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Un esprit “vachement” créatif

Deux styles, deux techniques, deux artistes. Pépito et Pierre-Marie cohabitent à l’atelier du 9, à Bécherel, autour d’un même modèle : la vache.

Si la vache n’est pas leur seul sujet de prédilection, c’est de loin le plus fidèle. C’est le modèle sur lequel les deux artistes travaillent depuis plus d’une vingtaine d’années. Cet animal est aussi à l’origine de leur amitié, suite à une rencontre lors d’une exposition à un comice agricole.

Les vaches vues de sa fenêtre

En 1996, à l’heure de la retraite, Jean-Marie Boule a choisi de s’installer en Bretagne. Ancien pilote de chasse, il s’est mis à peindre son environnement. Et la vache en fait forcément partie : « J’en vois partout dans les champs autour de chez moi. J’aime leurs attitudes, leurs drôles de position que je déforme de temps en temps. Elles sont élégantes, paisibles, en attente… comme moi », ironise-t-il. Il travaille à base de photos prises lors de ses balades, il dessine une esquisse sur papier avant de retracer les lignes principales sur du verre.

Car ses œuvres sont issues d’une technique ancestrale, que seuls une douzaine de peintres exercent en France : Jean-Marie peint à l’envers d’une plaque de verre, l’image ne se dévoile qu’en fin de travail lorsque l’on retourne le support. Il commence donc en premier lieu par des détails, du plus près vers le plus éloigné. Le fond est traité tout à la fin. Ce sont des couches qui vont, plus ou moins, se superposer. C’est avec beaucoup de calme qu’il effectue ce travail minutieux : les retouches ne sont pas possibles à moins de gratter les couches déjà appliquées. Et de la patience car il manie les couleurs avec un mélange d’huile et de gouache, rendant ces couches très longues à sécher. Le verre agrémente les couleurs, les rend plus lumineuses, son épaisseur apporte de la profondeur. Et il aime accentuer les teintes à volonté. « Je n’ai pas peur de faire de l’herbe rouge. J’aime les couleurs chaudes, je m’inspire de la période fauve, définie par Paul Gauguin… »

Let it beef

En face, installé sur un bureau d’écolier, Pépito Ferey, créateur de bandes dessinées (BD), lui aussi autodidacte, réalise des représentations plus cubiques de l’animal, après avoir entendu à la radio, lors d’une semaine du goût, l’histoire d’un enfant qui avait représenté son verre de lait par un carré… Pour lui, l’origine du lait s’apparentait à la brique UHT de son petit-déjeuner ! « C’est vrai qu’au final, la vache est un parallélépipède rectangle… », rigole-t-il. Et l’esprit créatif de l’artiste s’est échauffé. Ni une ni deux, le dessinateur de presse lui a griffonné une tête, des pattes, un pis… Et son motif fétiche était né. Car s’il en avait peint 4 ou 5 dans un premier temps, sa collection s’est vite étoffée pour une exposition au festival de la BD « Quai des bulles ». Et « victime du succès de l’exposition, je suis devenu peintre de vaches… »

Pour chaque dessin, il travaille sur le symbole, « pour s’amuser et sortir d’une forme de routine. Il n’y a pas de message particulier, chacun y lit ce qu’il veut. C’est en quelque sorte un choc entre deux univers qui, a priori, ne vont pas ensemble ». La vache et son environnement, sur toile ou sur ardoise, se revêtent donc de couleurs, de symboles faisant référence à une marque alimentaire, une profession, un clin d’œil à une œuvre artistique… À l’exemple de la jaquette du disque des Beatles revisitée par Pépito pour devenir « Let it Beef ». « C’est comme un rébus, il y a toujours un sens caché, ludique et amusant, faisant appel à la mémoire. »

La vache, un sujet fédérateur

La vache a permis de rompre leur solitude d’artistes. Ils ont fait connaissance lors d’un comice agricole à Plouasne, il y a près de 8 ans. Un an plus tard, ils partageaient la même galerie. Et comme le bovin est un sujet fédérateur, ils ont continué à peindre leur sujet de prédilection. « Tout le monde a une anecdote à raconter autour de la vache, que ce soit les gens de la campagne ou les urbains. Même a priori ceux qui sont les moins concernés : les gens de la ville sont les premiers à parler avec nostalgie de leurs vacances à la campagne, de leurs origines paysannes. Pour les jeunes, l’animal est aussi très représenté dans les livres de jeunesse. Finalement, nous sommes tous très proches les uns des autres », témoignent d’un commun accord les deux artistes.

Contact : L’atelier du 9, 9 rue de la beurrerie, Bécherel (35). Ouverture du jeudi au dimanche.

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