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Un livre d’images sculptées

Un des plus beaux jubés de Bretagne illumine la chapelle Saint-Fiacre au Faouët par la richesse de ses sculptures polychromes de style gothique flamboyant.

Véritable dentelle, ciselée à la main de l’homme dans du chêne, festonné d’encorbellements richement décorés de feuillages et de cordages, le jubé trône majestueusement au centre de la chapelle Saint-Fiacre, au Faouët (56). C’est le plus ancien et le plus illustre des jubés de bois de Bretagne aujourd’hui conservés.

Le jubé a servi jusqu’au milieu du XVIe siècle de clôture ajourée pour séparer le clergé du peuple qui devait se tenir à distance du sanctuaire. C’est aussi de la tribune du jubé que le lecteur s’adressait aux fidèles pour la proclamation de l’Évangile. Le clerc qui lisait le texte attendait la bénédiction du prêtre en lui demandant en latin : « Jube, domine, benedicere » (veuillez, Maître, me bénir). Une expression qui expliquerait le nom de jubé accordé à cette construction. L’escalier qui menait à la tribune a aujourd’hui disparu en ce qui concerne la chapelle Saint-Fiacre.

Commencé sous François II, duc de Bretagne, et, sans doute, achevé sous le règne de sa fille Anne, duchesse de Bretagne en 1488 et reine de France en 1492, ce jubé est dû au charpentier sculpteur Olivier Le Loergan dont le talent lui vaut d’être anobli par François II dès 1469. Daté de 1488, restauré à plusieurs reprises, il dévoile un univers iconographique complexe et riche dans un mélange des genres, caractéristique de l’art breton.

La messe est dite

Côté nef, c’est-à-dire face au peuple, le décor représente les mystères du Christ et les symboles de la foi. On y retrouve les thèmes essentiels comme le péché originel avec Adam et Ève chassés du paradis terrestre, les vices symbolisés, la Rédemption par l’Annonciation avec Marie et l’ange. L’iconographie est riche de divers animaux, inspirée de la culture du Moyen Âge et de l’art breton. On y retrouve par exemple le diable renard, déguisé en moine. Rusé, il essaie de s’introduire dans la basse-cour. Il prêche auprès des poules, représentant les fidèles, avant de voir sa supercherie déjouée et lui-même mis à mal par ceux et celles qu’il voulait prendre. La scène est empruntée au « Roman de Renart », œuvre qui a bénéficié d’un immense succès dans la littérature européenne du Moyen Âge.

Leçon de moralité pour le clergé

De l’autre côté du jubé, le spectacle est totalement différent, même si le travail du bois est tout aussi admirable. On a voulu voir dans les personnages de cette façade est du jubé des représentations des péchés capitaux ou des scènes de la vie quotidienne. Les artistes s’en sont donné à cœur joie, n’épargnant pas le clergé de quelques leçons de moralité. De gauche à droite, on observe un paysan portant un mouton et une volaille, un homme au renard écorché (« escorcher le renard » se disait d’un ivrogne pris de vomissement.

La barrique à ses pieds ne laisse aucun doute sur l’allusion de la sculpture), un couple d’amoureux se tenant par la main (représentation de la luxure), un joueur de biniou et un joueur de bombarde, rappelant les « vices » du peuple qui aimait faire la fête et danser, activités prohibées à l’époque par l’Église. La lutte du bien contre le mal est symbolisée par un homme qui se garantit contre le venin du basilic, animal imaginaire et satanique, à l’aide d’un écu ou d’un miroir. Car le seul moyen de vaincre ce basilic, qui tue par la seule puissance de son regard, est de lui renvoyer son image…

XVe siècle, siècle des jubés
Les jubés ont compartimenté les églises pendant quatre siècles, jusqu’au concile de Trente (1545-1563), qui a prescrit leur destruction. Souvent, après avoir abattu le jubé médiéval, le clergé, attaché à cette tradition de séparer le chœur de la nef, tente néanmoins d’en créer de nouveaux, en style classique. Mais tous ceux des cathédrales succombent à la Révolution et au XIXe siècle, sauf quelques exceptions, comme celui d’Albi. En Bretagne, il en reste quelques éléments, principalement érigés dans des églises paroissiales ou des chapelles, qui n’étaient pas concernées par cette destruction. On retrouve les principaux à Kerfons, à Ploubezre (22), à la Roche-Maurice (29) et un jubé en pierre au Folgoët (29).
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