La seconde vie des voiles de bateaux

 - Illustration La seconde vie des voiles de bateaux
Anne Drouin Lebreton accumule les voiles de bateaux qui étaient destinées à la destruction. Après quelques coups de ciseaux et un passage sous la machine à coudre elles démarrent une nouvelle vie et deviennent des sacs, coussins, lampes, fauteuils ou autres créations de la couturière.

« Faire du neuf avec du vieux », voilà une expression qui décrit la base de l’activité de Anne Drouin Lebreton. Elle donne surtout une nouvelle vie à de vieilles voiles de bateaux qui sont normalement destinées à la destruction. Dans son atelier lumineux de Saint-Jacut-de-la-Mer (22), le bois est omniprésent créant une ambiance zen et chaleureuse. Les multiples couleurs des anciennes voiles de navigation invitent au voyage et créent une atmosphère propice à la création. Après être passées entre ses mains, les voiles deviennent sacs à main, sacs de plage, lampes sur pieds ou suspendues, trousses de toilette, besaces, corbeilles à linge, coussins, fauteuils et même dernièrement des housses pour Ipad.

Faire de ses passions son métier

Anne Drouin Lebreton a passé son enfance au bord de la mer, à Nice, où ses parents lui ont transmis le virus de la navigation à la voile. La recherche d’un travail l’oblige à s’exiler sur Paris où elle met en pratique ses connaissances de la couture que lui a enseignées sa grand-mère. « J’ai exercé beaucoup de métiers mais ceux qui me servent le plus aujourd’hui sont la couture d’ameublement, la couture en voilerie et la tapisserie de lirette qui consiste à travailler des tissus recyclés », témoigne Anne Drouin Lebreton.

À cette époque elle n’imaginait pas qu’elle allait réussir à allier ses connaissances en couture à ses passions pour la mer et la voile afin d’en faire son métier. En 1989, Anne quitte la région parisienne pour suivre son mari qui rejoint la Bretagne pour raisons professionnelles. Saint-Jacut-de-la-Mer devient leur nouveau port d’attache et la mer le terrain de jeu de leurs enfants. Soulagée d’avoir quitté la capitale et rattrapée par sa passion de la voile elle trouve rapidement du travail dans l’école de voile du village.

Les voiles prestigieuses ne sont pas un argument de vente

Suite à plusieurs demandes de ses connaissances pour des réparations sur des ailes de kite-surf, Anne décide en 2006 de se mettre à son compte pour proposer ce service qui n’existait pas. « C’est une opération minutieuse, précise, il faut faire de belles cicatrices sans créer de poids supplémentaire sur la voile sous peine de la déséquilibrer. Au bout d’un an j’en avais beaucoup à faire et j’ai eu envie d’allier la création à mon activité existante en me lançant dans la fabrication de produits avec des voiles de bateaux destinées à la destruction. J’ai eu la chance de faire la connaissance de Pôle Finistère course au large ainsi que de Mer Agitée qui est l’écurie de courses au large de Michel Desjoyaux. Ils me donnent depuis le démarrage de mon activité des voiles dont celles de François Gabard, Marc Guillemot… »

Un carnet de commandes plein

La tête sur l’eau mais les pieds bien sur terre Anne Drouin Lebreton mène bien sa barque et ne cède pas aux sirènes qui pourraient la pousser à voir bien plus grand. « Mon entreprise est à la taille qui me plaît. Je travaille seule avec une salariée 3 jours par semaine. La période estivale est intense puisque nous fabriquons et vendons les produits à l’atelier ainsi que dans quelques magasins en Bretagne mais aussi à Paris et Tokyo. Je ne peux plus fournir de nouveaux revendeurs faute de temps pour fabriquer plus de produits. Je ne souhaite pas embaucher et me retrouver à gérer du personnel alors que je préfère créer, fabriquer et conserver le contact avec mon client final », explique la créatrice.

Dans son atelier, les voiles prestigieuses ayant navigué sur le Vendée Globes ou la Route du Rhum côtoient les voiles de régate, de planche à voile ou de kite-surf. « Mais pas question pour moi de faire de ces voiles prestigieuses un argument de vente. Les clients ne savent pas avec quelle voile j’ai créé mes produits. Parfois je leur dis quand même, mais après leur achat. » Au fond de l’atelier, les autres voiles attendent patiemment leur heure pour passer sous les ciseaux puis la machine à coudre de la créatrice afin de vivre enfin pleinement leur seconde vie. Lorsqu’on parle de voile avec Anne, elle répond : « J’en ai jamais assez, je suis toujours à l’affut, à la recherhe, j’aime les surprises et chaque voile est différente. » Et lorsque l’on évoque l’avenir de son métier, Anne se dit confiante : « tant qu’il y aura des bateaux sur l’eau, il y aura des voiles et donc de la matière pour nos créations. »

Toujours en quête de voiles

Les voiles de bateaux sont en Kevlar, carbone, dacron, milar et encore d’autres matières qui se recyclent mal. Il faut donc payer pour les détruire. « Voilà pourquoi notre activité intéresse les skippers et les écuries de courses. » Anne Drouin Lebreton récupère aussi les voiles des particuliers parfois achetées, données ou troquées. « Les personnes m’apportent leur voile avec laquelle ils ont vécu une histoire et en échange je peux leur proposer de créer un sac dedans. C’est une façon de garder une trace de leur voile. » Comme ce couple de retraités venus avec les voiles des planches à voile que leurs enfants n’ont pas utilisés depuis près de 20 ans. Ils reviendront à l’atelier dans quelques semaines pour récupérer un sac de plage unique créé avec une des voiles.

Contact : annedrouinlebreton.fr


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