Analyse des données : Trop d’informations tue l’information

Philippe Faverdin, directeur de recherche à l’Inra, a participé au développement du scanner laser permettant de représenter l’animal en 3D en entier, au centimètre près. - Illustration Analyse des données : Trop d’informations tue l’information
Philippe Faverdin, directeur de recherche à l’Inra, a participé au développement du scanner laser permettant de représenter l’animal en 3D en entier, au centimètre près.
Comment traiter l’information et la rendre utile, originale et disponible au bon moment pour l’éleveur ? C’est la mission de l’Inra en matière de nouvelles technologies. La détection des chaleurs silencieuses est un exemple concret.

Dans un environnement où les capteurs se perfectionnent en élevage, où les données collectées se multiplient, où les possibilités de les analyser s’accroissent, le rôle de l’Inra est de tester leur fiabilité et d’imaginer les applications qui demain pourront intéresser les éleveurs et les filières. « Certaines données peuvent aujourd’hui être obtenues en continu, ce qui aboutit à des informations différentes. Par exemple, le poids qui mesurait avant tout les performances des animaux peut maintenant fournir des informations sur leur santé. Et, chaque animal peut être individuellement surveillé par la technologie » commence Philippe Faverdin, directeur de recherche à l’Inra.

En arriver à des règles de décision

Mais, devant cet afflux de possibilités, les éleveurs pourraient être déçus. « Le risque est qu’ils reçoivent des alertes sans cesse, ne sachant pas comment les valoriser. Ils peuvent s’inquiéter alors qu’il n’y a pas lieu ou ne pas bien traiter l’information importante. Nous devons nous attacher à traduire les données collectées pour qu’elles s’intègrent dans des règles de décision adaptées. » Des données intéressantes, mais non « alarmantes », pourraient être simplement stockées pour une utilisation future.

Sur le site expérimental Inra de Méjusseaume (35), plusieurs capteurs sont posés dans le troupeau de 170 vaches Prim’Holstein : des bolus intra-ruminaux qui mesurent la température en continu et des accéléromètres surveille les mouvements. « Nous continuons aussi à contrôler les poids matin et soir, ainsi que la production et nous réalisons des analyses spectrales du lait. » Aujourd’hui, des pistes prometteuses se dessinent quant au croisement des différentes données pour déterminer de nouveaux « phénotypes » ou caractères qu’on ne mesurait pas avant (ou pas aussi précisément). Par exemple, une thèse en cours pourrait proposer des solutions pour une meilleure détection des chaleurs, notamment les chaleurs silencieuses. « Elles sont plus courantes aujourd’hui, concernant 1/3 des chaleurs. La température seule ne suffit pas pour les détecter, l’étude des mouvements non plus. Les deux associées donnent un résultat plus performant pour repérer l’ovulation. » Les chercheurs zootechniciens de l’Inra travaillent avec l’Inria (Institut national de recherche en informatique et en automatique) qui développe des algorithmes originaux pour traiter ces données.

Un futur prometteur pour l’imagerie

Pour Philippe Faverdin, l’imagerie devrait se développer très rapidement dans les élevages, offrant des possibilités avec un coût réduit. « Un à trois capteurs pourraient suffire pour tout le troupeau. Et des avancées arrivent dans le traitement de l’image chez les humains qui pourraient servir en élevage. » Des informations, comme l’identité, la posture, l’activité, l’humeur, le comportement, pourront aussi sans doute être recueillies
par l’image.

Par ailleurs, un scanner laser a été développé par la recherche française en collaboration avec la société 3D Ouest et permet de représenter l’animal en 3D en entier, au centimètre près. Cela peut permettre de mesurer la hauteur au garrot, le tour de poitrine sans approcher l’animal mais aussi le volume ou la surface de tout ou partie de l’animal. On pourra demain estimer le poids sans pesée ou la valeur bouchère de l’animal. La détection de gestation tardive est une autre hypothèse.

Santé, bien-être…

« Nous allons pouvoir regarder si le ratio volume / surface est en lien avec l’adaptation des animaux à la chaleur. Aujourd’hui, un 2e prototype de scanner est développé : il sera moins coûteux et plus facile à transporter. À l’avenir, l’enjeu sera de placer les algorithmes qui traitent l’information juste derrière la caméra pour éviter d’avoir à transférer toutes les informations. Seul le résultat sera exporté. » En matière de santé, des pistes se dessinent pour pouvoir détecter précocement les maladies, diagnostiquer des troubles chroniques, analyser l’historique d’un animal et individualiser son traitement. « Sur des animaux vulnérables, un automate pourra par exemple commencer par distribuer certains acides aminés ou huiles essentielles et voir si l’état de santé s’améliore avant de sonner l’alarme pour passer à des traitements plus lourds. »

Contrôler davantage la précision de mesure

Sur l’utilisation des données issues des élevages, Philippe Faverdin rappelle que « seules, elles n’ont aucune valeur. Les éleveurs doivent certes être prudents en acceptant de les communiquer, mais ils n’ont pas non plus d’intérêt à les bloquer systématiquement. Elles peuvent permettre des avancées en termes de coût de production, de santé et de bien-être des animaux. » De leur côté, les entreprises commercialisant les outils numériques doivent permettre aux agriculteurs de bien les prendre en main. « Et leur bon fonctionnement ainsi que leur précision doivent être surveillés régulièrement. Les procédures de contrôle automatisées sont insuffisantes actuellement. » Pour le chercheur, le robot de traite continuera à être demain le lieu idéal de « phénotypage » dans les élevages. « On pourra y collecter plus de 2 fois par jour un maximum des données individuelles : imagerie, analyse de lait, poids… Mais il faut pouvoir proposer d’autres solutions moins onéreuses pour répondre au plus grand nombre. »


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