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Une boiterie, même légère, est une urgence

« Une vache qui boite doit être parée », martèle Marc Delacroix. L’éleveur doit être en mesure de lever un pied en sécurité et se former pour pouvoir agir ponctuellement.
Marc Delacroix, vétérinaire spécialiste des boiteries, forme au parage au CFPPA du Rheu (35).
Marc Delacroix, vétérinaire spécialiste des boiteries, forme au parage au CFPPA du Rheu (35).

« Le rôle de l’éleveur est fondamental dans la maîtrise des boiteries car c’est avant tout sur lui que repose l’observation des animaux », démarre Marc Delacroix, lors d’une journée technique de la société Zinpro. Or d’une indispensable détection précoce dépend une bonne partie de l’efficacité de la prise en charge. La preuve par les chiffres (voir tableau) : « Lors d’une prise en charge précoce avec parage, pose de talonnette et administration d’anti-inflammatoire, le taux de guérison d’une lésion de l’onglon est de 85 %. Ce résultat tombe à 16 % pour les mêmes soins lors d’une prise en charge tardive… », rapporte le spécialiste.

21 à 70 jours de retard de prise en charge

Malheureusement, le vétérinaire rappelle que sur le terrain, détection et prise en charge sont beaucoup trop tardives : des études parlent de 21 jours de retard pour les vaches sévèrement boiteuses et 70 jours pour les boiteries « légères » (Alawneh et al., 2012) ou d’un retard de traitement de 38 jours (Groenevelt et al., 2014). « Un retard de prise en charge d’une pathologie de 21 à 70 jours, c’est tout simplement impensable ! Qui imaginerait soigner une mammite un mois après ? », interroge le spécialiste. Au contraire, son message est clair : « Un quartier qui donne un lait à grumeaux est considéré aussitôt… Une boiterie, même légère, est aussi une urgence. Une vache qui marche sur des œufs doit être soignée dans les 48 heures. »

Avoir trois regards

Pour le Marc Delacroix, l’éleveur sous-estime d’un facteur 5 l’impact des boiteries chez lui. Des études concluent que les éleveurs détectent seulement 25 % des boiteries et que la surveillance ramenée à l’UTH tend à diminuer avec l’agrandissement tendanciel des troupeaux. Le vétérinaire insiste donc sur la gestion des animaux sub-boiteux. « Cela passe par l’automatisation de la détection. L’éleveur doit avoir trois regards : sur les pieds, la courbure du dos et les aplombs. » Pour cela, il existe plusieurs lieux d’observation. « La salle de traite est bien sûr très bien adaptée à l’observation des pieds. Mais en stabulation, couchées dans les logettes par exemple, les vaches nous montrent parfois aussi leurs pieds. » Il faut être attentif à la forme et l’état des onglons, la manière de poser le pied au sol, voire à l’odeur, au piétinement (soulagement)…

« Il est facile d’évaluer les aplombs quand les animaux sont alignés à l’auge. Une vache qui ne boite pas, mais serre les jarrets n’est pas à l’aise. Et quand les vaches sont au cornadis, ne pas oublier de regarder les membres antérieurs également », explique Marc Delacroix qui insiste sur la gestion des animaux sub-boiteux.
« Il est facile d’évaluer les aplombs quand les animaux sont alignés à l’auge. Une vache qui ne boite pas, mais serre les jarrets n’est pas à l’aise. Et quand les vaches sont au cornadis, ne pas oublier de regarder les membres antérieurs également », explique Marc Delacroix qui insiste sur la gestion des animaux sub-boiteux.

La courbure de dos peut être surveillée à divers moments, lorsque la vache est à l’arrêt comme lorsqu’elle marche (locomotion perturbée). Pour les aplombs, il est facile de les évaluer quand les animaux sont alignés à l’auge. « C’est parlant. Par exemple, une vache qui ne boite pas, mais serre les jarrets n’est pas à l’aise. Et quand les vaches sont au cornadis, ne pas oublier de regarder les membres antérieurs également. »

Pouvoir lever un pied dans les 10 minutes

Ensuite, une fois la boiterie détectée, il faut agir aussitôt. « Toute exploitation laitière digne de ce nom doit permettre à une personne seule d’amener une vache jusqu’à un système de levée des pattes en 10 minutes. Sinon on ne le fait pas… », s’emporte le vétérinaire. Une cage de contention ou tout autre système permettant de travailler en sécurité en fonction de l’incidence du problème dans l’élevage. « Même à l’aide d’une corde bien utilisée. Ce ne sont pas les moyens mais d’abord la volonté de s’y mettre qui importe. » Le spécialiste insiste sur l’endroit où doit être placé l’outil : sur le chemin des animaux, pas à l’autre bout de la ferme. Et d’enfoncer le clou, un brin provocateur : « Quand on perd 10 000 € par an, et ça arrive dans les campagnes, à cause des boiteries, même une cage de contention à 5 000 € n’est pas chère par rapport à un tracteur à 100 000 €. »

Une fois équipé, l’éleveur peut mener une intervention individuelle quand il observe une boiteuse. « À condition de s’être bien formé, c’est indispensable car un onglon est petit et fragile. Le parage est un travail précis, rigoureux et délicat. Tailler 1 mm de corne peut suffire à ce que la vache aille mieux. Il faut enlever tout ce qu’il faut, là où il faut et juste ce qu’il faut… Et non pas se précipiter sur une lésion, car le parage fonctionnel est l’essentiel de l’essentiel, le moyen de traiter les causes. » Des producteurs qui en ont appris les bases apprécient même cette tâche qu’ils ont intégrée dans leur protocole de conduite de troupeau. « Ils font par exemple un parage préventif systématique sur tous les animaux juste avant le tarissement. » Et Marc Delacroix de conclure : « Si on s’en donne les moyens, on peut endiguer les boiteries sur son élevage. C’est du travail, mais on récolte en contrepartie des améliorations économiques. »

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