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“J’ai dû commencer à ensiler au 23 août”

Confronté à une rupture de stock après avoir gardé des vaches supplémentaires, Lionel Laubé a dû acheter de l’ensilage et récolter une première parcelle de maïs en août. Stressant.

Courant juin, Lionel Laubé a vraiment réalisé que son silo de maïs ne suffirait pas à faire la jonction jusqu’au prochain ensilage. Installé avec son épouse à Ploeuc-sur-Lié (22), c’est la première fois qu’une telle mésaventure lui arrive en plus de 20 ans de carrière. « C’était stressant de se retrouver dans cette position inconfortable. Vais-je réussir à trouver du fourrage ? À quel prix ? Il y avait tout un troupeau à nourrir… En dernier recours, la solution du gaspillage en récoltant un maïs pas venu à maturité… Je commençais à me dire que nous allions devoir acheter un bon volume d’aliment de substitution. »

Piger les petites annonces agricoles

Aussitôt, il s’est mis à sonder le voisinage et à piger les petites annonces de la presse agricole locale. « Au début de l’été, il n’y avait rien sur le marché dans le coin. Les gens temporisaient. » Un peu plus tard, les premières pistes sont apparues « autour de 120 € / t de matière sèche ».

Les semaines passant, il s’est finalement résolu à ensiler un peu le jeudi 23 août, un mois plus tôt que d’habitude. « 1,1 ha sur la commune d’Hénon, à 13 km de l’exploitation, dans une zone qui a été encore moins arrosée. J’ai aussi choisi en priorité ces terres éloignées parce que les feuilles se desséchaient déjà alors que les grains étaient en lait. » À l’arrivée, il a récolté quatre remorques, autour de 10 t de matière sèche. Et, en parallèle, acheté 35 t d’ensilage de l’année dernière, soit 10 remorques autour de 90 € / t de matière sèche, à des éleveurs d’une exploitation proche du chantier. « Ils avaient un peu de rab. »

Ce jour-là, un silo a été reconstitué à la ferme. « Nous avons étalé le fourrage acheté puis rajouté l’ensilage frais par-dessus pour éviter que ça coule. Et puis le « vert » est plus facile à tasser, il pèse bien sur le maïs plus ancien. » Le tas est ensuite resté fermé cinq jours.

« Les vaches n’ont pas calé »

À la réouverture, les premiers volumes repris n’ont posé aucun problème. Mais les jours suivants, impossible de découper des cubes à déposer pour 6 jours devant les vaches comme habituellement. « Le fourrage repartait en fermentation. Du coup, j’ai dû m’astreindre à une distribution journalière en vrac. Il va falloir près de trois semaines pour que l’ensilage soit stabilisé. »

La bonne nouvelle est que les vaches consomment bien ce nouveau mélange. « Le taux de matière sèche du maïs ensilé précocement se situait aux alentours de 22 ou 23 %. Je rajoute un peu d’urée car le taux dans le lait était un peu faible, ainsi que de la mélasse de betterave pour compenser le manque d’énergie des grains immatures et favoriser l’appétence… », détaille l’éleveur. Malgré une transition progressive assez courte de cinq jours entre les ancien et nouveau maïs, « les vaches n’ont pas calé ». Les courbes de production enregistrées par les deux robots de traite confirment. « Peut-être une baisse de 0,5 kg de lait par jour, mais est-ce le fourrage ou la chaleur ? Difficile à dire. Les taux, eux, se sont maintenus. »

Plus de lait mais plus de bouches à nourrir

Comment le Gaec s’est-il retrouvé dans cette impasse ? « La laiterie a permis de livrer davantage de lait. Sur la campagne laitière bouclée au 31 mars dernier, nous avons donc produit 80 000 L de plus. Auparavant, en rythme de croisière, le troupeau approchait la centaine de vaches. Là, nous sommes montés à 110 animaux… », rapporte le Costarmoricain. Ces quelques estomacs ont fini par avaler la marge de sécurité. « Au départ, je n’ai pas vu le problème venir », avoue-t-il. Avant d’expliquer sa stratégie : « Les stocks coûtent cher, et je n’aime pas travailler avec du vieux maïs. Après l’ensilage, j’essaie de démarrer dès que possible avec le nouveau fourrage. Enfin, en optimisant les surfaces en maïs, je libère des terres à céréales. Objectif : avoir ensuite à acheter le moins de paille possible », raconte ce gros consommateur qui en apporte près de 4 kg par place de logette et par jour.

Cependant, cet été chaud et compliqué va faire évoluer l’assolement des 106 ha de SAU. En plus des 12 ha habituels, Lionel Laubé va semer 2 ou 3 ha supplémentaires de RGI-trèfle, en dérobé derrière céréales, ces prochaines semaines. « Ensuite, cet automne, je vais implanter 5 ha de céréales en moins au profit de la surface en maïs l’année prochaine pour assurer le stock. L’achat de paille au champ est finalement beaucoup plus simple, négociée autour de 30 € / t, et moins risquée. D’autant que les rendements et le bénéfice en céréales sont assez faibles », termine Lionel Laubé. Il espère ne plus jamais être coincé par un manque de maïs.

Partout, l’hiver long a grignoté les stocks

Rappelons qu’en 2017, il y a eu de bons rendements en ensilage. En plus, le prix du maïs grain n’étant pas très élevé, cela n’avait pas non plus incité à en moissonner beaucoup. Les silos ont donc été bien remplis. Et, avec le recul, on peut dire heureusement car l’hiver dernier a été froid et très long. Les vaches n’ont pu sortir que tardivement, en moyenne souvent un mois plus tard que d’habitude. À l’auge, les régimes hivernaux ont ainsi été conservés plus longtemps que prévu et les silos ont continué d’avancer… Cet hiver long a contraint les troupeaux à rester davantage dans les étables, ce qui a fini par engendrer une « crise de la paille » avec une demande forte et des prix livrés qui ont grimpé. Ensuite, il a fait très chaud et les prairies ont grillé rapidement limitant la valorisation en pâturage. Ce contexte climatique a limité le stock sur pied à une période assez restreinte où il a fallu réaliser les fauches dans un laps de temps court pour rentrer son herbe conservée. Autant de facteurs concomitants qui ont confirmé que les bons stocks de maïs de l’année dernière n’étaient pas de trop. Fabien Philippe, Conseiller d’élevage à BCEL Ouest

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