Edito

Du sens sans sang

Le client est roi. Il loue « le bien manger », mais renâcle à bien payer. Après tout, a-t-on déjà vu un roi faire bombance et payer la note en sortant de table ? La Bible absout cette négligence puisque la nourriture est un cadeau du Ciel : « Donne-nous aujourd’hui notre pain quotidien ». Une promesse de l’Éternel confortée ici-bas par la Déclaration de Rome sur la sécurité alimentaire mondiale qui reconnaît « le droit fondamental de chaque être humain d’avoir accès à une nourriture saine et nutritive. » Louée soit la grandeur de l’Homme…

Reste qu’entre manger à sa faim et faire la fine bouche, ce n’est pas exactement la même chose. L’exigence a un prix même quand il s’agit de payer l’absence : « sans antibiotiques », « sans gluten », « sans OGM », « sans pesticides », « sans colorants ». Car, paradoxe, il en coûte plus cher de « produire sans » que « produire avec ».
Et puis le consommateur veut aussi donner du sens à son acte d’achat. « Dis-moi ce que tu manges, je te dirai qui tu es ». Ainsi le consommateur devient-il de plus en plus adepte du « sans sang ». Cette tendance s’instille durablement dans nos sociétés occidentales. C’est pourquoi il convient sans doute de prêter une oreille attentive à la recommandation de feu le comte François de Neufchâteau : « Quand il faut lutter contre des champs forts, l’art du cultivateur fait d’impuissants efforts ».

Plus prosaïquement, cela signifie qu’il vaut mieux aller dans le sens du vent ou, comme l’a formulé le président de la Région Bretagne, Loïc Chesnais-Girard, lors de la dernière assemblée générale de la Caisse de Bretagne du Crédit agricole mutuel (CBCMA ) : préférer « les ruptures négociées plutôt que de les subir » pour « inventer le modèle agricole de demain ». Puisque le client est roi…

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