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L’horloger, le seul maître du temps

Yannick Robert redonne vie à toutes sortes d’horloges, pendules et montres. Un métier de passion qui lui permet de toucher à des objets d’exception. Mais c’est surtout la possibilité de faire plaisir aux gens en redonnant vie à des objets oubliés qui le motive.

L’expression qui dit : on revient toujours à ses premiers amours prend tout son sens lorsque Yannick Robert vous conte son histoire dans son atelier d’horlogerie. « Mon grand-père était horloger du côté de Paimpol, mes parents tenaient une bijouterie-horlogerie à Rennes. Passionné par ce métier, je me suis formé à l’horlogerie en 1977 à Morteau près de Besançon, fief horloger français », raconte-t-il. Après avoir exercé ce métier quelques temps, il l’abandonne en 1981 en se disant qu’il y reviendrait tôt ou tard. Après 28 années passées dans l’industrie et un licenciement suite à un plan social, Yannick Robert se dit que c’est un signe et qu’il est l’heure de retourner à son métier premier. En 2009, il débute une formation de technicien horloger à Besançon pour se remettre à niveau.

Faire passer les objets à travers le temps

Yannick Robert, horloger.
Yannick Robert, horloger.

Depuis début 2011, Yannick Robert exerce son métier d’horloger dans un atelier à Ploërmel, situé juste à côté de l’école Tané qui forme aux métiers de la bijouterie et de l’orfèvrerie. En entrant dans ce lieu, les tic- tac des pendules, horloges et différentes montres interpellent, mais très vite on ne s’en rend plus compte. « Ici, je suis un peu le maître du temps. Mais je ne cours jamais après lui car personne ne peut le rattraper », déclare en souriant l’horloger. Lui qui cherche juste à vivre de son métier et qui ne fait pas la course au chiffre d’affaires. Très souvent les clients apportent un objet qui est lié à leur histoire familiale. « Mon travail est de le remettre en état de marche afin qu’il puisse passer de génération en génération. » Très souvent ce sont des horloges comtoises qui arrivent à l’atelier, c’était le cadeau de mariage par excellence.

« La valeur sentimentale est telle que la plupart du temps le coût de la réparation est plus élevé que l’horloge elle-même. » Au gré des réparations, l’horloger reste marqué par certaines rencontres comme cette dame âgée de 74 ans qui un jour lui apporte une comtoise datant de 1840. Un objet qui a connu les guerres de 1870, 1914 et 1940. « L’horloge s’était arrêtée en 1970. Je l’ai réparée et lorsqu’elle est venue la chercher elle a pleuré en l’entendant sonner. La mélodie a ravivé le souvenir de ses aïeux et cela lui a fait remonter tout un tas d’images de son enfance. » L’horloger aime aussi observer la réaction des gens lorsque les carillons se mettent à sonner dans son atelier et la réaction de bonheur qu’ils expriment lorsque l’objet qu’ils pensaient irréparable retrouve une nouvelle vie..

Des chronographes et autres montres mécaniques à remonter manuellement ou automatiquement trônent dans l’atelier.
Des chronographes et autres montres mécaniques à remonter manuellement ou automatiquement trônent dans l’atelier.

Le graal de la pendule à quantième perpétuel

Le travail est précis, il faut être très minutieux car chaque pièce à son emplacement. Dans l’horlogerie, il n’y a pas de place à l’improvisation ni à l’approximation. «  Il faut réusiner des pièces usées par le temps, refaire des engrenages ou leur rajouter des dents, replacer un ressort sorti de son emplacement, etc. » Yannick Robert diffuse sur un écran dans son atelier les différentes étapes d’une réparation sur une pendule extraordinaire. « Elle date du début du XXe siècle, c’est une pendule avec quantième perpétuel. C’est une mécanique complexe permettant de prendre en compte le nombre de jours de chaque mois et donc de s’ajuster sur les années bissextiles. »

Dans l’atelier des vieux outils d’horloger sont exposés dans des vitrines.
Dans l’atelier
des vieux outils d’horloger sont exposés dans
des vitrines.

Sur ce modèle, le quantième ne fonctionnait plus. L’artisan a donc dû comprendre la mécanique, l’analyser, fabriquer des gabarits et refaire des pièces. Après des heures de travaux, cette pendule fonctionna à nouveau. « Après coup, j’ai su que la production de cet objet n’avait pas dépassé les 10 exemplaires. J’ai fait remarquer aux propriétaires qu’ils étaient en possession d’une pendule extraordinaire dont la valeur dépassait amplement les 10 000 €. » Un ami horloger lui a dit un jour qu’avec cet objet, il avait certainement réalisé la réparation de sa vie et qu’il avait touché au graal. Lui n’est pas tout à fait d’accord et confie : « J’aurais aimé pouvoir remettre en route une horloge d’édifice, comme un mouvement de clocher. Mais il faut être prêt physiquement et je n’en ai plus l’âge. »

L’horloge comtoise fabriquée par les paysans
L’horloge comtoise est arrivée dans l’Est de la France à la fin du XVIIe siècle. Les paysans de cette région, habiles de leurs mains, qui avaient moins de travail durant les longs mois d’hiver se sont mis à fabriquer des comtoises. « Le principe de fonctionnement par balancier était le même pour tous. Ensuite chaque famille possédait son gabarit, installait des rouages différents. On remarque surtout des qualités de finition qui varient beaucoup d’une famille à l’autre. Chacun y apportait son style », raconte Yannick Robert. Les familles d’agriculteurs ont fabriqué des comtoises pendant deux siècles. La production s’est arrêtée vers 1930 lorsque les carillons plus compacts et facilement transportables se sont développés.

Contact : Atelier d’horlogerie 14 rue du Pardon 56800 Ploërmel
Tel : 06.30.21.73.49
Site : www.atelier-d-horlogerie.fr

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