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Agronomie : les cultures tropicales ont la banane

Les Antilles françaises sont à la recherche de solutions innovantes pour réduire l’utilisation des produits phytosanitaires et favoriser la fertilité des sols. Ils présentent de nombreuses similitudes avec la métropole en termes d’associations d’espèces.

Une pluviométrie moyenne 5 fois supérieure à celle recueillie en France (avec  jusqu’à 2 000 mm relevés sur les 4 derniers mois de 2016), des températures annuelles moyennes de 26 °C toute l’année… La Martinique connaît un climat atypique où il peut être parfois très difficile de protéger ses cultures. Laurent Gervais, responsable agriculture de conservation à l’IT2 (Institut technique tropical), est venu témoigner lors de l’assemblée générale du réseau Base (Biodiversité, agriculture, sol et environnement). Avec de telles conditions climatiques, difficile de retenir son sol, de limiter le développement de champignons responsables de maladies ou de limiter l’envahissement des cultures par des plantes exubérantes.

À ces contraintes, s’ajoutent des parcelles à fortes pentes, où la mécanisation est parfois impossible. « Les fortes pluies ravinent. Les bananeraies comprennent 1850 plants par ha et restent près de 7 ans dans les champs. Dans le sud  de l’île, les sols vertiques à argiles gonflantes sont très sensibles au tassement. À l’inverse, la Martinique connaît aussi des sols peu évolués, avec des teneurs en matière organique très élevées (jusqu’à 9 %), situés plutôt en altitude, précisément là où les précipitations sont les plus fortes, et donc à risque de lessivage accru ». Mais quel lien entre nos parcelles bretonnes et ces systèmes de culture bien particuliers ?

La biodiversité vient en aide

Si la pousse des végétaux est exacerbée dans ces conditions, les producteurs doivent faire face à de gros soucis d’érosion lorsque les sols sont nus et de lutte contre les adventices. « Dans le cas des adventices, nous avons 2 ennemis principaux, à savoir les lianes, dont 1 fragment peut envahir jusqu’à 30 m2 en 1 mois, ou encore les herbes grasses, à cuticule épaisse, hôtes de virus ». Comme ont pu le faire de nombreux agriculteurs bretons pour limiter ce salissement des plantations, les Antillais ont dû trouver des techniques pour contrôler ces plantes envahissantes. L’association des espèces dans les cultures est alors apparue comme une solution évidente.

Habituellement, la plantation de banane est détruite, les résidus incorporés, puis une jachère spontanée s’installe pour une durée de 6 à 12 mois. Après une préparation du sol, la nouvelle plantation se met en place. « Les producteurs ont identifié certaines plantes spontanées présentes dans leurs parcelles, et nous avons caractérisé leurs  performances comme le petit mouron (plante sciaphile qui se développe très bien sous ombrage). D’autres espèces, comme le brachiaria ont l’avantage de produire énormément de biomasse, jusqu’à 90 t/ha de biomasse en vert », rapporte le responsable.

Vers des couverts vivants

Le groupe de recherche ne s’est pas arrêté là. Les mélanges ont peu à peu fait leur apparition, l’utilisation d’herbicide a été divisée par 3 depuis 2006. « L’utilisation de l’ensemble des produits phytosanitaires a, quant à elle, été divisée par 2 dès 2011. 28 % de la sole est couverte aujourd’hui. Une bananeraie avec enherbement, c’est assurer l’installation d’un réseau trophique étendu ». Une étude menée par le Cirad  a permis de montrer qu’il peut y avoir jusqu’à 2 à 7 fois plus de prédation sur les œufs de charançons (essentiellement par des fourmis et forficules). L’introduction de diversité peut aller encore plus loin par l’intégration de haies ou d’arbres dans les parcelles, voire imaginer des animaux dans les interrangs pour diversifier les modes de production. Des conditions aux antipodes des cultures bretonnes, mais qui démontrent que la recherche passe par des espèces et des mécanismes qui sont là, sous nos yeux.

Le cauchemar de la Chlordécone
Les îles antillaises restent traumatisées par les effets de la Chlordécone, insecticide interdit depuis 1993 et utilisé contre le charançon du bananier. «De nombreux projets scientifiques pilotés par les organismes de recherche (Cirad, Inra…) sont en cours pour améliorer les connaissances sur cette molécule et identifier les méthodes de dépollutions ».
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