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Riche biodiversité autour des anciens fours à chaux

Lormandière est un site atypique où d’anciennes carrière et usine de production de chaux sont intégrées à un espace naturel. La biodiversité y est riche, en particulier la flore calcicole.

Avion, voiture, moto… Les bruits de la ville de Rennes sont là en fond sonore, mais ils sont dominés par les vibrants butinements, les croassements, les chants d’oiseaux variés… En empruntant le sentier, on parvient rapidement à une vue d’exception sur le lac aux eaux vert turquoise. Profond de 50 m, il cache l’ancienne carrière d’où était extrait le calcaire. En continuant la promenade, l’ancienne usine de production de chaux
apparaît.

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Vue du sentier sur l’ancienne usine rénovée.

Les agriculteurs venaient de loin

Le site de Lormandière à Chartres-de-Bretagne fait partie des espaces naturels appartenant au Département d’Ille-et-Vilaine. C’est l’un des plus atypiques car il est situé sur un ancien site industriel. Un des rares témoins d’une activité qui a débuté avant la Grande Guerre, avec ses fours à chaux qui sont restés debout et ses vieux bâtiments industriels. « Connu pour son sous-sol calcaire rare en Bretagne, le site a été exploité à partir de 1853 pour la chaux », expliquent les responsables du site. « Lors de l’essor industriel, à la fin du XIXe – début du XXe siècle, la ‘Société des fours à chaux de Lormandière et de la Chaussairie réunies‘ représentait la plus importante entreprise de fabrication de chaux en Bretagne. Des agriculteurs venaient de loin pour s’approvisionner. Les produits empruntaient aussi la voie ferrée pour rejoindre différentes régions de Bretagne. »

« Le calcaire prélevé sur le site était cuit dans les fours à chaux à environ 900°C pour donner de la chaux vive utilisée en agriculture. Grâce à l’addition d’eau, cette chaux vive était aussi transformée en chaux éteinte utilisée dans les bâtiments et construction », peut-on lire sur un des nombreux panneaux présents sur le site. « Les wagonnets chargés de calcaire étaient tirés au sommet des fours grâce à une machine à vapeur. »

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Le sentier pédagogique est ponctué de panneaux d’information.

Une flore particulière sur un substrat calcaire

Fermé en 1938, le site industriel représente aujourd’hui un patrimoine totalement intégré à l’environnement. Le Département d’Ille-et-Vilaine l’a acquis en 1988 et en a fait un site protégé pour sa flore calcicole. « Les prairies, les boisements mais aussi les ruines constituent autant de milieux propices à l’accueil d’une flore très variée. On y recense environ 500 espèces végétales dont la pimprenelle, l’astragale à feuille de réglisse, la clématite… Des orchidées rares sont aussi présentes : l’ophrys abeille, l’orchis pyramidal et l’orchis bouc ».

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L’ophrys abeille (Ophrys apifera), orchidée reine de Lormandière (© E. Berthier).

Près de 50 espèces d’oiseaux fréquentent régulièrement cet espace. « La tourterelle des bois, le bruant zizi, le bouvreuil pivoine se nichent dans les buissons et les boisements. Le renard et le lapin apprécient la végétation dense. Les anciens bâtiments industriels accueillent les chauves-souris telles que la barbatelle d’Europe. Les zones humides et le bocage abritent 11 espèces protégées de batraciens et de reptiles dont la rainette arboricole, la couleuvre à collier, la vipère péliade, le lézard vert… ».

Un sentier pédagogique

Le site est ouvert au public et propose un sentier pédagogique ponctué de panneaux d’information, conçu par le Département et le laboratoire d’écologie végétale de l’Université de Rennes 1. Les bâtiments de l’usine, en grande partie restaurés, sont visibles du sentier, mais leur visite n’est pas ouverte systématiquement au public.
Des visites guidées peuvent être organisées pour découvrir les sept fours, la centrale électrique, la forge, la voie ferrée, les machines… Peut-être qu’un jour ce lieu deviendra un musée. Mais ce n’est pas encore d’actualité.

Exposition photo jusqu’au 29 octobre à Rennes
Une exposition de photos de Delphine Dauphy raconte le patrimoine naturel et industriel de Lormandière. Originalité, elle utilise le collodion humide, un procédé photographique mis au point en 1851 (sur plaque de verre ou métallique). Jusqu’au vendredi 29 octobre aux Archives départementales d’Ille-et-Vilaine, 1 rue Jacques Léonard à Rennes. Entrée libre et gratuite. Contact : 02 99 02 40 00 ou https://www.ille-et-vilaine.fr.

Pour en savoir plus : « Le calcaire à Lormandière. Fours à chaux et orchidées » (collection « Patrimoine industriel d’Ille-et-Vilaine ») est un ouvrage collectif édité en 2019 par le Département d’Ille-et-Vilaine. Une approche plurielle du site est proposée : histoire, patrimoine, environnement, faune, flore, création artistique, mémoire et citoyenneté. Renseignements : archives@ille-et-vilaine.fr.

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