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La Jersiaise sort de l’ombre

En 10 ans, le nombre de vaches laitières jersiaises a triplé en France. Utilisée en race pure ou en croisement, la petite vache gagne du terrain grâce à la valorisation de son lait et sa rusticité.

Cette jolie vache ravit l’œil des agriculteurs comme du grand public. Longtemps considérée en France comme « une vache de château », la Jersiaise entame une revanche économique sur ses consœurs bovines. Si elle est encore peu représentée dans l’Hexagone, cette race est quand même la deuxième de la planète, après la Prim’Holstein, et compte 850 000 vaches au contrôle laitier sur 5 continents. De plus en plus d’éleveurs français s’y intéressent, notamment pour la qualité de son lait, sa fertilité et sa rusticité. Sur 2017, la plus-value moyenne de la race par rapport au prix de base était de 100 €/1 000 L. Très efficace en système herbager, elle n’abîme pas les sols et valorise bien les fourrages.

Fin des problèmes de cellules

Président de Jersiaise France (OS nationale) et de la Fédération européenne (European Jersey Forum), Benoît Guioullier, après une première installation avec ses parents sur un troupeau 100 % jersiais a repris une ferme en 2013 en Prim’Holstein en Mayenne. « Dès mon installation, j’ai entamé la conversion progressive en Jersiaise. Cette race me permet davantage de précocité avec des vêlages à 24 mois. Aujourd’hui, j’ai 65 VL, dont 55 Jersiaises et 10 Prim’Holstein. La moyenne d’étable est à 7 000 L avec 61 de TB et 41,5 de TP », situe l’éleveur. Côté sanitaire, le nombre moyen de cellules a chuté de 850 000 à 130 000/mL aujourd’hui.

Coût alimentaire maîtrisé

Installé à Saint-Rémy-du-Plain (35), Claude Clément est passé en Jersiaise il y a 8 ans « dans l’objectif de réduire le coût alimentaire et le temps de travail. » Aujourd’hui, ses 85 ha sont tout en herbe avec 60 ha en pâturage et l’élevage compte 75 vaches jersiaises dont 15 sont des nourrices pour les veaux. « En hiver, l’alimentation comprend de l’enrubannage en libre-service et du foin. Le coût alimentaire est de 51 €/ 1 000 L. » Depuis deux mois, l’éleveur commercialise son lait en bio dégageant une marge encore plus satisfaisante. « Je vais reprendre la monotraite qui n’entraîne pas de différence de production », ajoute-t-il.
Sur le Gaec Lebret en Charente, le passage en Jersiaise a été motivé par des taux élevés qui assurent le même produit lait avec seulement 15 % de vaches en plus par rapport au troupeau Holstein. « Aujourd’hui, nous gérons plus de 200 VL qui produisent 1,3 million L à 60,3 de TB et 41,7 de TP », indique François Lebret. « Nous avons fait le choix d’un grand troupeau pour améliorer nos conditions de travail. »

Des adaptations à prévoir

Certes, en passant en Jersaise, des adaptations sont à réaliser dans les bâtiments pour pouvoir accueillir un troupeau plus grand. Dans un élevage du Maine-et-Loire, les logettes sont passées d’une largeur de 1,20 à 1 m, ce qui a permis un gain de 11 places dans le bâtiment. Les cornadis sont passés de 7 à 9 places sur 5 m. La salle de traite initialement en 2 x 6 postes en inclinaison 30° a été convertie en 2 x 8 postes en inclinaison 50°, sans aucune modification des stalles ni de la maçonnerie.

Mieux valoriser les veaux

La petite taille des veaux à la naissance (25 – 30 kg voire moins) est aussi à prendre en compte. « Ils ont peu de réserves, il faut être vigilant. Pour les alimenter, il est préférable d’utiliser du lait de mélange. Plus que la matière grasse, ce sont ses variations qui les gênent », note Benoît Guioullier. Pour mieux valoriser ses mâles, l’éleveur a développé de la vente directe. « Une douzaine par an part à l’âge de 7 mois environ. » François Lebret n’utilise que de la semence sexée sur les génisses et les bonnes vaches. « Sinon, je mets du Blanc bleu en croisement pour mieux valoriser les veaux (50 à 60 par an). Il n’y a pas de soucis de vêlage… ». Par ailleurs, la race est sujette aux fièvres de lait. Un problème qui se résout avec des rations équilibrées.

Un schéma génétique français
Aux USA, 320 000 vaches laitières jersiaises sont contrôlées et en Nouvelle-Zélande, 317 000. Ce pays compte en plus 1,35 million de « kiwis » (croisement Holstein x Jersiaise) qui représentent près de la moitié de la population bovine du pays, devant la Holstein pure. En Europe, la race est bien implantée au Danemark avec 69 000 VL contrôlées. Répondant à la demande française en hausse, Evolution a engagé en septembre un partenariat avec le danois VikingGenetics. Fournissant déjà de la génétique jersiaise aux éleveurs depuis 10 ans, le groupe français s’implique désormais dans le schéma de sélection de la race. Des taureaux français seront bientôt proposés.

Sur 3 ans, les inséminations doublent

En France, surtout depuis une dizaine d’années, les effectifs jersiais grandissent pour arriver à 14 370 vaches fin novembre dernier (dont 11 080 au contrôle laitier) présentes dans 1 230 élevages. 68 % des effectifs sont dans le Grand Ouest. Entre 2015 et 2018, les inséminations en race jersiaise sont passées de 21 100 à 40 000. La hausse est encore plus accentuée en croisement sur Holstein. La Jersiaise est aussi utilisée en croisement à plusieurs voies. En Ille-et-Vilaine, le nombre d’IA jersiaises a carrément été multiplié par trois en trois ans. Plus des 2/3 sont en croisement de race.Gaylord Boucard, Technicien BGS Ouest

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