Élevage

“Nous avions besoin d’un GPS pour oser inséminer”

Au Gaec Demeuré, depuis trois mois, les associés utilisent pour inséminer un pistolet éclairant muni d’une caméra. L’image retransmise sur l’écran simplifie le travail de l’opérateur.

« Il y a 10 ans, j’ai suivi une formation pour inséminer moi-même les vaches de l’élevage. Mais finalement, je n’ai jamais osé me lancer. Je ne me sentais pas assez à l’aise, pas assez sûr de moi », raconte Pascal Demeuré, installé au Cloître-Pleyben (29) avec son frère Bruno. « Mais au Space, nous avons vu la lumière », sourit-il. Sur le stand d’IMV technologies, les producteurs de lait ont découvert le pistolet d’insémination Alphavision : un appareil muni d’une caméra et d’une led qui renvoie l’image sur l’écran d’un téléphone portable guidant l’opérateur dans l’acte d’insémination. Une fois l’entreprise contactée, deux essais ont eu lieu sur la ferme.

« La caméra nous met sur le bon chemin »

Ensuite, les deux frères, convaincus, se sont lancés. « Ce pistolet, c’est notre GPS pour inséminer. N’oublions pas qu’un éleveur insémine en une année ce que réalise un inséminateur chevronné en une semaine », rappellent les deux frères. Pour compenser ce manque de pratique régulière et d’expérience, « grâce à cet outil, on sait où on va, la caméra nous met sur le droit chemin », insistent-ils. L’image retransmise est d’excellente qualité. Bluffante.

L’image est retransmise sur l’écran du Smartphone qui est porté par un support adaptable. « Ainsi, on a le bras libre. » Pour autant, « dans la majorité des cas, nous inséminons sans tenir le col en passant par le rectum », explique Bruno Demeuré.
L’image est retransmise sur l’écran du Smartphone qui est porté par un support adaptable. « Ainsi, on a le bras libre. » Pour autant, « dans la majorité des cas, nous inséminons sans tenir le col en passant par le rectum », explique Bruno Demeuré.

« On voit les organes, on repère le col de l’utérus, on constate qu’il y a des glaires brillantes de chaleur qui confirment la détection, on observe d’éventuelles traces blanchâtres caractéristiques de métrite… C’est sécurisant. » Cette assistance permet de ne pas tomber dans certains pièges parfois surprenants de l’anatomie bovine. Arnaud Biscay, chef de projet chez le fabricant et ancien inséminateur, rapporte ainsi le cas « pas si rare d’animaux présentant deux cols de l’utérus, l’un fonctionnel, l’autre pas ».

Premiers diagnostics de gestation encourageants

L’aventure a démarré en février dernier. Désormais, la pratique fait partie du quotidien du Gaec. « Repérée visuellement ou à l’aide des colliers de mesure d’activité, une vache en chaleur est bloquée à la sortie de la traite. On l’insémine rapidement et sans stress, puis on la relâche aussitôt. Parfois, on opère le soir sur une vache détectée au pâturage ou même le dimanche si besoin. » À leurs yeux, le matériel innovant a rendu les choses « simples ». Mais ils avouent tout de même avoir eu une certaine inquiétude en attendant les premiers contrôles de gestation.

« Lancée il y a trois ans,  la gaine Alpha est atromatique grâce à son extrémité arrondie. Elle facilite notamment le passage des cols plus serrés des génisses », explique Arnaud Biscay. « Nouveau et rassurant, des marquages au feutre permettent de savoir de combien la gaine est entrée dans le col qui mesure généralement de 6 à 8 cm de profondeur. »
« Lancée il y a trois ans, la gaine Alpha est atromatique grâce à son extrémité arrondie. Elle facilite notamment le passage des cols plus serrés des génisses », explique Arnaud Biscay. « Nouveau et rassurant, des marquages au feutre permettent de savoir de combien la gaine est entrée dans le col qui mesure généralement de 6 à 8 cm de profondeur. »

Les Finistériens ont recours au diagnostic par mesure de la progestérone dans le lait proposé par BCEL Ouest. « Au départ, par précaution, nous avons utilisé des paillettes à 3 ou 4 € sur les animaux en queue de troupeaux pour se faire la main. » Et les résultats sont plutôt positifs : « Le taux de réussite à l’IA se situe autour de 50 %, équivalent aux performances des inséminateurs auparavant. C’est un bilan partiel qui nous rassure », se réjouit Bruno Demeuré qui se charge généralement des actes « sans n’avoir jamais suivi de formation ». Pour autant, prudents, les deux frères qui conduisent un cheptel de 80 laitières, tempèrent : « Attendons le bilan de juin où nous aurons un pic de vaches qui auront été contrôlées. »

La mallette Alphavision est commercialisée 3 000 €.  À l’intérieur, deux pistolets d’insémination, deux systèmes de poussoir mécanique, deux tubes, des gaines biodégradables, du gel, un coupe-paillette, un support de téléphone et un Smartphone équipé de l’application de réception des images…
La mallette Alphavision est commercialisée 3 000 €.
À l’intérieur, deux pistolets d’insémination, deux systèmes de poussoir mécanique, deux tubes, des gaines biodégradables, du gel, un coupe-paillette, un support de téléphone et un Smartphone équipé de l’application de réception des images…

Un col propre sinon rien

Ceux-ci ont investi 3 000 € dans la mallette Alphavision (voir photo). Selon leur calcul, ils espèrent un retour sur investissement au bout de 18 mois. « L’objectif est de déposer la semence dans un col propre. Systématiquement, nous vérifions l’état du conduit reproducteur avant de décongeler une paillette. S’il y a des traces de métrites ou que le col est sec et les parois pâles, pas la peine d’essayer. La dose sexée coûteuse continuera d’attendre dans la cuve… Et dans certains cas, on appellera plutôt le vétérinaire. »

Au final, les deux frères avouent que leur plus grand regret est « de ne plus recevoir sur la ferme les inséminateurs avec qui nous entretenions de très bonnes relations. »

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