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“Je préfère investir dans du personnel que dans du matériel”

Pour réduire le temps de travail ou gagner en productivité, les investissements sont souvent plébiscités. Certains font d’autres choix : ils embauchent. Et les deux ne sont pas incompatibles. Témoignage de Mickaël Martin, éleveur laitier à Domagné.

2014 est l’année des changements au Gaec Le Fiège, à Domagné, pour Mickaël Martin. Tout d’abord dans un premier temps, il embauche Alexis Botte, en main-d’œuvre partagée avec son voisin aviculteur et producteur de veaux de boucherie. Quelques mois plus tard, cette embauche est maintenue et confortée lors de la mise en place d’un robot de traite.

Un mi-temps partagé

Un choix mûrement réfléchi qui a permis de maintenir l’activité laitière sur l’exploitation, malgré quelques appréhensions, surtout d’ordre relationnelle et administrative. « Au départ, je n’étais pas attiré par le scénario d’embauche, mais il répondait à mes attentes », explique Mickaël Martin lors d’une porte ouverte Innov’Action en juin dernier. Il lui permettait entre autres de pouvoir se reposer sur une personne régulière, pouvant gérer seul des remplacements le week-end tout en maîtrisant le robot. « Lors de l’étude préalable, un candidat a postulé pour un mi-temps. Le profil nous plaisait, on l’a embauché. »

Un salarié mis à disposition

Adhérent à Alternative 35 (structure professionnelle regroupant 27 exploitants et 11 salariés), Mickaël Martin n’est pas employeur direct de son salarié. Le contrat de travail est signé entre la structure et le salarié. Ce dernier est mis à disposition des agriculteurs ayant bâti un projet commun d’un besoin de main-d’œuvre. « Je ne voulais pas embaucher à mon nom, pour ne pas gérer en direct le salarié et ne pas subir le travail administratif lié à une embauche », explique l’éleveur. Moyennant des frais de gestion de 1 €/heure, l’organisation gère cette partie administrative de l’embauche et adresse une facture mensuelle à l’éleveur bénéficiant de la main-d’œuvre.

Pas de matériel surdimensionné

La présence d’un salarié lui permet d’écrêter les pics de travail. Une étude AgriSim (élaborée à la station expérimentale des Cormiers) analysant le travail, les marges de culture, la politique de mécanisation et la consommation de carburant l’a confirmée. L’éloignement des deux sites de 10 km engendre un chantier maïs important. « Nous passons des journées entières à transporter le fumier l’hiver. » Pour autant, le poste matériel est optimisé : pas d’achat superflu. « Je préfère embaucher une personne 10 à 15 heures de plus sur un chantier que d’investir dans du matériel qui reste les 3/4 de l’année sous le hangar. La plus-value d’un salarié est plus importante que la mécanisation. »

Mickaël Martin, un des associés au Gaec Le Fiège, à Domagné.
Mickaël Martin, un des associés au Gaec Le Fiège, à Domagné.

La polyvalence recherchée

Le système devrait rester stable d’ici 5 à 10 ans. Mickaël Martin a trouvé l’équilibre qu’il recherchait. Si le salarié est présent a priori une semaine sur deux, l’intervention d’un tiers en emploi partagé engendre néanmoins une présence à une fréquence aléatoire, mais qui répond aux besoins variés et saisonniers des deux exploitations. C’est une expérience humaine enrichissante. « Nous échangeons et partageons autant les décisions que le travail, y compris les tâches pénibles. » L’éleveur apprécie également de travailler à deux : « On se motive. Sa présence m’apporte en plus une notion de sécurité par rapport à la gestion quotidienne de l’exploitation en cas de problème de santé. »

« Il faut néanmoins se remettre en cause pour pouvoir travailler avec quelqu’un, l’impliquer dans la vie de l’entreprise et les choix stratégiques qui y sont faits, c’est une condition sine qua none pour le motiver », rappelle l’éleveur. Avant de rajouter que : « Les conditions de travail, de bonnes relations en étant à l’écoute, une prise de considération de ses propositions et la reconnaissance du travail bien fait sont aussi des critères importants à prendre en compte au quotidien pour motiver un salarié, au-delà du salaire. »

Robot et aire paillée cohabitent

« Je craignais, avec ces décisions, bouleverser l’exploitation. » Les investissements ont donc été maîtrisés pour limiter les risques. Seuls 10 000 € d’aménagement autour du robot de traite ont été prévus, en auto-construction. L’aire paillée a été conservée. Le passage d’une ration complète à semi-complète a été le plus grand changement technique. Mais les résultats sont au rendez-vous et rassurent l’éleveur : «  Nous sommes passés de 8 055 à 9 386 kg de lait par vache. » Avec 7 ha accessibles séparés en 7 parcelles (1 par jour), le système n’est pas pâturant et repose sur le maïs
ensilage. Malgré tout, la part des concentrés produits sur l’exploitation et autoconsommés a augmenté, abaissant le coût alimentaire de 110 € à 83 €/1 000 L.

Aliment à la ferme, trouver le bon mélange

Les veaux sont alimentés avec le lait leucocytaire. Et pour augmenter l’autonomie alimentaire sur l’exploitation, Mickaël Martin valorise les céréales autoproduites auprès de ses génisses, tout en maintenant l’objectif de 200 kg à 6 mois et d’un vêlage à 24 mois. L’aliment 1er âge est composé de 40 % d’orge, 30 % de maïs grain, 10 % de colza et 20 % de luzerne. La part des céréales dans le mélange correspond aux besoins des animaux, mais entraîne un décalage du sevrage pouvant aller jusqu’à l’âge de 5 mois. L’aliment 2e âge distribué sous la forme aplatie présente une composition plus acidogène.  Il sera revu.

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