résilience des systèmes agricoles pour favoriser la paix et la sécurité alimentaire », elle montre bien sous un angle différent le lien étroit qu’il existe entre paix et agriculture. La famine et la sous-nutrition sont vecteur de conflits et les conflits sont vecteur de faim. Exemple avec la guerre syrienne attisée par deux années consécutives de sécheresse au cours desquelles des bergers ont perdu plus de 80 % de leurs troupeaux. Selon l’Onu, la situation en matière de sécurité alimentaire s’est d’ailleurs aggravée en 2018 au niveau mondial pour la 3e année consécutive. Le nombre de personnes sous-alimentées est passé à près de 821 millions en 2017, soit le niveau d’il y a presque dix ans. Le philosophe Michel Serres avait doublement raison : paysan et paix ne sont pas seulement liés étymologiquement ; ils sont unis par et pour la vie.

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