Élevage

Lier santé du sabot et gestion du troupeau

BCEL Ouest a démarré ses traditionnelles Rencontres nutrition. En marge des analyses de fourrages et conseils individualisés sur les rations hivernales, les conseillers proposent également un point sur les boiteries.

Cela fait bientôt deux ans que les équipes de pareurs du BCEL Ouest enregistrent les données des lésions rencontrées lors de leurs interventions dans les élevages bretons. Pour la dernière synthèse, cette collecte concernait déjà 22 244 vaches (certaines ont été vues plusieurs fois) dans 585 exploitations. De quoi pouvoir en tirer quelques enseignements et observations. Pour Johann Cariou, l’analyse des chiffres permet d’être plus précis. « Dans les campagnes, on parle beaucoup de la dermatite digitée. Mais en termes de lésions du pied, ce que l’on trouve le plus fréquemment, c’est d’abord de l’érosion de la corne du talon et de la bleime diffuse, même si effectivement elles sont souvent présentes avec peu de gravité. » Autour de 17 000 cas recensés. « La lésion typique de la fameuse dermatite, elle, ne vient qu’en 3e position avec à peu près 7 500 cas enregistrés… »

Marché du lait dégradé, immunité en baisse

Autre préjugé qui a la dent dure pour le responsable technique : « Il est souvent fait le raccourci entre ration et problème de boiterie. Alors que globalement, l’alimentation n’est pas forcément le premier facteur de risque de boiterie. » Avant de nuancer : «  Mais des liens existent ! »  
Il pointe les baisses d’immunité générale et au niveau de la peau. « Dans une conjoncture laitière difficile, des éleveurs sont tentés de faire l’impasse sur les minéraux ou les oligo-éléments. Des carences en cuivre, zinc, sélénium, vitamines A ou E peuvent exister. Ce qui favorise les lésions infectieuses des pieds comme le fourchet ou la dermatite. »

Pattes rouges puis boiteries

Dans le même registre, un défaut de nutrition de la corne, « en acides aminés soufrés, en cuivre, en zinc… », la fragilise. Cela facilite l’apparition de lésions infectieuses ou de fourbure, « de pieds en ski ou en babouche ». Les causes sont alors à chercher du côté d’un défaut d’apport minéral, « mais aussi d’une mauvaise assimilation des éléments liée à un transit digestif trop rapide ou à un déséquilibre alimentaire », explique Johann Cariou.

Vient ensuite l’important dossier de la fourbure. Sur le terrain, des éleveurs se demandent parfois pourquoi leurs vaches ont les pattes rouges. « Cette coloration est due à une inflammation au niveau de la peau correspondant à de la fourbure justement. En impactant le pododerme, le tissu synthétisant la corne, cette inflammation favorise, un à trois mois plus tard, des boiteries causées par des bleimes, des ouvertures de ligne blanche, des cerises, des ulcères de la sole…  »

Devant le problème, le conseiller met en garde : « L’erreur trop souvent entendue est de penser, d’emblée, que c’est de l’acidose ». Pour lui, l’origine peut être « mécanique » pour des vaches restées trop longtemps debout « surtout sur un sol dur ou irrégulier comme un chemin caillouteux ». La transition de l’aire paillée vers un système logettes est identifiée comme une période à risque car les animaux peuvent avoir du mal à s’adapter et voient leur temps couché grevé.
Autre terrain favorable à la fourbure, les situations d’amaigrissement et de déficit énergétique. « Dans ce cas, le coussinet amortisseur lipidique fond et le pododerme finit par être impacté. »

Et la biotine ?
« La vitamine B8, communément appelée biotine, ne fait pas tout, rappelle Johann Cariou. Mais bien ciblée, elle peut être un complément pour renforcer la matrice de la corne. Pour ce faire, il faut envisager un apport d’au moins 3 mois à raison de 20 mg, pour un coût de l’ordre de 4,5 à 5,5 ct €, par vache et par jour. »

La check-list de l’acidose

Finalement, on s’orientera vers la piste de déviations fermentaires, « c’est-à-dire de la fameuse acidose », seulement quand plus de 20 % des vaches sont concernées par le cumul d’observations ou symptômes spécifiques. « Pour pointer cette cause métabolique, il faut des pattes rosées, des écarts individuels TB – TP inférieurs à 3 points, des bouses liquides jaunâtres et une ration à risque. » Si tous ces voyants sont au rouge, fort à parier effectivement que « des molécules inflammatoires passent dans le sang et entraînent l’inflammation du pododerme » provoquant ensuite les lésions de fourbure.

Une ration vraiment à volonté
Johann Cariou conseille d’observer attentivement ses animaux « et pas seulement à l’heure de la distribution de la ration », voire de faire appel à un conseiller formé aux « Signes de vaches ». Pour lui, les problèmes de boiterie ont de nombreuses origines, parfois insidieuses. « Des logettes mal réglées qui augmentent fortement le temps que les animaux passent debout. Une auge mal conçue ou une ration pas suffisamment à volonté qui va exacerber la compétition sociale, pousser les animaux à prendre des postures blessantes pour tenter d’accéder à la nourriture, favoriser la cétose chez les vaches dominées qui n’arrivent pas à ingérer suffisamment… » Un des conseils est de bien respecter la notion de fourrage à volonté notamment quand il n’y a pas une place par vache à l’auge. « Dans un bâtiment saturé à 110 % en termes de chargement, il faut compter 2 à 3 kg brut de ration de base consommable en plus par vache et par jour. »
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