Répartition, mais aussi création de valeur

VISUEL-FILIERES - Illustration Répartition, mais aussi création de valeur
Aujourd’hui, des opportunités de marchés s’offrent aux producteurs pour répondre aux attentes des consommateurs. Mais le changement de pratiques et la prise de risques doivent être accompagnés et répercutés dans l’acte d’achat.

Une amélioration de la rémunération des agriculteurs passera par une meilleure répartition, mais aussi de la création, de valeur. Et inclure le fait que cette création va demander un prix plus élevé au consommateur. « Tout le monde doit avoir accès à la même excellence, mais il doit y avoir un prix pour le producteur », a déclaré Dominique Chargé, président de la Fédération nationale des coopératives laitières et du groupe Laïta, lors des 10e Rencontres organisées par la Maison de l’Europe, le 30 novembre à Rennes (35).

Veille et réflexion avant de se lancer

Créer de la valeur, c’est notamment répondre aux attentes des consommateurs qui évoluent fortement. Dans ce paysage, certains acteurs s’adaptent et innovent. « Nous sommes en veille sur ce que veut le consommateur demain (et pas dans 10 ans…). Dans un 1er temps, nous étudions les demandes et regardons si elles sont économiquement viables. Dans un 2e temps, nous voyons si elles sont vendables auprès de nos clients (avec un surcoût). Il n’est pas question de faire le pas de trop », explique Patrice Drillet, président de la Cooperl.

Le groupement a par exemple commencé à évaluer la non castration en 2010. En 2012, une quarantaine d’élevages l’ont testée. « Aujourd’hui, elle concerne 90 % de nos producteurs. » De la même manière, le porc sans antibiotiques a été initié en 2013. « Nous trouvons des marchés en Asie et aux États-Unis ». 35 % de la production Cooperl est aujourd’hui exportée. « Avant de vendre, nous essayons de trouver trois destinations, pour avoir le choix. »

Parfois le changement se fait sous la contrainte, comme c’est le cas en filière œufs. « Sous la pression associative, médiatique et politique, les distributeurs ont décidé de retirer les œufs en cage de leurs rayons. Mais le choix doit être fait par le consommateur. Aujourd’hui, 48 % des achats en grande distribution sont des œufs produits en cages », note Yves-Marie Beaudet, responsable section œufs de l’UGPVB. « Si on veut passer toutes les poules en plein air, il faudra trouver 12 000 ha », ajoute-t-il.

Accompagnement des producteurs

Sur l’environnement aussi, les agriculteurs sont attendus et évoluent. « Aujourd’hui, je sème le colza 5 jours plus tôt sur mon exploitation pour avoir une croissance plus rapide et limiter les insecticides. J’insère aussi des plantes compagnes dans mon colza pour attirer les ravageurs », illustre Sébastien Windsor, président de Terres Inovia.

« Aider les producteurs dans leurs changements de pratiques est important. L’État peut accompagner les investissements (outils d’aide à la décision, nouvelles cultures, désherbage mécanique…) et la prise de risque. L’Europe aussi doit protéger les producteurs et soutenir la transition. » En Bretagne, « la Région a beaucoup investi dans les MAEC qui permettent aux producteurs de consommer moins d’intrants et à terme d’améliorer leur revenu », précise Olivier Allain, vice-président de la Région. « La constance dans les aides est importante pour que les producteurs puissent s’engager sans crainte », ajoute Patrick Guillerme, président d’Agrobio Bretagne.

Attentes multiples

« En 2000, les consommateurs interrogés sur la notion de qualité évoquaient d’abord les mots “goût” et “bon”. Cinq ans plus tard, ils parlent de “bio”, de “produit brut frais” et “local” en premier. Mais malgré son taux de croissance élevé, le bio ne pèse que 4 % des dépenses alimentaires et la demande en produits transformés ne cesse de croître », souligne Louis-Georges Soler, directeur de recherche à l’Inra.

Aujourd’hui, « le consommateur est partagé entre ses attentes de prix et de praticité d’un côté et sa préoccupation de naturalité (santé, environnement) de l’autre. Selon les types de consommateurs, les moments… l’un des comportements domine. Pour répondre aux différentes attentes, il faut segmenter l’offre et réconcilier les deux approches. » Autrement dit, faire du naturel pratique, en maîtrisant le coût…


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