CulturesEconomie, marchés et gestion

Choisir son semis en fonction du marché

Lorsque l’on est agriculteur, le moment de choisir son assolement est toujours une période de réflexion et de compromis, entre contraintes agronomiques et rentabilité économique.

Au-delà de la prise en compte de contraintes agronomiques et environnementales (qui sont loin d’être secondaires), le choix de semer du colza, du blé ou du maïs dépend surtout de la rentabilité comparée de chacun d’entre eux. Or le marché est loin de décider seul du ratio de prix entre deux cultures. Partout, les politiques agricoles et monétaires influencent le développement ou non d’une production plus qu’une autre. Voici un petit tour du monde, de ce que s’exprime aujourd’hui dans les assolements.

Les céréales argentines plébiscitées

L’Argentine est le pays où l’impact de la politique sur le secteur agricole a été le plus visible en 2016. Depuis l’élection de Mauricio Macri, le protectionnisme de l’administration Kirchner a volé en éclat. Prenant conscience que la richesse de l’Argentine est toujours venue de la terre, le gouvernement a tout fait pour redonner de la visibilité aux agriculteurs. Le maïs et le blé ont retrouvé leurs lettres de noblesse, à la fois parce que les taxes à l’exportation ont été abolies (contrairement à celles sur le soja) et que les quotas n’existent plus.

Ce régime de faveur a déjà porté ses fruits sur la production de blé (en hausse de 25 %) et devrait permettre au pays de retrouver une place de choix dans le négoce mondial au cours des prochaines années. La forte dévaluation du peso renforce d’ailleurs un peu plus la compétitivité des céréales argentines à l’exportation. Pour le maïs, la hausse des semis au détriment de ceux du soja (qui alignerait le moins d’hectares depuis 5 ans) est en cours. Reste que les conditions météorologiques s’en mêlent et pourraient limiter le transfert cette année.

Mais quoi qu’il arrive, la place du soja va diminuer dans les assolements. Le gouvernement souhaite aussi redévelopper l’élevage dans le nord du pays. Les coûts d’acheminement des maïs et soja produits dans ces régions sont, en effet, prohibitifs. Leur transformation sur place alimentera à la fois une consommation locale de viande à reconquérir et une filière export à plus forte valeur ajoutée.

Le maïs chinois change de cap

La Chine est aussi un exemple très intéressant de changement de cap dans sa politique agricole qui impacte l’ensemble de la planète. L’Empire du Milieu concentre la moitié environ des stocks de maïs de la planète. Obnubilé par son indépendance alimentaire, le gouvernement a très longtemps soutenu le prix de la céréale bien au-dessus de la référence mondiale (marché de Chicago). Mais la mauvaise administration des silos provinciaux, la corruption et le manque de stimuli du marché ont entraîné un gonflement explosif des réserves du pays.

Décidé à en finir avec un stock obèse et de piètre qualité, l’État a mis en place de nombreuses mesures pour remettre les compteurs à zéro et oblige, à marche forcée, les opérateurs à utiliser ce maïs dont il veut se séparer. La mutation du marché du maïs chinois pourrait être achevée à la fin de la saison 2017/18. C’est un facteur baissier pour le marché mondial du maïs, puisque ce soutien interne jouait comme une subvention aux exportations pour les USA, en maintenant un flux d’importation au prix « artificiellement haut ». Mais c’est aussi un élément de baisse pour les marchés du sorgho et de l’orge notamment, dont la Chine est devenue respectivement le 1er et 2e importateur mondial avec 9,1 Mt et 8,3 Mt en 14/15.

Une fois la purge terminée, les forts besoins du pays devraient relancer la machine. L’USDA estime qu’en 2024/25, la Chine achètera 4,1 Mt de maïs à l’extérieur, ce qui semble comme d’habitude, largement sous-estimé, mais qui est supérieur aux objectifs 16/17 de 3 Mt. On peut d’ailleurs imaginer que les quotas actuels, limitant à 5 Mt les importations de la céréale, soient levés dans un avenir proche. Ces quelques exemples montrent que rien n’est immuable, en termes de jeu d’influence sur l’échiquier du négoce agricole mondial.

Le colza européen attaqué de toutes parts
Dans l’Union européenne à 28, la production d’oléagineux est tombée en 16/17, à un plus bas de 4 ans, soit 31,1 Mt. Le colza, à 20 Mt, essuie le plus fort recul (-2,4 Mt). Les semis de cet automne ne laissent pas espérer une amélioration de l’offre, notamment parce que les conditions météorologiques n’ont pas été idéales en Allemagne et en France, mais aussi à cause de l’interdiction d’utiliser des insecticides à base de néonicotinoïdes qui se répand dans les États membres.

Au-delà de cette évolution liée au dossier environnemental, une autre décision de la Commission pourrait fortement influencer les semis de colza dans les prochaines années. En effet, Bruxelles a l’intention de réduire massivement l’usage des biocarburants de première génération (éthanol et diester), en baissant le taux d’incorporation de 7 % en 2021 à 3,8 % d’ici 2030. Leurs émissions de GES seraient supérieures à ceux des carburants fossiles selon une étude (très controversée) réalisée avec le modèle Globiom*. Si le texte proposé est voté, il pourrait entraîner une baisse de 75 % des surfaces françaises…

D’autres études, comme celle commandée par Avril, concluent exactement le contraire sur l’impact GES. Le débat est ouvert, mais il démontre une fois de plus, que toute demande « politique » d’une denrée agricole (l’huile de colza a surtout une vocation industrielle) n’est pas inscrite dans le marbre.

*Modèle de gestion de la biosphère mondiale

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