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Dans les pas de Bertrand du Guesclin

C’est au château de Montmuran, sur les commune des Iffs (35), que les « savanturiers » ont scellé leur alliance. À l’endroit même où le connétable du Guesclin fut adoubé chevalier.

Bâti sur un promontoire rocheux au milieu du triangle formé par Hédé, Bécherel et Tinténiac, le château de Montmuran domine une vaste plaine qui s’étend de Dinan au nord-ouest, à la région de Fougères à l’est. Fondé au XIIe siècle, ce château fait partie des forteresses vigiles de Bretagne. Il est surtout foncièrement lié à une grande figure de la guerre de Cent Ans : Bertrand du Guesclin qui, pendant 25 ans, mit sa bravoure au service de la couronne de France. Même si les Bretons préfèrent voir d’abord en lui le combattant qui fit reculer l’envahisseur anglais sur les terres de Bretagne.

Des archers et un « chemin sanglant »

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Classé monument historique, le château de Montmuran est témoin de 1 000 ans d’histoire bretonne.

Des sept tours qui constituaient l’une des plus puissantes forteresses bretonnes du Moyen Âge, n’en subsistent plus que quatre. Dont deux tours avec mâchicoulis qui encadrent l’imposant châtelet accessible par un pont-levis et défendu par une herse et un assommoir.
Côté cour, au tiers de l’ascension de l’escalier abrupt de 85 marches qui conduit au chemin de ronde à encorbellement, reposant sur de solides corbeaux arrimés à la muraille, s’ouvre la porte de la chapelle du château. C’est là, qu’en 1354, le petit hobereau breton Bertrand du Guesclin fut adoubé chevalier. Un titre qui lui fut, entre autres, attribué pour avoir héroïquement sauvé Montmuran de l’attaque des Anglais. Ces derniers, arrivant par surprise de Bécherel furent en effet stoppés net par du Guesclin qui avait posté une trentaine d’archers le long d’une voie qui porte aujourd’hui encore le surnom de « chemin sanglant ».

« Le courage donne ce que la beauté refuse »

Le « Dogue noir de Brocéliande », comme on le surnommait, n’était pas l’élégant chevalier blond obligeant que l’on peut voir représenté sur la verrière du XIXe siècle de la chapelle de Montmuran. Enfant, du Guesclin était déjà belliqueux… et disgracieux : « Une grosse tête ronde et ingrate, la peau noire comme celle d’un sanglier », mentionnent les textes. À tel point que le ménestrel Cuvelier, auteur d’une chanson sur le célèbre chevalier breton, dit de lui qu’il a été « l’enfant le plus laid qu’il y eut de Rennes à Dinan ». À tel point aussi que ses parents croient qu’il est l’enfant du diable ! Plus qu’une légende si l’on en croit la devise que prit le chevalier du Guesclin : « Le courage donne ce que la beauté refuse ».

S’il n’était pas bel homme, du Guesclin était valeureux combattant. Et cela participe certainement à sa popularité sur ses terres bretonnes, sept siècles après sa mort. Sa « carrière » démarre alors qu’il n’a que 16 ans par un tournoi au cours duquel, dissimulé derrière la visière de son heaume et sans blason, il bat successivement quinze chevaliers (12 mentionnent certaines sources plus en phase avec la symbolique des douze apôtres). À la joute suivante, il abaisse sa lance en signe de respect… refusant de se battre contre son père.
À partir de ce jour, du Guesclin mène une vie de batailles, gagnant en respect. Élevé en 1370 au titre de connétable – sorte de Premier ministre du roi –, il dirige jusqu’à sa mort les opérations militaires de la guerre de Cent Ans. Conscient de la supériorité de l’armée anglaise dans les batailles rangées, aux grandes manœuvres à l’issue incertaine, il mène une guerre qui épuise l’ennemi et l’accule sur des places fortes.

Les Bretons se reconnaissent

En 1374, sur ordre du roi Charles V, Bertrand du Guesclin, âgé de 53 ans, accepte de se remarier avec Jeanne de Laval Tinténiac, âgée de 19 ans, devenant ainsi propriétaire par alliance du château de Montmuran où est célébré son second mariage. Neuf ans plus tard, celui qui a gagné le respect à la pointe de l’épée meurt brutalement. La tradition attribue son trépas à la consommation d’eau glacée pendant les chaleurs de l’été. Réalité ou légende « d’une belle mort qui ennoblit toute la vie » d’un Breton qui a lutté sans discontinuer pour défendre ce en quoi il croyait. Sans jamais abandonner, ni abdiquer. Une communauté de valeurs et de vaillance que partagent, encore aujourd’hui, « entre terre et mer, les gens de caractère » d’une Bretagne du XXIe siècle qui se reconnaît sans doute dans la détermination et l’audace du célèbre chevalier du Guesclin. 

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